A Bon Entendeur

L'émission du 16 novembre 2004
Le budget publicité pour le Vioxx est plus élevé que celui de Pepsi Cola.


Le budget publicité pour le Vioxx est plus élevé que celui de Pepsi Cola. Ce médicament coûte trois fois plus cher que les anti-inflammatoires classiques, mais il diminue le risque de saignement gastrique. Le succès est phénoménal : 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an.




Septembre 2004 : Le retrait du marché




Le 30 septembre dernier, consternation : le fabricant annonce le brusque retrait du Vioxx : « Nous retirons volontairement le Vioxx dès aujourd’hui. Nous le faisons, parce que nous croyons que c’est dans l’intérêt des patients. Puisque qu’il existe des médicaments alternatifs et face aux questions que posent les données, nous en avons conclu qu’un retrait volontaire est la chose la plus responsable à faire. »




Retrait volontaire, acte responsable, intérêt du patient : des termes qui résonnent comme autant d’hypocrisies aux oreilles des victimes et des esprits critiques.




Philippe Pignarre, historien de la médecine et auteur de plusieurs ouvrages sur l’industrie pharmaceutique: « En fait, ils ont retiré le médicament parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement. On en a pour preuve le fait qu'en septembre 2004, c'est-à-dire quelques jours avant le retrait, ils envoyaient encore du matériel publicitaire aux pharmaciens et aux médecins pour leur dire : « Rassurez-vous, vous avez entendu des rumeurs, mais notre médicament est excellent, le bénéfice risque est confirmé favorable, tout va bien avec le Vioxx ». A mon avis, cette affaire est aussi grave que celle du sang contaminé. »




Ce n’est pas la première fois que l'industrie pharmaceutique fait passer ses intérêts financiers avant la santé. D'ailleurs, depuis l'an 2000 déjà, le Vioxx est critiqué par certains cardiologues et par les revues scientifiques indépendantes, car les études montrent qu’il augmente la fréquence d’infarctus et d’accidents vasculaires. Mais Merck nie et fait même un procès à une revue de pharmacologie espagnole qui s’interroge. Merck perd le procès, pourtant personne ne bouge. Ni les autorités sanitaires ni les médecins qui continuent à prescrire le Vioxx à tour de bras.


Témoignages de patients



Vioxx & co : peut-on encore faire confiance aux fabricants et aux autorités de surveillance ?
Aujourd’hui, la question qui se pose est la suivante : depuis quand le fabricant savait-il que son médicament augmentait le risque d'infarctus? Toutes les personnes qui en ont pris ont droit à une réponse. Nos confrères de l’émission Falo de la TSI ont recueilli le témoignage de patients suisses.




Témoin anonyme : « J’ai commencé à prendre du Vioxx en juin 1999, pendant environ deux ans et demi. Il y a quelque temps, j’ai été victime d’un infarctus. Pourtant, je n’ai jamais souffert du coeur auparavant. Aujourd’hui, je suis perplexe, parce que j’ai dû être hospitalisée pour des pontages cardiaques. Dans mon entourage, plusieurs personnes ont commencé à me demander si je n’étais pas une victime du Vioxx. »




Carlo Panzarasa : « A la fin de 1999, j’ai pris du Vioxx et je me sentais très bien. Je le trouvais très efficace. Mais quand j’ai entendu la nouvelle de son retrait du marché, je me suis fais du souci car j’ai commencé à avoir des soupçons. En effet, en 2003, j’ai subi trois pontages et la reconstruction de la valve mitrale. Bien entendu, ce qui est fait est fait. Mais je doute aujourd’hui. Si je n’avais pas pris le Vioxx, je n’aurais peut-être pas eu ces problèmes cardiaques. »




On estime que 80 millions de personnes dans le monde et 100’000 en Suisse ont avalé du Vioxx, contre la douleur, contre l’arthrose, la migraine, etc.. Selon l’estimation récente de la FDA, l’autorité de santé publique aux Etats-Unis, le nombre d’infarctus recensés en Amérique, environ 28'000, sont dus au Vioxx. Mais lesquels ?




