Porno dollars

L'émission du 31 juillet 2003

Au cours des dix dernières années, l'industrie du porno a connu un développement foudroyant aux États-Unis. Dopée par les nouveaux médias et par une attitude beaucoup plus permissive des juges, les producteurs de sexe ont transformé une activité honteuse et cachée en produit de masse extrêmement rentable. Mais aujourd'hui, la pornographie a franchi des limites qu'on croyait intangibles et l'administration Bush s'apprête à sévir...

Un reportage de Michael Kirk

Aux Etats-Unis, l'industrie du porno – magazines et
livres pour adultes, films X et sites Internet - rapporte 10
milliards de dollars par an. Boosté dans les années 90 par le
développement des nouvelles technologies, ce secteur a attiré de
grandes compagnies telles que AT&T, Yahoo et AOL, et
aujourd'hui la production de matériel pornographique rapporte plus
à Westin et Marriott que les snacks et boissons de leur chaîne de
mini-bars. Il faut dire que l'industrie pornographique a clairement
bénéficié de l'ère Clinton. La procureur générale Janet Reno
(1993-2001) avait coutume de déclarer que l'Etat a mieux à faire
que de poursuivre les producteurs de matériel pornographique.
Jusqu'en 2001, les condamnations dans ce domaine avaient
pratiquement cessé.




Hollywood regorge de Larry Flint en herbe, des producteurs en
pleine ascension prêts à tous les excès pour engranger un maximum
de bénéfices. Pour se profiler sur le marché du hard, ils
repoussent sans cesse les limites, font monter les enchères.




Larry Flint, pornographe de la première heure qui avait défrayé la
chronique dès les années septante, sent quant à lui le vent
tourner. Malgré des affaires toujours florissantes et une relève
assurée par sa fille Teresa, il est persuadé que l'âge d'or du
porno touche à sa fin. Signe des temps, il mise aujourd'hui sur des
valeurs sûres et consulte régulièrement ses avocats. Cette prudence
est partagée par d'autres gros bonnets de la production
pornographique. Pour donner le change au conservatisme de
l'administration Bush, ils ont même signé une charte « The Cambria
List » faisant l'inventaire des sujets ou des situations qu'ils
s'engagent à bannir. Des consignes de modération que ne suivent pas
certains jeunes loups en pleine ascension. Ils sont les cibles
privilégiées de la droite chrétienne et devront rendre des comptes
devant les tribunaux. Un premier procès a déjà eu lieu en février
2002 à Los Angeles...

Un reportage de Eva Ceccaroli et Achille Michaud Image : Walter Hug Son : Christophe Jaquier Montage : Jean-Michel Laubli

La médecine, après s'être démocratisée en terme de connaissance, notamment au travers de la multiplication des ouvrages spécialisés grand public et des sites Internet dédiés, se popularise également dans sa pratique. Et après l'automédication, voici venu le temps des outils d'autodiagnostic. Depuis des années, effectuer un test sans s'adresser à son médecin ou se rendre en laboratoire, avec un verdict immédiat, c'est une possibilité à laquelle recourent de plus en plus de gens. L'exemple le plus courant nous vient du test de grossesse que l'on achète au supermarché, au même titre que son lait et sa livre de pain, et que l'on effectue tout seul dans son (petit) coin. Des tests dont la manipulation et la marche à suivre ont été simplifiées au maximum afin que tout un chacun puisse se prévaloir d'un résultat immédiat et fiable.
Si jusqu'ici, outre la grossesse, les tests permettaient principalement de déceler des maladies ou des dysfonctionnements (diabète, infections, saignements, etc), un nouveau type de tests débarque sur le devant de la scène commerciale : les tests génétiques. Jusqu'ici réservés aux laboratoires, ces tests permettent de dévoiler des informations médicales bien plus précises : test de paternité, prédispositions à telle ou telle maladie, test ADN, etc. Le secret de leur succès ? Des résultats rapides et extrêmement fiables (pour autant qu'on les manipule correctement), à un prix bien inférieur à ceux pratiqués par les laboratoires officiels, même si ces derniers ont récemment revu leurs tarifs à la baisse pour contrer cette nouvelle concurrence.
Mais la génétique à la portée de tous pose de nouveaux problèmes éthiques : tout d'abord, déceler une maladie ou une prédisposition par la génétique, ce n'est plus uniquement mettre en cause un individu, c'est mettre en cause toute sa famille. Ensuite, ces kits ouvrent la porte à des tests « sauvages », par exemple en récoltant de la salive sur un verre à l'insu de la personne. Enfin, se pose l'épineuse question de la protection des données.
Aujourd'hui, une entreprise suisse s'est engouffrée dans le marché prometteur des tests génétiques, profitant d'un no man's land juridique. Mais si une loi suisse devrait prochainement statuer sur la légalité ou l'illégalité de la libre distribution de ces produits, Internet laisse la porte grande ouverte à des entreprises étrangères au bénéfice de législations plus permissives. Et si l'arrivée de ces nouveaux produits dénote un gain en terme de transparence, elle est également le reflet d'une société de consommation dans laquelle la vérification et la certitude ont été élevées au rang d'obsession.