Test teintures cheveux : quelle efficacité, quel danger ?

Test teintures cheveux : quelle efficacité, quel danger ?

A partir de 35 ans, deux femmes sur trois se teignent les cheveux. Les hommes s'y mettent aussi. ABE explique le processus de la teinture, teste les effets sur le cheveux de 6 teintures et les risques d'allergie.


La teinture, ou l'art de brouiller les pistes



En Europe, le nombre des personnes qui se colorent les cheveux a doublé au cours des cinq dernières années. Aujourd'hui, environ une femme sur deux se teint les cheveux et, au delà de 35 ans, cette proportion atteint même deux femmes sur trois. C'est donc un marché très important, aussi lucratif qu'il est secret. Impossible d'obtenir une information, même mince comme un cheveu, sur les chiffres de vente, les marques dominantes, ou les budgets publicitaires. Les fabricants prennent autant de soin à cacher ces données qu'à couvrir les cheveux gris.




La façon la plus directe de transformer son image, quel que soit son âge, c'est de se teindre les cheveux. Dans les magazines, le message est clair : si vous voulez être remarquée, jouez la métamorphose et changez de rôle. Les fabricants de cosmétiques ne s'y sont pas trompés. Ces 5 dernières années, l'industrie a développé des produits de plus en plus faciles d'emploi et la palette des couleurs disponibles n'a jamais été aussi large dans l'histoire de la coiffure.




La couleur d'un cheveu dépend de deux paramètres : la hauteur de ton, du noir au blanc, en passant par toutes les teintes de brun, et le reflet, c'est-à-dire les nuances dorées, cuivrées, cendrées, ou rousses. Toute l'habileté du coiffeur réside dans sa capacité à jouer sur ces deux paramètres et cela demande de bonnes notions de colorimétrie. On peut classer les teintures en trois catégories. Pour changer de tête, juste le temps d'une soirée, il existe des colorants éphémères, les pigments ne pénètrent pas dans le poil, ils se contentent de le recouvrir jusqu'au shampoing suivant. Pour que la coloration dure plus longtemps, certaines teintures pénètrent légèrement l'écorce du cheveu. On les appelle temporaires, semi permanentes ou encore ton sur ton. Elles s'estompent après 6 à 8 shampoings et ne permettent pas non plus d'éclaircir le cheveu. Enfin, la technique la plus fréquemment employée est celle de la coloration d'oxydation ou simplement teinture permanente. Ici, pas le droit à l'erreur puisqu'il s'agit d'une véritable transformation chimique du poil. Le principe consiste à déposer des pigments artificiels directement au cœur du cheveu. Pour laisser entrer ces pigments, le cheveu doit d'abord devenir poreux, ce qui se fait par l'action d'une substance fortement basique qui écarte les écailles extérieures du cheveu. Ensuite, pour que la coloration choisie apparaisse, il faut que le cheveu perde sa couleur naturelle. C'est là qu'intervient l'eau oxygénée que contient ce type de teinture. En pénétrant dans la structure capillaire, elle décolore les grains de mélanine qui donnent sa couleur naturelle au poil. C'est un peu comme créer une page blanche. Cette étape est délicate. Si le produit de décoloration agit trop longtemps, le cheveu est détruit. Enfin, à l'intérieur du cheveu, une chaîne de réactions chimiques va progressivement révéler les pigments artificiels, comme lorsqu'on développe une photographie.




Il faut savoir que les produits des salons de coiffure sont les mêmes que ceux présents dans les teintures vendues aux rayons cosmétiques. Mais, si la chimie est identique, les fabricants ne sont pas encore parvenus à enfermer le doigté du coiffeur dans un flacon. C'est pourquoi, il arrive fréquemment à l'homme de l'art de devoir réparer les dégâts des colorations ratées, ternes ou trop foncées, faites à la maison. Bien sûr, dans un salon, c'est plus coûteux, une coloration revient six à dix fois plus cher qu'à la maison.


Teintures permanentes sous la loupe



Aujourd'hui, on retrouve dans ces produits prêts à l'emploi l'intégralité des techniques de coloration utilisées par les professionnels. Il fallait bien faire un choix; nous avons opté pour les teintures dites permanentes. C'est la technique la plus utilisée et la plus efficace contre les cheveux blancs. C'est aussi celle qui présente le plus de risques pour les cheveux, mais aussi pour l'ego. Si la couleur est moche, pas de deuxième chance !




ABE a donc voulu vérifier si les teintures que l'on nous vend tiennent leurs promesses. Ces reflets subtilement irisés de somptueuses chevelures figurant généralement sur l'emballage, réalité ou rêve inaccessible ?




