Les vitamines sont partout.

Vitamines : en manque ou en overdose ?

Les vitamines, c’est très à la mode. On en trouve partout et les publicitaires ne se privent pas de vanter leurs mérites. Mais ne surestimerait-on pas un peu leurs vertus ? Réponses.


Les vitamines sont des substances chimiques dont notre corps a besoin en très petite quantité, car il ne peut pas les produire lui-même à partir du reste de l’alimentation. On en compte 13 en tout et elles se divisent en deux catégories : les vitamines hydrosolubles (B1, B2, B3, B6 à B9, B12 et C) qui sont éliminées par la transpiration et l’urine, et les vitamines liposolubles (A, D, E, K), qui sont dégradées plus lentement par l’organisme.




Il ne faut pas confondre les vitamines avec les oligo-éléments ou les sels minéraux, également très en vogue chez les publicitaires. Les oligo-éléments sont des métaux rares, tels le fer, le cuivre ou le zinc, dont l’organisme a également besoin en très petite quantité. Quant aux sels minéraux, ils sont aussi nécessaires à notre organisme, mais en beaucoup plus grand nombre. On en trouve donc davantage dans l’alimentation : ce sont par exemple le calcium, le phosphore, le magnésium, etc. Des carences, tant en oligo-éléments qu’en sels minéraux, peuvent parfois survenir.




Mémoire collective




Le pouvoir quasi "magique" que l’on confère aux vitamines peut trouver son explication dans une certaine mémoire collective : on se souvient encore des grandes maladies dues aux carences en vitamines, telles le scorbut (avitaminose C) ou le béribéri (avitaminose B1). Ces dernières décennies, on a réussi à isoler et à synthétiser les vitamines, mais les gens ont gardé l’impression que les vitamines font partie d’un arsenal magique pour rester en bonne forme. Les industriels l’on bien compris, puisqu’ils vendent des vitamines sous des formes les plus diverses, dont la plus connue est sans doute la pastille effervescente. Bref, les vitamines sont devenues un vrai marché.




Par ailleurs, les Suisses aiment les vitamines : chaque année, ils en absorbent pour plus de 76 millions de francs. Pour l'industrie pharmaceutique, ce n'est donc pas un petit marché. Et ce chiffre ne concerne que les vitamines enregistrées par l'Office intercantonal de contrôle des médicaments (OICM). C'est donc sans compter les vitamines vendues dans les grandes surfaces. Ces dernières sont plus faiblement dosées et ne sont donc pas considérées comme des médicaments, mais comme des aliments.


Risque de surdose ?



Depuis une dizaine d'années, les rayons de produits vitaminés (fitness, santé, etc.) grossissent à vue d'œil. La vitamine fait vendre ! Pour l'industrie alimentaire, c'est donc un bon argument de marketing. D'ailleurs, depuis 5 ou 6 ans, un autre secteur ne cesse d’enfler : celui des aliments enrichis en vitamines, principalement les céréales, mais aussi certains laits et même des bonbons. A ce propos, on parle alors d’alicaments, c’est-à-dire d’aliments auxquels on prête des vertus quasi équivalentes à celles d’un médicament. Avec une telle prolifération, faut-il craindre une surdose ?




En ce qui concerne les aliments enrichis en vitamines ou les préparations multivitaminées vendues en grandes surfaces ou en pharmacies, pas de quoi avoir peur : les doses ont été calculées pour couvrir uniquement les besoins journaliers d’un individu sain. Et pour arriver à des seuils toxiques, il faudrait prendre plusieurs milliers de fois la dose pour les vitamines hydrosolubles, ou plusieurs centaines de fois la dose pour les vitamines liposolubles. Donc aucun risque, même si l’on cumule les aliments enrichis en vitamines.




En revanche, il peut y avoir un risque avec des préparations individuelles de vitamines si la personne concernée commence à s’automédiquer et à prendre, par exemple, 15-20 g. de vitamine C (ce qui, chez certaines personnes, peut provoquer des calculs rénaux) ou des doses importantes de vitamines liposolubles (A, D, E).




