Un reportage de Nadia Braendle et Pierre Demont Image : Philippe Roulin Son : Blaise Gabioud Montage : Corinne Dubuis

Une Eglise dans de sales draps

L'émission du 19 septembre 2002

Coup de tonnerre dans le ciel serein de l'église catholique : depuis 3 ans, les accusations d'abus sexuels se multiplient. Longtemps, l'Eglise a tenté d'étouffer le scandale. Mais aujourd'hui les victimes parlent et demandent réparation. Enquête et témoignages en Suisse mais aussi en Irlande où la hiérarchie catholique doit répondre à près de 2500 plaintes.

Longtemps ils sont restés murés dans le silence et la souffrance. Blessés, trahis, abusés dans leur enfance par ceux en qui ils mettaient toute leur confiance, les victimes d'abus sexuels impliquant des prêtres, des hommes d'église, sortent petit à petit de leur mutisme et demandent réparation.
Ils évoquent avec émotion un calvaire qui remonte parfois à plusieurs dizaines d'années mais dont les marques sont indélébiles. Les témoins rencontrés par Temps présent racontent leur naïveté, leur innocence, et la double trahison dont ils ont été victime de la part de représentants de l'église. Celle de l'adulte et celle du prêtre auquel l'enfant accorde une autorité morale indiscutable. Pour le psychologue Philip Jaffé, cette trahison de la confiance entraîne une grande confusion mentale chez l'enfant et une grande fragilité. Pour l'enfant la dénonciation de tels abus s'avère très difficile, il y a la honte, la culpabilité, mais aussi les grands bouleversements sociaux que de telles révélations entraînent, comme le montre l'exemple récent de la commune de Ménières (FR), où la population s'est retrouvée scindée en deux clans. Dans les années 70 à Bramois, ce sont même des pressions politiques qui ont été exercées sur les parents d'enfants victimes d'un prêtre pédophile. Aujourd'hui en Suisse, l'église catholique a résolument changé d'attitude et se repent du tort causé aux enfants. Mgr Genoud dit très clairement que l'église applique des sanctions immédiates. Le coupable n'est plus simplement déplacé dans une autre paroisse, comme c'était la pratique auparavant, mais il est retiré du ministère. Et l'évêque de Lausanne, Genève et Fribourg insiste tout particulièrement sur l'importance de l'aide aux victimes qui ont besoin de se reconstruire.
Et c'est bien de réparation dont les victimes ont besoin, même 30 ou 40 ans après les faits. Les procédures en cours en Irlande illustrent bien ce besoin. Dans ce pays le plus catholique d'Europe, des générations d'enfants, que leur famille n'avait pas les moyens d'élever, ont subi des sévices dans des institutions d'Etat gérées par des ordres religieux. Auprès d'eux aussi, Nadia Braendle et Pierre Demont ont recueilli des témoignages poignants dans lesquels dominent colère et détermination. Ils sont déjà près de 2500 à avoir déposé plainte avec demande de dédommagements. Après des excuses publiques présentées par le gouvernement, la conférence des évêques a admis avoir négligé les victimes. Un évêque a même démissionné pour avoir protégé un prêtre pédophile. A bien des égards, aussi bien la société que l'Eglise catholique ont changé d'attitude. Que faire aujourd'hui pour prévenir efficacement le problème? Le célibat des prêtres doit-il être remis être en question ? Autant de questions que Temps présent aborde sans tabou.