Pascal Jeannerat: traversée de la rade, la fausse bonne idée du PPP
Un partenariat public-privé: telle serait la planche de salut pour la réalisation rapide d'une traversée autoroutière du lac, dont Genève aurait bien besoin. C'est en substance ce qu'affirmaient, étude à l'appui, les milieux économiques, peu avant les élections l'automne dernier à Genève. Mais passé la campagne, cette proposition se révèle non seulement défavorable aux contribuables genevois, mais également inquiétante dans la manière avec laquelle les acteurs privés considèrent le partenaire public.
Défavorable pour les contribuables, car – et l'argument a été rapidement soulevé – l'Etat de Genève, comme la plupart des collectivités suisses, est en mesure d'emprunter sur les marchés à des taux très favorables: au-dessous d'un et demi pourcent, même pour des durées très longues. Pour que l'Etat ait le moindre intérêt à se lier à des privés et à leur offrir du 4 ou du 5%, il faudrait au moins que des risques considérables leur soient également transmis. Ce qui n'est pas le cas dans le projet présenté par les milieux économiques. Le risque lié au volume de trafic dans le fameux tunnel sous-lacustre notamment reposerait totalement sur le partenaire public. Pas étonnant dès lors que l'étude du 11 septembre dernier évoque le fort intérêt de plusieurs acteurs privés à financer ce projet, qui ne le serait pas de nos jours à des taux pareils.
L'autre élément, plus inquiétant celui-là, c'est l'argument utilisé en faveur du PPP. Il s'agirait, selon l'étude, tout simplement de la "motivation du partenaire privé à fournir l'infrastructure dans un délai et un budget donné". En somme, pour un mandataire privé, les privés travailleraient bien, alors que pour l'Etat, ce serait sans garantie. Certes, l'Etat n'est pas toujours exemplaire, mais cette approche teintée de menace n'est pas de nature à rassurer sur la collaboration public-privé – en PPP ou non – sur un tel projet devisé à trois milliards de francs.
Pascal Jeannerat