Alors quel intérêt de prendre des vitamines ? En fait, il faut savoir que les groupes à risques de carences existent toujours : ce sont par exemple les enfants en phase de croissance, les femmes enceintes, les personnes âgées ou les personnes alcooliques. Dans ces cas, le supplément vitaminique devrait être prescrit et suivi par un médecin. Mais qu’en est-il des adultes en bonne santé et qui mangent normalement ? Toute la question est de savoir ce que signifie encore "manger normalement". Le stress ambiant de nos sociétés modernes ne nous laisse plus guère le temps de cuisiner ou de manger équilibré. Dans ces conditions, des carences subtiles en vitamines peuvent apparaître, carences dont on ignore encore les conséquences. Alors, comme ce n’est pas bien grave de prendre un tout petit peu plus de vitamines, la consommation régulière de comprimés multivitaminés n’est finalement pas une si mauvaise idée. Et puisque dans ce domaine, les produits sont plus ou moins équivalents, laissez votre porte-monnaie décider !


Une alimentation équilibrée



La publicité parle beaucoup du "besoin journalier" ou de "couverture à 100%". Est-ce à dire que l’on se trouvera mal si l’on n’atteint pas ce seuil ? Eh bien, non. Certaines vitamines, et en particulier les liposolubles, sont stockées dans l’organisme pour couvrir de longues périodes. Etre privé de vitamines pendant quelques jours n’est donc pas grave. Ca l’est d’autant moins si, le reste du temps, on s’alimente de façon équilibrée. Et les grands préceptes de la diététique moderne, tout le monde les connaît : manger varié, avec suffisamment de céréales, de féculents et de laitages, et avec une forte proportion de légumes et de fruits. En la matière, le choix est grand, les aliments sains ne sont pas les plus chers et aucun substitut de vitamines ne remplacera jamais ce qu'apporte un aliment frais, à commencer par les fibres.




Mais il vrai aussi que faire quotidiennement trois repas équilibrés, c’est difficile. Entre régime amaigrissant, régime sandwich et régime fast-food, on ne fait pas toujours tout juste. Idéalement, pour couvrir les besoins de l'organisme, il faudrait absorber quotidiennement 5 légumes ou fruits différents. Cela dit, ce n'est pas en un jour que les carences s'installent et si ce genre de plats n'est pas totalement exclu de votre table, vous ne risquez pas de nuire gravement à votre santé.




Une panacée ?




Outre la question de la couverture des besoins journaliers, certains scientifiques ont pu avancer que des prises de vitamines à hautes doses pouvaient, par exemple, prévenir les maladies cardio-vasculaires ou retarder les effets du vieillissement. Il y a eu, à ce propos, un très grand intérêt médiatique pour les vitamines A, E et C qui, toutes trois, ont la propriété d’être des antioxydants (un antioxydant est une substance qui va ralentir la dégradation des tissus de l’organisme). Des essais cliniques ont été réalisés sur un échantillon de personnes à qui on a donné de fortes doses de ces vitamines, des doses impossibles à atteindre, ni avec les aliments enrichis, ni avec les préparations multivitaminées.




Le bilan de ces expériences est très contrasté : des résultats positifs ont en effet pu être mis en évidence, notamment sur les maladies cardio-vasculaires. Mais à l’inverse, des effets négatifs ont aussi été constatés : par exemple, une augmentation du taux de cancer chez les fumeurs supplémentés en vitamine A associée à la vitamine E. Mais, malgré toutes ces conclusions, aucun lien scientifique fiable n’a pu être établi entre la prise de vitamines et les résultats observés. Il n’est donc absolument pas prouvé que de fortes doses de vitamines puissent prévenir les maladies cardio-vasculaires ou retarder le vieillissement. Dans ce domaine, mieux vaut s’en tenir aux doses des préparations multivitaminées.




La publicité prête aussi à la vitamine C la vertu de prévenir la grippe, voire d’aider à sa guérison. Mais, là encore, jamais rien de tel n’a été prouvé, du moins pas chez l’homme. En laboratoire, on a certes pu montrer que la vitamine C permettait aux cellules de mieux se défendre contre les virus, et parfois même de les éliminer complètement. Il y a donc une certaine base scientifique à cette affirmation, mais qui n’a jamais pu être clairement démontrée chez l’homme. Il n’a pas été davantage prouvé que la vitamine C était un remède contre la fatigue, comme on le croit souvent : elle peut tout au plus jouer un rôle de placebo.




Finalement, ce qu’il y a de positif dans le fait de prendre des vitamines, c’est que l’on commence à s’occuper de soi et de sa santé. Et cela, ça n’est jamais une mauvaise chose.