En 1985, le président des Etats-Unis Ronald Reagan (à droite) rencontre à Genève, et pour la première fois, Mikhaïl Gorbatchev le secrétaire général du Parti communiste d'Union soviétique. Une poignée de main historique qui ouvrit un nouveau chapitre des relations est-ouest. [Dennis Paquin - Reuters]

Poignées de mains: un geste pour l'histoire?

L'émission du 6 avril 2014

C'est un geste que nous pratiquons tous les jours. Serrer la main d'un homme ou d'une femme pour se présenter, se retrouver ou sceller un accord. Jusqu'à 70'000 fois dans une vie nous faisons ce geste de reconnaissance et de rapprochement, chacun à sa manière et selon sa personnalité.

Dans le monde politique, une poignée de main -ou son absence- n'est jamais sans conséquences. Certaines poignées de main ont changé la destinée de Nations entières. Nelson Mandela et Frederik de Klerk, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev ou Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, autant de poignées de main historiques qui, comme bien d'autres, témoignent d'une réalité politique.

Parmi ces poignées de mains historiques, quelles étaient les plus sincères, les plus complexes ou les plus hypocrites? Quels sont les codes qui permettent d'évaluer une poignée de main? Geopolitis décrypte ce geste qui n'est, quoi qu'on en dise, pas si banal.

L'invité: Gustavo Basterrechea, psychiatre, coauteur de "La poignée de main".

Arafat-Rabin: une poignée de main…sans lendemains?

Les accords d'Oslo ont été signés entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sous le regard du président américain Bill Clinton, 23.09.1993. [J.David Ake - EPA/AFP/Keystone] 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une poignée de mains est un geste que, d’une manière générale, nous opérons de manière spontanée. C’est un acte marqué par un mimétisme et dans lequel nous nous trouvons en miroir, en écho, avec notre vis-à-vis (en psychologie des communications on parle d’échoisation).

 

Parfois cependant, il s’agit d’en faire une opération médiatique. Il en va ainsi du bain de foule ou de la poignée de main, rituelle, qu'on échange après avoir signé un traité. C’est un geste simple, que chacun reconnaît et pratique. Il est facile et rapide tout en supportant une signification universelle: il symbolise l’amitié et la paix.

 

La fameuse poignée de main, en septembre 1993, entre Yitshak Rabin et Yasser Arafat fut loin d’être spontanée. Si on en croit les récits des acteurs (les deux Clinton et Shimon Perez notamment), elle a fait l’objet d’une négociation préalable. Elle a même été répétée par Clinton et Rabin. Les protagonistes ne semblent pas s’être serré la main en privé, avant la cérémonie, ce qui indique bien la finalité première de ce geste : un acte public, à haute valeur symbolique, et non un geste de paix sincère.

 

Pour l’anecdote, la poignée de main était aussi une concession destinée à éviter une de ces accolades dont le pétulant Arafat était friand.

 

Au moment de se serrer la main, on note la réticence de Rabin qui retient son bras une fraction de seconde et dont le tronc reste raide en contraste avec l’élan que donne Arafat à son corps. La mimique est sérieuse chez Rabin, plus souriante chez Arafat.

 

Cette poignée de mains n’a rien scellé entre les deux peuples. Peut-être, par contre, a-t-elle scellé le destin de Rabin. Le ressentait-il à ce moment?

 

Les dirigeants palestinien et israélien, cornaqués par Clinton, espéraient-ils une autre "échoisation"? Celle qui verrait, à leur image, leurs deux peuples se rapprocher?

 

Hélas, il n’en fut rien. Et cette poignée de main laisse dorénavant, pour chacun, une forme de méfiance par rapport à ces mises en scène. Les peuples seraient-ils moins dupes?

 

Les poignées de main ultérieures n’ont plus eu le même écho. Pour preuve, en 2009, une scène quasiment superposable qui voit B. Netanyahou et M. Abbas se serrer la main sous l'œil d'Obama est passée presque inaperçue.

 

On ne la fait pas deux fois…

 

                                                                                                                       Dr Gustavo Basterrechea

Le contexte

Le contexte [RTS]

Vu sur le web

Dans leur ouvrage sur la poignée de main, Jacques Briod et Gustavo Basterrechea ont édicté "les dix commandements de la poignée de main". D’autres se sont prêtés à l’exercice comme en témoignent les vidéos et liens ci-dessous.

Les pires poignées de main

Cette vidéo a été réalisée à l’initiative du gouvernement australien. Y sont montrées les dix plus mauvaises manières de serrer une main. (en anglais) (3 min)

 

Les secrets d’une bonne poignée de main

Quels sont les quatre ingrédients d’une bonne poignée de main ? La réponse est ici donnée par Olivier Bettach, créateur du blog charisme-durable.fr. (1 min 37 sec)

 

Le buzz sur François Hollande

C’est une série de photo qui a créé un buzz sur le web. On y découvre le président français, pas vraiment à son avantage, au moment de serrer les mains d’autres chefs d’États lors de rencontres officielles. Il faut cependant être prudent sur le sens de ces images choisies par des journalistes du quotidien néerlandais De Volkstrant. Ces clichés ont été pris un instant avant que l’interlocuteur de François Hollande ne se saisisse de la main du président français.

