Microsoft équipe aujourd'hui 96% des ordinateurs de la planète.

Informatique: le logiciel libre à l'assaut de Microsoft

L'émission du 12 février 2002

Sur le marché des logiciels, une révolution informatique est en cours. Microsoft, en position de quasi monopole avec 95% du marché, doit céder du terrain face aux logiciels libres, dont le plus connu est Linux.


Vous n’êtes pas un expert, mais le monopole de Microsoft vous énerve: la bonne nouvelle s’appelle Linux.




Ca fonctionne mieux, c’est gratuit et ça n’appartient à aucune multinationale : les logiciels libres vont-ils faire trembler l’empire de Bill Gates ?




Pas besoin d’avoir suivi l’Ecole Polytechnique pour savoir qu’en allumant un ordinateur on a presque 100% de chance de voir apparaître le mot "windows".




Windows, c’est le système d’exploitation vendu par Microsoft qui équipe, aujourd’hui, 96% des ordinateurs de la planète. Si on ne peut pas vraiment parler de monopole, c’est parce qu'Apple détient trois misérables pour cent de ce marché. Ces chiffres ne signifient pas que Microsoft offre le meilleur système, mais simplement qu’il est le plus fort dans l’art de la guerre commerciale. Aujourd’hui, comme la plupart des ordinateurs sont livrés avec la dernière version de Windows, la majorité des usagers ne connaît que ce système et ne pense même pas qu’il est possible d’écrire ailleurs que dans Word ou de surfer autrement qu’avec Explorer.




En 1984, Apple a lancé le premier système d’exploitation avec une interface graphique pour ordinateur personnel. C’est le fameux Macintosh de 1984.




Avec le Mac 128, le grand public peut enfin se servir d’un ordinateur. C’est le premier système avec une souris qui permet de cliquer sur des icônes et d’ouvrir des fenêtres.




Le macintosh est un énorme succès, mais Steve Jobs est écarté de l’entreprise Apple qu’il a créée. Il fonde de son côté, en 1985, Next et sort un ordinateur très haut de gamme, avec un système basé sur Unix. Next est utilisé dans les universités, mais reste hors de prix pour le grand public. Trop en avance sur son temps, Next est un échec commercial, mais il a posé les fondations du Mac OSX de 2001.




Ce n'est qu'en 1985 que Microsoft fait une première tentative de système à fenêtre dont l'interface était particulièrement spartiate. Microsoft avait pratiquement dix ans de retard sur Apple. En effet, il faudra attendre Windows 95 pour voir, chez Microsoft, un véritable système d’exploitation digne de ce nom.




Robin Chytil, responsable informatique dans plusieurs grandes entreprises, nous explique qu'un système d’exploitation fait le lien entre le matériel, les applications comme Word et Excel, et l’utilisateur. Au niveau matériel, le système gère le processeur, c'est-à-dire le cerveau de l’ordinateur, qui alloue des ressources en fonction des besoins. Ces fonctions, ce sont la mémoire, le stockage (par exemple, sur le disque dur), une disquette, le graphisme et les périphériques comme la souris, un clavier, un scanner, un appareil photo numérique, une caméra, une imprimante.




Les systèmes d’exploitation sont non seulement le coeur du fonctionnement de n’importe quel ordinateur, mais aussi la clé qui ouvre la porte du marché des logiciels. Le premier à l'avoir compris et à avoir su l’exploiter, c’est Bill Gates.




En passant un accord avec les constructeurs d’ordinateurs pour qu’ils installent Windows sur toutes leurs machines, Microsoft s’assure que les usagers achèteront ses programmes. Ensuite, il ne reste plus qu’à sortir tous les deux ans une nouvelle version du système et des programmes pour entraîner une véritable dépendance.




Windows XP, avec la suite Office XP, c’est-à-dire les programmes comme le traitement de texte etc, coûte 1300 francs en version pour particulier, et monte jusqu'à 1700 francs en version professionnelle. Ce prix s'applique à chaque poste de travail. Vous voyez ce que cela peut représenter dans une entreprise de mille personnes.




