In vino veritas: première partie

In vino veritas: première partie

L'émission du 23 septembre 2008

Le temps de deux épisodes, ABE se penche sur un vaste sujet, le vin. Cette première enquête traque les pesticides dans le vin avec un test pour en mesurer les résidus dans les bouteilles que nous achetons et décrypte les différents modes de viticulture, du conventionnel au biologique en passant par le biodynamique.

Viticulture bio : comment ça marche ?


Au Domaine de la Devinière, à Satigny près de
Genève, Willy Cretegny pratique la viticulture biologique depuis
1995. Un vrai pionnier, parce qu'il y a 13 ans, passer à la
viticulture bio c'était cultiver en terrain miné. « Il était
difficile d'avoir des conseils à l'époque, et puis on sentait une
certaine hostilité chez nos collègues de la région. Aujourd'hui,
cela va mieux , on conduit mieux nos vignes, on a pris l'habitude
et nos vignes aussi. Le problème quand vous passez au bio, que vous
arrêtez brusquement les herbicides et que vous labourez le sol
autour des vignes 3 fois par année, la vigne met du temps à
récupérer : elle est en concurrence avec l'herbe et doit refaire sa
structure racinaire plus bas dans le sol. En même temps, on lui
demande de continuer à produire. »
Willy Cretegny a dû
attendre 7 ans à peu près pour être vraiment satisfait de sa
vigne.

In vino veritas: première partie« La viticulture biologique est
très difficile, surtout dans notre région. La pourriture grise et
le mildiou sont très virulents »,
explique Jean-Philippe
Burdet, professeur en viticulture à la HES de Changins. Mais
pratiquer la viticulture biologique ne signifie pas laisser sa
vigne sans traitement, à la merci du premier champignon qui passe.
Le viticulteur utilise des produits d'origine naturelle pour
remplacer la chimie de synthèse, et il a tout de même le droit
comme les autres de répandre du soufre et du cuivre sur ses vignes.
Même si le cuivre, à long terme, n'est pas du tout bon pour les
sols. « Tant que le cuivre sera utilisé, ce ne sera pas une
culture écologiquement neutre. La commission européenne avait
proposé l'interdiction du cuivre, mais comme il n'existe pas de
solution alternative, le cuivre est toujours utilisé. »

Légalement, les bios ne peuvent pas mettre plus de cuivre dans
leurs vignes que les conventionnels. La norme est très claire: pas
plus de 20 kilos par hectare au total sur 5 ans, ce qui permet d'en
mettre un peu moins les bonnes années et un peu plus quand il pleut
trop, sans dépasser 6 kilos par hectare en une année. Pour que la
vigne de l'avenir n'ait plus besoin du cuivre, on tente aussi de
développer par croisement des cépages plus résistants aux maladies,
comme le fameux Gamaret qui résiste à la pourriture grise.
Jean-Philippe Burdet « La recommandation principale, c'est
d'utiliser des cépages résistants. Il en existe toute une série, et
la station agroscope de Changins a un programme de développement de
cépage résistant au mildiou ou a l'odium. Mais les gens veulent
aussi consommer des cépages traditionnels, pinot noir ou gamay par
exemple, qui ne sont pas résistants. »

In vino veritas: première partie Au moment de la vinification, le
viticulteur bio suit aussi certaines règles. Willy Cretegny : «
Les deux règles de base sont l'interdiction de l'utilisation d'OGM
et une limite de souffre dans le vin inférieure aux conventionnels.
La vinification est sans doute le processus où il y a le moins de
différences entre le bio et le conventionnel. »
: Le vigneron
bio a le droit d'ajouter du sucre au moût, mais moins qu'en
vinification conventionnelle, de vinifier avec des levures
sélectionnées et des bactéries ajoutées et de filtrer et coller son
vin. Enfin, malgré une vieille rumeur tenace, les vins bios
aujourd'hui ne sont pas forcément moins bons que les breuvages
conventionnels. Dans ce domaine, tout dépend du savoir-faire et de
la passion du vigneron. La seule manière de savoir à quoi on a
affaire, c'est de goûter.

Entretien avec Blaise Duboux, ancien secrétaire de VITIPLUS,
l'association vaudoise de la viticulture intégrée


Disponible uniquement en vidéo.

Une viticultrice pas comme les autres


In vino veritas: première partie

A Fully, Marie-Thérèse Chappaz est un
vrai personnage dans le paysage de la viticulture valaisanne. Elle
a totalement rompu avec les méthodes conventionnelles en optant
pour la biodynamie. Explications, au milieu de ses vignes.




Quelle est la différence entre bio et biodynamique ?




