Une belle jeunesse !

L'émission du 18 septembre 2003

Contrairement aux jeunes des villes, les jeunes des champs sont bien dans leur coeur et dans leur corps. Ils ne se droguent pas, ont une vision positive de leur vie et sont attachés aux valeurs traditionnelles de leur pays. Est-ce vraiment si simple ? Enquête parmi la jeunesse campagnarde du canton de Vaud.

Un reportage de Jean-Pierre Garnier et Gaspard Lamunière Image : Jon Bjorgvinsson Son : Christophe Giovannoni Montage : Catherine Merglen

Les jeunes des champs rient et chantent. Ils expriment leur joie de vivre dans les Jeunesses campagnardes, associations dans lesquelles se retrouvent les jeunes des campagnes. Il y a en de nombreuses dans le canton de Vaud, parmi lesquelles la Jeunesse de Palézieux. C'est dans le cœur de cette dernière que plonge ce reportage, démontrant le clivage flagrant qu'il existe entre les jeunes des champs et les jeunes des villes.
La création de la Jeunesse de Palézieux remonte à 1920 et permet à ses adhérents de se retrouver, de décompresser entre les études et le travail. Garçons et filles se réunissent régulièrement, par exemple pour construire et décorer cette roulotte destinée à les conduire et les héberger pour la grande fête du 1er août. Une fête qu'ils ne manqueraient pour rien au monde. Dans les villages, les jeunes sont tiraillés entre la tradition et la modernité. Ils trouvent leurs valeurs dans leur attachement naturel à la terre. Un jeune de Palézieux le reconnaît : « Quand je descends à Lausanne, je me sens mal à l'aise, j'ai l'impression que tout le monde me juge, sauf au Comptoir suisse où on se sent comme chez nous ! »
Un esprit sain dans un corps sain, les jeunes des campagnes l'affirment : « On est une jeunesse saine, pas de drogue, pas de dégradation, pas de bagarre ». Même s'ils ne disent pas non aux tournées de bières.
Leur grand rendez-vous ? Tous les cinq ans, à l'occasion de la fête cantonale de la Fédération Vaudoise des Jeunesses Campagnardes. Là, ils rigolent -encore-, chantent -toujours-, boivent des bières, tout cela entre quelques parties de tire à la corde. Et là, l'UDC Jean-Claude Mermoud, président du Conseil d'Etat de Vaud, souligne avec fierté : « Ce village n'a rien à voir avec un certain village alternatif qui a récemment préoccupé Lausanne… ».
Les Jeunesses campagnardes ? Une grande famille.

Un reportage de Nadia Braendle et Frédérique Chabloz Image : Walter Hug Son : Gianni Del Gaudio Montage : Valérie Weyer

Malaise. Enorme malaise. Inquiétude. Sentiment d'insécurité. Les blouses blanches sont à la fois tristes et désabusées. Qu'ils soient ORL, gynécologue, ou médecin généraliste, les médecins s'érigent tous contre le spectre d'une médecine à deux vitesses.
Désormais, l'Etat et les caisses maladies veulent obliger les médecins à économiser. A cet égard, des décisions importantes ont été prises, par le pouvoir politique, pour limiter leur liberté. Aujourd'hui, la profession est déstabilisée.
Les médecins sont pointés du doigt comme étant les principaux responsables des coûts de la santé. Or, il s'avère que ce sont d'autres facteurs qui font exploser les budgets : les nouveaux moyens de diagnostics, le vieillissement de la population, l'apparition de maladies chroniques et leurs traitements respectifs.
On suspecte les médecins de trop facturer leurs prestations. Résultat : on n'a plus confiance. Et ne plus avoir confiance en son médecin…
L'une des mesures mises en place pour contrer la hausse des coûts de la santé : le Tarmed. Un listing de nouveaux tarifs appliqués à certains actes chirurgicaux ou spécialisés. Les médecins concernés par le Tarmed perdraient-ils réellement jusqu'à la moitié de leur revenu annuel ? Les caisses maladies contrôlent de plus en plus la facturation des prestations médicales et les médecins doivent - souvent - justifier leurs choix aux assureurs.
«Demain, on risque de s'entendre dire par les assureurs : « Non, vous ne pouvez plus aller chez tel ou tel médecin »… Et, par extension, on pourrait ne plus soigner que les gens riches…». Pression des assureurs, compressions de factures… Les médecins se sentent pris à la gorge.
Autre source de malaise chez les toubibs : la disparité entre les régions ; trop de médecins à Genève, pas assez à Neuchâtel, en Valais, dans le Jura… et cette fameuse « clause du besoin » qui gèle l'ouverture de nouveaux cabinets pendant 3 ans, à partir de 2002. « Scandaleux ! » s'écrie une doctoresse qui a ouvert son cabinet juste avant l'entrée en vigueur de cette clause. « C'est comme si on coupait leurs ailes à des personnes sur le point de s'envoler ! »…
Un malaise encore étayé par la brûlante thèse de la doctoresse Thorgler, qui dévoile des chiffres ahurissants : 24 % des médecins d'hôpitaux sont sous tranquillisants, 60 % d'entre eux consomment des antalgiques, 7 %, des antalgiques puissants contenant de la codéïne…
Tout ça pour… tenir le coup ! Assurer d'interminables gardes, répondre présent à tout moment, être performant, être rentable.
Mais la nouvelle génération de médecins ne se laisse pas faire, elle. Les jeunes toubibs mettent en avant la qualité de la vie, de leur vie, revendiquent l'épanouissement de leur sphère privée… De ce fait, un nouveau type de poste a été mis en place ; celui de médecin hospitalier à 50 heures hebdomadaires. Médecin et fonctionnaire. Engagé par l'Etat. 11.000 francs mensuels. Et une vie privée protégée. L'idée séduit beaucoup le jeune corps médical.
L'image du médecin évolue. Son statut social se métamorphose. Le piédestal sur lequel trônaient les grands pontes d'hier s'effondre. « Supertoubib » n'a plus la cote. Aujourd'hui, on regarde le médecin comme une personne qui a des limites et qui les revendique.
Invité sur le plateau :
Dr Peter Suter - Chef des soins intensifs chirurgicaux HUG