En plus, il faut savoir que l’installation de la dernière version de Windows demande beaucoup plus de ressources et de mémoire. Donc, pour beaucoup d’usagers, Windows 2000 ou XP impose l’achat d’un nouvel ordinateur.




L’alternative à Windows, ce sont tous les systèmes d’exploitation basés sur Unix, c'est-à-dire le porte greffe de Mac OSX d'Apple. Comme autre alternative à Microsoft, il y a aussi tous les logiciels libres, dont le plus connu est Linux.




En octobre 2001, Bill Gates annonce la sortie de Windows XP.Vincent Rullier, ingénieur chez Microsoft, commente les améliorations apportées par ce nouveau système d’exploitation : "Les améliorations majeures se trouvent autour d’une intégration de nouvelles technologies multimédias. Vous pouvez utiliser votre PC pour connecter un appareil de photo, publier des photos sur internet, mettre un CD audio, un DVD, lire tout ça, enregistrer sur votre PC qui devient le cœur de votre système à la maison pour pouvoir traiter toutes les informations numériques que vous recevez, que ce soit des e-mail, vos photos, vos CD et toutes les informations que vous pouvez avoir."




Windows a toujours été un système propriétaire, c’est-à-dire que Microsoft ne révèle pas comment il a été fabriqué, les codes sources sont gardés comme un secret car Microsoft a basé tout son business modèle sur la vente des logiciels.




Apple est la seule entreprise à vendre à la fois le matériel, c’est-à-dire l’ordinateur, le système d’exploitation et les logiciels, un atout qui permet beaucoup plus de souplesse dans le monde mouvant de l’informatique.




Même si Apple n’a que 3% du marché, la célèbre pomme s’est imposée dès le début dans des niches comme le graphisme, la vidéo et l'éducation.




Avec la sortie de son nouveau système d’exploitation Mac OSX, Apple montre clairement sa volonté de saisir sa chance.




Les explications de Serge Robe, responsable de Mac OSX pour l’Europe : "Mac OSX est avant tout un système d’exploitation avec des fondations Unix et l’élégance de l’interface Apple. Unix, cela signifie robustesse, puissance, rapidité. Mac OSX, c’est montrer des solutions. Le hub numérique, c’est la possibilité de faire dialoguer des périphériques qui ne savent pas dialoguer entre eux : un baladeur numérique, un MP3, un appareil photo numérique, un caméscope. C’est la possibilité d’échanger des informations provenant de ces périphériques à travers une plate forme Macintosh avec Mac OSX."




Aujourd’hui, les compétences de Mac OSX sont identiques à celles de Windows XP et Microsoft a même conçu une suite Office pour Apple. Mais Mac OSX marque un virage technologique avec, pour la première fois, un noyau à code source ouvert, libre, c’est-à-dire que les clefs du système sont désormais disponibles. C’est un peu comme si l’architecte livrait une maison avec tous les plans, toutes les mesures pour le circuit électrique, la tuyauterie et les fondations. Grâce à ces informations, l’utilisateur peut pénétrer dans le cœur du système pour y faire des modifications selon ses besoins.




Apple mise donc aujourd’hui sur une nouvelle stratégie pour gagner des parts de marché. Une stratégie très à la mode qui a été lancée par les rebelles de l’informatique. Ces rebelles sont les adeptes des logiciels libres, très performants et gratuits, le plus connu étant Linux.




Linux a été créé à la fin des années 80 par un étudiant en informatique finlandais : Linus Torvalds. Préoccupé par l’hégémonie de Microsoft, Linus Torvalds a voulu concevoir un système performant, et mettre à disposition du monde entier tous les codes sources. Tout le monde peut donc télécharger gratuitement Linux sur internet et le modifier. Yann Serra, directeur de la revue Login, nous éclaire sur ce système : "Pour bien comprendre, on va faire un petit parallèle avec les voitures. Windows, cela pourrait être la voiture que l’on va acheter chez le concessionnaire, on l’a clef en mains, belle couleur, très confortable, et puis on l’allume pour faire du trajet et on en est très content. Linux, en revanche, c’est plutôt la voiture du garagiste, en kit, qu’il faut bricoler soi-même. Pour qu’elle fonctionne, pour qu’elle démarre, il faut déjà ouvrir le capot, mettre les mains dans le cambouis, serrer un peu les boulons à droite et à gauche, et après, on s’assure qu’elle démarre, et ce qu’il y a de passionnant dans Linux, c’est le fait que l’on puisse mettre les mains dans le cambouis."