« Le bio, c'est cultiver la vigne sans produit de synthèse. En
biodynamie, on ajoute des préparations qui donnent de l'énergie et
de la force à la vigne. Je comparerai cela à l'homéopathie.
»





Marie-Thérèse Chappaz n'a pas toujours utilisé la biodynamie
:




« Avant, je cultivais conventionnellement. On fait avec ce
qu'on a appris, les possibilités que l'on a. Ce n'est pas facile de
passer à autre chose. Il y a vingt ans, je n'avais pas conscience
que l'on pouvait faire autrement. »





Que se passe-t-il quand on arrête de traiter ?




« Au début, les vignes sont plus sensibles, plus fragiles,
elles ont besoin de plus d'attention. Il ne faut pas se décourager.
Il faut quatre-cinq ans, après quoi ça devient vraiment super. Les
vignes ne produisent pas moins, mais de plus petites grappes et de
plus petites graines. Ca fait des vignes plus aérées. Il ne faut
pas que la vigne soit gonflée, trop dense. Dans une vigne
conventionnelle, les grappes sont plus compactes, les racines moins
profondes. »





La viticultrice est labellisée Démeter pour le travail de la
vigne, mais pas pour ses vins. « Je ne peux pas garantir qu'il
n'y a aucun résidu dans mes bouteilles, avec tous mes voisins. Pour
la vigne, j'ai le label Démeter et Bourgeon, pas pour le vin. A
certains endroits, j'ai 700m2 au milieu de 10 hectares traités par
hélicoptère. Mais sur mon carré de 700 m2, je désherbe à la main.
»





Cette profession de foi biodynamique n'est pas très bien
accueillie : « Beaucoup m'en veulent. Mais en même temps, ils
ont envie de faire. »

Grands crus et biodynamie


L'Hermitage, en France dans la Drôme, est l'un des coteaux
viticoles les plus prestigieux du monde. Trois cépages trouvent ici
une expression majestueuse: Syrah, Marsanne et Roussanne. Les vins
peuvent atteindre ici des prix stratosphériques. Chapoutier est
l'une des grandes entreprises du coin. Son chiffre d'affaires
s'élevait à 25 millions d'euros l'année dernière. A son actif
notamment, 200 hectares de vignes en France, cultivés en
biodynamie.

In vino veritas: première partie Michel Chapoutier, entrepreneur
charismatique et convaincu, est le patron du domaine. La
biodynamie, pour lui, permet l'expression ultime d'un terroir :
« L'Hermitage est l'un des, sinon le seul endroit au monde où
vous avez, sur quelques km2, les 4 âges géologiques. La diversité
de l'Hermitage est unique au monde. »
La biodynamie se base
sur une conception globale de la nature établie par le philosophe
autrichien Rudolph Steiner. Au centre de cette théorie, l'idée
qu'une plante saine, en harmonie avec son milieu, se défendra mieux
contre les maladies et donnera des rendements naturels équilibrés :
« Le rendement est au végétal ce que le temps d'éveil est à
l'humain. On peut chimiquement réduire heures de sommeil, mais
quelle sera votre résistance après quelques mois ? C'est pareil
pour la vigne. En augmentant le rendement, comme on gonfle un
ballon baudruche, on a complètement oublié quel était le rendement
normal. »

In vino veritas: première partie L'agriculture biodynamique veut
donc stimuler et équilibrer les plantes avec diverses préparations.
Certaines doivent être diluées et mélangées au préalable,
"dynamisées" dans le jargon. Autre particularité de la biodynamie,
l'utilisation d'un calendrier planétaire pour définir les tâches à
effectuer chaque jour en fonction de la position du soleil, de la
lune et des planètes. Ludovic Clémençon : « Les jours "fruits",
nous enlevons quelques grappes, pour que les autres profitent
pleinement de ce jour »
Existent aussi les jours feuilles, les
jours fleurs et les jours racines. Michel Chapoutier : «
Historiquement, les paysans travaillaient avec des rythmes. On les
a oubliés. Les plantes sont sensibles au moment de la journée.
Lorsque la sève va vers la feuille, vous travaillez la feuille.
Lorsque elle va vers la racine, vous travaillez la racine. En tant
qu'entreprise, il suffit d'aménager. Il n'y a pas d'obligation de
faire huit heures d'affilée le même boulot. »
Malgré le
caractère un peu surprenant de la méthode biodynamique, on peut
l'appliquer à grande échelle, et de nombreux grands crus à travers
le monde s'y sont mis. Les vins produits par cette méthode ne sont
pas forcément chers. Chez Chapoutier, le premier prix est à environ
6 francs suisses la bouteille, mais c'est vrai qu'il peut se
rattraper dans son assortiment avec des bouteilles à 200 fr. sortie
de cave. Pour Michel Chapoutier, la viticulture biodynamique, c'est
un métier et c'est extrêmement sérieux.