Accédez à la galerie photo sur le site de De Volkstrand

Gustavo Basterrechea

Né à la Havane (Cuba), Gustavo Basterrechea quitte tôt ce pays et va grandir en Suisse après un passage par le Chili.

Diplômé en médecine à l’Université de Lausanne il fait ensuite un Doctorat à Lausanne et Lyon. Il a fait une formation complète en psychiatrie et psychothérapie en Suisse romande, en France et au Canada. Il a choisi la doctrine psychanalytique tout en optant pour le respect et l’utilisation pragmatique de toutes les méthodes de soins susceptibles de venir en aide à la personne souffrante.

Parmi ses intérêts, on relève l’évaluation de la qualité de soins, la psychiatrie transculturelle et les approches corporelles. Il est membre de plusieurs associations professionnelles et a été Président de la Société romande de psychiatrie sociale. Il a pratiqué la psychiatrie à tous les échelons dans les cadres de la psychiatrie publique avant de reprendre la direction médicale de la Clinique La Métairie à Nyon. Il est actuellement installé en pratique privée à Sion, dans le Valais.

Le Dr Basterrechea est intervenu régulièrement dans les médias romands à des fins de vulgarisation et de promotion de la santé. Il a une activité de conférencier dans tous les pays francophones. Il a récemment publié un ouvrage consacré à la Poignée de main (Editions Signaux) en collaboration avec le journaliste et conseiller en communication Jacques Briod.

(Voir la couverture du livre)

Vu du passé

Une poignée de main entre responsables politiques est plus que le geste incontournable d’une rencontre au sommet. Elle est aussi l’expression d’un symbole et, souvent, d’un rapport de force. Si une poignée de main ne change pas radicalement la politique, elle peut néanmoins représenter une sorte de tournant, ou d’apaisement. Elle devient alors le symbole d’un moment clé. Cinq exemples en archives qui couvrent cinq périodes clé du XXe siècle.

La main tendue de l’Occupant

Le Maréchal Pétain à Montoire. [INA] Quatre ans après la poignée de main entre Hitler et Pétain à Montoire, qui va sceller la politique de collaboration de la France envers l’occupant, la situation a basculé. Le 30 novembre 1944, date du tournage de ces images d’archives, les forces alliées et les forces françaises ont libéré la plus grande partie du territoire français. L’heure de l’épuration a commencé.

La poignée de main entre Hitler et Pétain est devenue le symbole de la collaboration. (INA 3 min) 

Deux générations

John Fitzgerald Kennedy serre la main de Dwight Eisenhower. [INA] Un mois après son élection à la présidence des Etats-Unis, et avant de prendre ses fonctions le 20 janvier 1960, John Fitzgerald Kennedy est reçu par le président sortant Dwight Eisenhower. Plus qu'un symbole de la passation de pouvoir, c'est en fait deux générations qui, dans cette poignée de mains, expriment le changement attendu par les Américains en ce début des années 1960.

JFK symbole une nouvelle génération au pouvoir. (INA 2 min 35 sec) 

La "non poignée" de main

Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing. [INA] Le 5 juin 1974, le président Valéry Giscard d’Estaing, qui a salué chacun des membres du gouvernement lors du deuxième conseil des ministres, évite sciemment de serrer la main de son Premier ministre Jacques Chirac. Une situation qui préfigure les tensions entre les deux hommes qui marqueront le début du septennat et conduiront  à la démission de Jacques Chirac, le 25 août 1976.

Valéry Giscard d’Estaing évite de serrer la main à son Premier ministre. (RTS 0 min 59 sec) 

Les deux superpuissances

Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev à Genève en 1986. [RTS] La première rencontre entre les dirigeants des deux super puissances de l'époque que sont les Etats-Unis et l'URSS se déroule le 19 novembre 1985 à Genève. Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev se verront trois fois pour parler essentiellement de désarmement. Quatre ans plus tard, presque jour pour jour, ce sera la chute du Mur de Berlin.

Première rencontre à Genève entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev. (RTS 8 min 23 sec) 

Le pape et le communiste

Rencontre entre le pape Jean-Paul II et Mikhaïl Gorbatchev. [INA] Rencontre historique, ce 1 décembre 1989, au Vatican. Le pape Jean-Paul reçoit Mikhaïl Gorbatchev. Cette entrevue officielle d'un pape et d'un secrétaire général du Parti communiste soviétique est sans précédent. Il symbolise la reconnaissance par l’URSS de l’influence du Vatican, et plus particulièrement de son pape polonais, sur l’Europe de l’Est. Un tournant qui correspond d’ailleurs à l’effondrement du bloc soviétique.

 Jean-Paul II reçoit au Vatican Mikhaïl Gorbatchev, une première historique. (INA 2 min 56 sec)