Chaque année, une foule de mordus se précipitent dans les expositions Linux, comme celle de Paris fin janvier. C'est l’occasion de découvrir les dernières nouveautés, car il existe déjà des distributions de Linux comme Suse, Redhat, Mandrake, qui proposent des solutions préfabriquées, chacune avec des interfaces graphiques différentes : "...Cela suppose un minimum de connaissances informatiques de la part de passionnés, pas forcément des professionnels, mais des gens qui s’intéressent à la chose, des étudiants, des programmeurs ou des indépendants qui se passionnent et qui n’ont pas forcément pour seul intérêt le traitement de texte ou internet. C’est un mécano Linux qui se monte et se démonte à chaque fois."




Et c’est bien sûr grâce à Internet que le mécano Linux grandit et évolue. Selon Robin Chytil "...Sur internet, avec le nombre de développeurs qui sont dédiés à Linux, il y a une sorte de compétition entre développeurs, et dès qu’il y a un petit problème trouvé dans Linux, c’est la foire d’empoigne pour arriver à résoudre le problème."




En fait, avec Linux, on a accès à une communauté de spécialistes? "Exactement, mais il faut apprendre à utiliser cette communauté et ses ressources, ce n’est pas comme si vous aviez affaire à un centre de support commercial, mais expérience faite, c’est tout aussi efficace. »




C’est fou ce que les discours des représentants de Mac et de Microsoft se ressemblent, mais on laisse le soin aux adeptes de l’une et de l’autre chapelle d’apprécier les nuances. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la communauté des logiciels libres est peut-être en train d’opérer une véritable révolution dans le monde de l’informatique. En achetant un logiciel, on paie le savoir-faire de ses concepteurs. Avec Linux, ce sont des milliers de concepteurs qui mettent, cette fois gratuitement, leur intelligence au service de tous les utilisateurs dont ils améliorent constamment le produit. Bien sûr, on ne peut pas encore acheter d’ordinateurs équipés directement de Linux et de ses applications, mais de plus en plus d’entreprises choisissent cette option, au moins pour leur serveur. On appelle cela migrer sur Linux.




Pour le moment, Apple ne propose pas de solutions pour les gros serveurs, alors la bataille se joue essentiellement entre Windows et Linux. Selon les pronostics, le nombre de serveurs Linux dans le monde devrait atteindre le chiffre de 4,7 millions en 2004, c’est-à-dire autant que Microsoft. Une tendance que l’on retrouve clairement sur le terrain.




Le journal Libération, par exemple, doit impérativement respecter les délais de livraison à l’imprimerie. L’entreprise a donc besoin d’un système facile à utiliser, avec peu de maintenance. Pour Gilles Bruno, responsable informatique du journal : "...Il y a ici beaucoup de métiers : la rédaction, l’infographie, l’édition et le pré-presse sont sur Mac, tandis que l’administration, la paie, la comptabilité et la régie publicitaire sont équipés sur PC.(...) Nous sommes obligés de faire des choix, car les serveurs et les applications doivent rester à la pointe si on ne veut pas être largués. Et là, en ce moment, on pense à Linux pour un gros serveur qui nous sert à l’application maîtresse de notre système de publication."