Bonus de l'émission

Pesticides dans les vins : le test


Viticulture bio : comment ça marche ?


Entretien avec Blaise Duboux, ancien secrétaire de VITIPLUS, l’association vaudoise de la viticulture intégrée (1/2)


Une viticultrice pas comme les autres


Grands crus et biodynamie

Pesticides dans les vins : le test

La vigne a de nombreux ennemis. Pour y faire face, l'arsenal des
viticulteurs s'est enrichi au cours du temps de nombreux produits
phytosanitaires de synthèse, qui ont connu un succès certain. En
France, par exemple, on estime que si la vigne représente un peu
moins de 3% des surfaces cultivées, elle consomme à elle-seule 20%
des produits phytosanitaires utilisés dans l'agriculture
hexagonale. Certains de ces produits se retrouvent ensuite dans le
vin.




ABE a testé la présence de résidus de pesticides dans 20
bouteilles du marché suisse.




Voici les résultats :

VINS CONVENTIONNELS




Exempts de résidus

In vino veritas: première partie - Syrah australienne Peter Lehmann
2005 achetée à la COOP.




- Cabernet Sauvignon chilien Los Vascos 2006 trouvé à la
COOP




- Chasselas d'Epesses Rives d'Or 2007, un vin vaudois déniché
également à la COOP.

Présence de résidus d'un pesticide

In vino veritas: première partie - Sangre de Toro Torres espagnol
2006 acheté chez Aligro.

In vino veritas: première partie - Corbières la Poujade 2006, un vin
français acheté également chez Aligro.

In vino veritas: première partie - Dôle des Monts valaisanne 2007
trouvée chez Manor.

Présence de résidus de deux pesticides
différents

In vino veritas: première partie Woodbridge Robert Mondavi 2006, un
vin originaire des USA et acheté chez Denner.

In vino veritas: première partie Bourgogne Louis Latour 2006, une
bouteille française trouvée chez Globus.

In vino veritas: première partie Costières de Nîmes Mas Neuf 2006,
un autre vin français, acheté, lui, à la Coop.

Présence de résidus de trois pesticides
différents

In vino veritas: première partie Rioja La Catedral 2006, un vin
espagnol acheté chez Manor.

In vino veritas: première partie Gamay de Chouilly 2006, un vin
genevois acheté chez Aligro.

Présence de résidus de quatre pesticides
différents

In vino veritas: première partie Castello di Bellinzona 2006, un
merlot tessinois acheté chez Manor

In vino veritas: première partie Merlot Selezione d'Ottobre 2006, un
autre merlot tessinois trouvé aussi chez Manor.

In vino veritas: première partie Chianti 1141 Classico Ricasoli
2006, un vin italien acheté chez COOP.

Présence de résidus de cinq pesticides
différents

In vino veritas: première partie Sancerre Cuvée Prestige Raimbault
2007, un sauvignon blanc français trouvé chez Denner.

VINS BIO




Exempts de résidus

In vino veritas: première partie - Corbières Château Pech-Latt 2006,
un vin français acheté à la Coop.




- Vacqueyras Clos du Caveau 2005, un autre vin bio français
déniché également à la Coop.




- Chianti bio Concadoro 2006, une bouteille italienne également
achetée à la Coop.




- Lune Rousse 2006 du Domaine des Balisiers à Genève achetée chez
Globus.

Présence de résidus d'un pesticide

In vino veritas: première partie - Dôle du Valais Solum 2005 de Chez
Provins, achetée à la Coop.

En résumé, on trouve des résidus de produits phytosanitaires
dans 13 produits sur 20. Dans des quantités très faibles, qui ne
dépassent pas les limites légales autorisées, sans doute, mais tout
de même. 4 vins bio testés sur 5 ne renferment rien du tout. 3 vins
en production intégrée ou conventionnelle ne renfermaient rien du
tout non plus, comme quoi c'est possible.

Viticulture bio : comment ça marche ?

Viticulture bio : comment ça marche ?

Entretien avec Blaise Duboux, ancien secrétaire de VITIPLUS, l'association vaudoise de la viticulture intégrée (1/2)

Entretien avec Blaise Duboux, ancien secrétaire de VITIPLUS, l'association vaudoise de la viticulture intégrée (1/2)

Une viticultrice pas comme les autres

Une viticultrice pas comme les autres

Entretien avec Blaise Duboux, ancien secrétaire de VITIPLUS, l'association vaudoise de la viticulture intégrée (2/2)

Entretien avec Blaise Duboux, ancien secrétaire de VITIPLUS, l'association vaudoise de la viticulture intégrée (2/2)

Grands crus et biodynamie

Grands crus et biodynamie