L'antichambre du renvoi

L'émission du 27 janvier 2005

En Suisse, l’emprisonnement est conçu comme la solution miracle pour se débarrasser des étrangers indésirables. Requérants d’asile déboutés, clandestins ou délinquants peuvent être incarcérés pendant 9 mois, le temps d’organiser leur expulsion. Mais est-ce que ça marche ?

TP/L'antichambre du renvoi

<p>Vaud, Genève et Neuchâtel se sont doté d’une nouvelle prison à Frambois, dans la banlieue Genevoise. Cette établissement, qui peut accueillir une vingtaine de personnes, est réservé aux recalés de l’asile. Il est destiné à appliquer la détention administrative, un emprisonnement pouvant aller jusqu’à 9 mois, destiné aux requérants qui ont refusé de quitter la Suisse de leur plein gré, le temps d’organiser leur renvoi. C’est une des applications de la loi sur les mesures de contraintes adoptée en 1994.<br/><br/> Premier constat : le taux de réussite est faible. En 4 mois, NE, VD et GE ont placés 44 détenus à Frambois, organisé un vol spécial, procédé à 6 libérations, déjoué 2 évasions, et réussi seulement 18 renvois. Il y a deux raisons principales à ces résultats en demi-teinte : premièrement, les requérants ne veulent pas repartir dans leur pays. Pour certains, c’est une question d’honneur, pour d’autre une question de vie ou de mort. Ils choisissent alors de volontairement dissimuler leur origine. Comment renvoyer une personne quand on ignore d’où elle vient ? Le second problème, une fois l’origine établie, c’est que les pays refusent de délivrer des autorisations de retour à des ressortissants qui ne désirent pas rentrer chez eux. Il devient alors impossible d’organiser un vol spécial pour ces personnes. Comble de l’absurde, au terme des 9 mois de détention administrative, si aucune solution de renvoi n’est trouvée, ces individus seront relâchés, avec comme unique consigne de quitter la Suisse dans les 24 heures. Sans papiers, ils n’ont aucune réelle chance de rentrer dans le droit chemin. C’est une évidence.<br/><br/> Second constat : la détention administrative est une politique dispendieuse. La détention d’un individu coûte entre fr. 260.- et 280.- par jour. Un séjour de 9 mois reviendra à près de Fr. 70'000.-, la moitié remboursée par la Confédération, l’autre étant à la charge du contribuable. Malgré cela, Christoph Blocher souhaiterait faire passer la détention administrative de 9 à 18 mois.<br/><br/> Faut-il continuer à privilégier l’emprisonnement ou développer une nouvelle politique migratoire ? Ce qui est certain, c’est que les mesures de contraintes coûtent cher, financièrement et humainement. Et lorsqu’elles échouent, elle créent des clandestins et des délinquants.</p>

  • Générique

    Un reportage de Anne-Frédérique Widmann et Marcel Schüpbach

    Image : Ehud Goren Son : Michel Gremion Montage : Joanne Besse
TP/Sri Lanka : reprendre la mer

Quelques jours après la catastrophe déclenchée par le tsunami, une équipe de Temps Présent s'est rendue sur la côte sud du Sri Lanka, à une centaine de kilomètres de la capitale Colombo, et notamment dans un village de pêcheurs. Là, quelques 700 personnes vivaient essentiellement de la pêche. En quelques instants, leur mer nourricière leur a pris leur seul outil : les bateaux de pêche ont été emportés par les flots, puis une partie s'est échouée sur la plage. Aujourd'hui, leur salut passe obligatoirement par l'aide du gouvernement… mais à ce jour, aucune aide n'est parvenue à ces gens. Et puis, une fois que tout sera reconstruit, il leur faudra trouver le courage de repartir en mer. Mais ont-ils le choix ?
Au total, près de 80% de la flotte Sri Lankaise a été détruite et ces pêcheurs représentent la communauté la plus touchée du pays. Ayant tout perdu, leur situation est devenue plus précaire encore. Quel sera l'avenir des pêcheurs Sri Lankais et de leurs familles ? Les caméras de Temps Présent ont vécu quelques jours au cœur de cette tragédie humaine. Les témoignages qu'elles rapportent relèvent l'extrême détresse de ces hommes, mais également la dignité et l'incroyable détermination qu'ils puisent dans le bouddhisme.

  • Générique

    Un reportage de Françoise Ducret et Jean Quaratino

    Image : Christian Jaquenod Son : Benedikt Fruttiger Montage : Edwige Ochsenbeim