Orbital, spécialisé dans les services Web, fabrication de sites, conférences sur internet, etc., a déjà fait des choix. Michael de Lucia, directeur du développement chez Orbital pense qu'"au niveau des stations de travail pour nos collaborateurs, nous travaillons avec du Windows car c’est le standard du marché, les outils sont vraiment performants et intéressants. Au niveau des serveurs que nous déployons pour nos clients, nous sommes en train de migrer sur des serveurs Linux, pour des raisons de stabilité du système, des raisons de coût, de déploiement. Cela nous offre une alternative relativement intéressante à la solution Microsoft. Il n'y a pas de prix de licences, c’est du "open soft ware", donc l'économie est de 100% par rapport au prix des licences. Ensuite, les serveurs étant plus stables, on a beaucoup moins de maintenance et de travaux, la demande en personnel étant beaucoup moins importante."




Même le géant IBM joue la carte de l’open source. Michel Teyssedre, responsable des nouvelles technologies pour l’Europe chez IBM, nous explique pourquoi : "Clairement, nos clients aujourd’hui voient le potentiel de créativité qui existe dans Linux, et IBM voulait le rendre accessible à ses clients. C’est pourquoi, notre président Sam Palmisano a décidé l’année dernière d’investir un milliard de dollars derrière Linux."




Concrètement, IBM a choisi de rajouter un système Linux sur tous les serveurs, sans bénéfice sur le système puisqu’il est gratuit. Par contre, IBM vend une ligne de services avec de la formation, de la maintenance et du développement. On peut se demander si Linux pourrait faire vaciller Microsoft ? "C’est une autre approche, un nouveau modèle économique, je ne veux pas faire de prédictions, c’est toujours très difficile, mais c’est clair que c’est un business modèle qui est intéressant, les deux business modèles vont coexister, mais ce business modèle est clairement au détriment de Microsoft, mais il saura s’adapter, c’est une grande entreprise."




Tien Dung Thoi, ingénieur Microsoft, ne pense pas que ces technologies vont apparaître chez Microsoft : "Nous respectons les travaux de M.Torvalds, mais nous utilisons un autre modèle de travail complètement différent. Donc, on va préserver notre propriété intellectuelle et on ne mettrait pas nos codes sources à disposition de tiers de cette manière là." Cependant dans certains domaines comme l’éducation, l’administration, notamment la CIA, Microsoft a accepté de montrer une partie des codes sources pour des modifications, à condition de ne pas en faire un usage commercial.




Mais, aujourd’hui, la grande interrogation est de savoir pourquoi Linux n’est pas encore sur l’ordinateur personnel du grand public ?




Selon Yann Serra, responsable de la revue Login, "...dès que l’on passe sur Linux, les logiciels n’existent plus. Malheureusement, le grand public est obligé de se heurter à des raccourcis clavier qu’il ne retrouve plus, à des icônes qui ne sont plus à la même place. Ca n’a l’air de rien, mais à l’échelle de la grande consommation, c’est énorme."




Mais est-ce que le grand public reste une cible de Linux ?




"C’est un challenge. Linux a le but de s’imposer sur le PC de Monsieur-tout-le-monde face à Windows. Ca fait cinq ans qu’on en parle, qu’on y croit et ça fait cinq ans que Linux s’est imposé sur l’informatique professionnelle, mais toujours pas sur le PC de Monsieur-tout-le monde."




Donc, pas de panique, vous n’êtes pas totalement ringard, pour l’instant, si vous n'avez pas encore installé Linux sur votre ordinateur. Installer Linux n’est pas à la portée technique de tout le monde. Mais vivement que ce soit le cas, parce que, déjà actuellement, on trouve dans le commerce des kits Linux prêts à être installés pour moins de 100 francs. Et, pour ce prix-là, vous avez non seulement le système d’exploitation, mais aussi des dizaines de programmes pour faire aussi bien du traitement de texte que de l'édition d'images, bref tout ce qu’on attend d’un ordinateur.




Et en plus, cela ne rapporte pas un centime à Bill Gates !


Liens utiles en complément



Pour vous aidez dans vos recherches, plusieurs liens internet sont disponibles dans la colonne de droite.




Pour MacOSX : du lien "Apple" à "MacBidouille"




Pour Windows : "Microsoft"




Pour Linux : de "Linux Online!" à "Linux at IBM"




Pour Le musée de l'informatique : "Bolo's Computer Museum"

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