Pour ce test, nous nous sommes rendus au Laboratoire ATS d'Aix en Provence, spécialisé dans l'étude des cosmétiques. Le protocole du test nécessitait l'usage de véritables cheveux. Pour des raisons financières évidentes, nous avons dû renoncer aux cobayes humains. Les colorations ont donc été évaluées sur des mèches collectées dans une école de coiffure. D'une longueur de 20 cm, ces mèches doivent répondre à des critères de couleur et de calibrage très précis. C'est ce que les experts appellent un «cheveu européen standard». Avant d'évaluer l'effet de la teinture, on commence par mesurer précisément la coloration naturelle de chacune des mèches. Ensuite, on procède à la coloration en suivant scrupuleusement les indications données par le fabricant du produit.




ABE a testé six marques représentatives de ce que l'on trouve sur le marché, dans les tons acajou. Premier constat : entre la photo de l'emballage et la réalité il peut y avoir quelques surprises. Le résultat est imprédictible et c'est bien ce qui fait le délicieux suspense de tout acte de coloration. Cosette Hella est responsable d'études cosmétiques au Laboratoire ATS. En tant qu'ingénieur chimiste, elle a supervisé l'étude. Elle confirme que l'intensité de la couleur varie selon la marque. "La consommatrice, si ça lui convient, gardera la marque. Sinon elle en achètera une autre, jusqu'à ce qu'elle trouve sa coloration adaptée". Elle admet également qu'à la simple lecture de l'emballage, on ne peut pas anticiper le résultat sur le cheveu. "On ne peut pas deviner la coloration que l'on aura sur le cheveu". Ainsi donc, il faudra faire plusieurs essais avant de trouver la coloration qui corresponde au goût de son utilisatrice.




Toutefois, l'intensité de la coloration n'est pas, en elle même, un critère de qualité. Entre une crinière léonine et un acajou discret, le choix est purement personnel. En revanche, une fois satisfait de la couleur, on aimerait qu'elle résiste le plus longtemps possible. Une fois teintes, les mèches du test ont donc été lavées, puis séchées à 8 reprises. On a mesuré alors la perte de couleur. Résultat, dès le premier lavage, la coloration commençait à perdre de son intensité.




Etant donné qu'une partie de la pigmentation est emportée par le shampoing, que se passe-t-il lorsque le cheveu est humidifié par la pluie ou la transpiration ? Pour le savoir, les mèches teintes on été mouillées puis déposées sur des bandes de coton, avant et après le premier shampoing. Il faut savoir qu'au début, lorsqu'on vient de se teindre les cheveux, tous les produits déteignent. Dans notre test, selon les marques, les taches étaient plus ou moins prononcées, Nous en avons tenu compte dans le jugement final.


Résultats du test



En combinant la persistance de la coloration et le risque de taches sur les vêtements, on obtient le classement suivant :


Test teintures cheveux : quelle efficacité, quel danger ?
65 - Paprika acajou cuivré




Diminution de l'intensité après 8 lavages = 44%




C'est le produit dont la perte de couleur a été la plus importante dès le premier shampoing.




Le cheveu mouillé laissait des taches bien visibles sur le coton, même après avoir été lavé.


Test teintures cheveux : quelle efficacité, quel danger ?
30 - Spice Bronze




Diminution de l'intensité après 8 lavages = 55%




Après lavage du cheveu, le produit n'a laissé que des traces sur le coton.


Test teintures cheveux : quelle efficacité, quel danger ?
55 - Chianti acajou




Diminution de l'intensité après 8 lavages = 37%




Après un seul shampoing, le cheveu humide tache le tissu.


Test teintures cheveux : quelle efficacité, quel danger ?
225 – Acajou




Diminution de l'intensité après 8 lavages = 44%




Déteint relativement peu sur le tissu.


Test teintures cheveux : quelle efficacité, quel danger ?
876 – Acajou




Diminution de l'intensité après 8 lavages = 39%




Faibles traces sur le coton après lavage du cheveu.


Test teintures cheveux : quelle efficacité, quel danger ?
4,6 - Rouge Profond




Diminution de l'intensité après 8 lavages = 32%




Au premier lavage, la perte de coloration était minime, au 8ème elle atteignait la plus faible perte de ce test.




Les traces sur le tissu étaient peu importantes.


Ces teintures ont une durée de vie relativement faible. Pour garder la même intensité de couleur, il faudrait renouveler l'opération toutes les trois semaines environ, parce que la couleur se délave et que les cheveux poussent et laissent apparaître à la racine leur couleur naturelle. Une fois que le cheveu est dans l'engrenage, c'est fini, il faut poursuivre. A moins de supporter une tignasse bicolore ou la boule à zéro !




De tout temps, l'homme, mais surtout la femme, a cherché à modifier la couleur de sa chevelure. Ainsi, à la cour de France, au XVIIème siècle, pour foncer leurs nuances naturelles, les courtisanes n'hésitaient pas à se passer des peignes en plomb dans les cheveux. Cette pratique provoquait de formidables intoxications et des décès prématurés. C'est peu dire que l'on a fait des progrès depuis ce temps-là ! Mais ABE a tout de même voulu tester des produits d'aujourd'hui.


Et les risques d'allergie ?



Avertissements, conseils, précautions d'emploi, à en juger par l'importance des mises en garde inscrites sur les emballages, appliquer de la teinture sur le cuir chevelu n'est pas sans dangers. Pour le mesurer, 15 personnes ont accepté de risquer leur peau. Le principe est simple, les produits sont appliqués à même le derme durant 48 heures. Ensuite, on évalue l'importance de l'irritation. Toutes les teintures testées ont provoqué un léger érythème. Mais après 48 heures d'exposition, une telle irritation est considérée comme normale. En conclusion, les six produits testés sont compatibles avec la peau. A la condition impérative toutefois que le contact ne dépasse pas la durée indiquée par le fabricant.




C'est ce que confirme vigoureusement Lise Agopian-Simoneau, dermatologue et directrice du laboratoire Biophyderm qui a procédé au test. "L'utilisatrice doit respecter exactement ce qu'on lui donne comme indications". A savoir, préparer le produit dans les conditions indiquées sur l'emballage. Porter les gants qui sont fournis en général avec ces produits. Il faut utiliser le produit aussitôt qu'il a été préparé. Il faut respecter le temps de façon précise et rincer très soigneusement, de façon à ce qu'il ne reste plus de traces du produit de teinture. Certaines marques conseillent un shampoing particulier. Pourquoi pas, admet la doctoresse Agopian-Simoneau, "mais un bon shampoing, quel qu'il soit, fera l'affaire".




Tous les produits de teinture contiennent des substances capables de provoquer des allergies. C'est le cas en particulier pour le paraphénylènediamine, ou PPD. Durant le test, aucun sujet n'a heureusement développé de réaction allergique. Là encore, les produits testés sont satisfaisants.




En matière d'allergies, on n'est jamais trop prudent. La notice conseille de procéder à un test préalable, mélanger une petite quantité de produit, l'appliquer au pli du coude. Au bout de 48 heures, vérifier s'il ne s'est pas développé de réaction allergique. Ensuite seulement, on peut utiliser le produit. Bien. Mais on ne dit pas assez qu'il faut procéder à ce test à chaque utilisation, parce que l'on n'est pas allergique, on le devient. On peut donc parfaitement se retrouver allergique à ce fameux composé PPD, ou à l'un de ses sels, alors qu'on utilise le même produit régulièrement et depuis plusieurs mois, voire même depuis plusieurs années. Donc, à chaque fois, il faut refaire le test ! Ce phénomène, les coiffeurs le connaissent bien. Lorsque l'allergie survient, elle est considérée comme une maladie professionnelle grave. L'unique moyen d'en guérir est de changer de métier.


Ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire



En résumé, il faut suivre scrupuleusement les notices d'utilisation. Ce n'est pas un hasard si toutes les marques conseillent de faire un test préalable d'allergie, (sauf Polybrillance de Schwarzkopf, mais le conseil est aussi valable pour cette marque).




Il existe des alternatives naturelles à la coloration chimique. L'une d'elle est le henné, à condition de l'utiliser pur. Mais on ne peut obtenir que des tons acajous.




Un autre conseil important à garder en mémoire, c'est d'utiliser immédiatement la préparation. Il s'agit là d'une chaîne de réactions chimiques, et s'il s'écoule trop de temps entre le mélange et l'application, le processus démarre dans le bol plutôt que dans les cheveux ! Le résultat en devient imprévisible. De même, il faut lire la notice avant, et non pas après, ni pendant l'application de la teinture !




Le cheveu a beau n'être qu'une matière inerte, qu'un amas de cellules mortes chargées de kératine, il ne faut pas le maltraiter. Il vit en moyenne quatre à six ans implanté sur le crâne, avant de chuter définitivement. Une fidélité pareille mérite bien un minimum de douceur, non ?




Une toute dernière précision, si ABE s'est contenté de ne tester que six marques parmi celles les plus présentes sur le marché, c'est que le prix des tests en laboratoire est extrêmement élevé... tout simplement !