Matthias Egger est médecin, professeur d’épidémiologie et il dirige l’institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne. Il est également co-auteur d’une étude financée par le Fond National Suisse pour la recherche scientifique qui vient d’être publiée par la prestigieuse revue Lancet. Il s’agit d’une méta-analyse, c’est-à-dire un passage au crible de toutes les données disponibles sur le Vioxx. « Statistiquement, on peut dire qu’il y a eu des infarctus à cause du Vioxx, mais on ne peut pas dire lesquels étaient causés par le médicament. »


Vioxx & co : peut-on encore faire confiance aux fabricants et aux autorités de surveillance ?
Les infarctus à cause du Vioxx ne diffèrent pas des autres. Il ne sera pas simple pour les victimes ou les familles des personnes décédées de prouver que, sans le médicament, cela ne serait pas arrivé.




Y a-t-il un risque augmenté d’accident vasculaire pour tous ceux qui ont pris du Vioxx occasionnellement ou pendant moins d’un an ?




Matthias Egger : « Je pense que c’est une question très importante. Il est très probable que le risque diminue assez rapidement lorsque le patient arrête de prendre le médicament. Ce sont des effets réversibles. On a pu prouver que le risque cardio-vasculaire élevé, à cause Vioxx, était déjà connu dès l’année 2000. Le risque était indépendant de la dose et il était déjà présent, même si on prenait le médicament depuis quelques mois. »




Effectivement, l’étude de Matthias Egger comparant le Vioxx a un autre anti-inflammatoire beaucoup moins cher, le Naproxene, (Apranax, commercialisé par la maison Roche) montrait que le Vioxx provoquait cinq fois plus d’infarctus.




Philippe Pignarre : « Plusieurs cardiologues ont averti que ce médicament pouvait peut-être provoquer des accidents. Merck a répondu que le Naproxene protège contre les accidents cardio-vasculaires alors que le Vioxx ne les augmentait pas. Les autorités sanitaires, en Europe et en Suisse, se sont contentées de cette explication. »


Pourquoi le Vioxx a-t-il été retiré ?



Vioxx & co : peut-on encore faire confiance aux fabricants et aux autorités de surveillance ?
Si cette affaire est sortie, c'est grâce à une étude dans laquelle le Vioxx était comparé à un placebo, auprès de patients qui avaient des polypes intestinaux. Merck espérait ainsi trouver une indication supplémentaire pour élargir encore la prescription de son médicament. Mais l'étude a dû être interrompue brutalement à cause de la surmortalité cardio-vasculaire chez les patients qui prenaient du Vioxx. Cette fois, le laboratoire n'a pas pu dire que c'était le placebo qui protégeait le groupe contrôle des infarctus. Il a fallu retirer le médicament du marché.




Interview de Stéphane Wild, porte-parole de Merck Sharp & Dhome Chibret, uniquement disponible en vidéo.


Les autres Coxibes



Vioxx & co : peut-on encore faire confiance aux fabricants et aux autorités de surveillance ?
Philippe Pignarre : « La pharmaco vigilance aux USA annonce 28’000 cas d'infarctus. Qu’en est-il en Europe, en Suisse, en France? Les autorités de santé sont silencieuses : elles ne mènent aucune enquête. Le minimum aurait été d'écrire à tous les médecins et de leur demander s’ils avaient constaté des accidents vasculaires ou cardiaques parmi des patients qui prenaient du Vioxx. Rien n’a été fait. On est en train de vivre complètement passivement la situation sans prendre aucune mesure, sans savoir combien cette affaire a coûté en terme de santé à la population européenne. »




Une affaire qui sème le doute pour tous les médicaments de la même famille que le Vioxx, appelés coxibes. Il en existe deux sur le marché suisse : le Bextra et le Celebrex.




Pourtant, on ne peut pas dire que Pfizer, le fabricant, soit porté à la prudence. Au contraire, il fait un marketing frénétique pour placer ses médicaments sur les décombres de son concurrent.




Anne Marie Bollier, pharmacienne et représentante romande de l’Organisation suisse des patients : « A mon avis, le concurrent principal Pfizer, qui a deux autres médicaments, a une attitude totalement irresponsable. Nous avons reçu début octobre une lettre nous confirmant que ces deux produits étaient totalement inoffensifs, et qu’ils n'avaient pas les mêmes effets indésirables que le Vioxx. Cette lettre tait complètement d'autres effets indésirables de ces médicaments. La communauté scientifique est aujourd'hui très partagée et se demande très sérieusement si tous les médicaments de cette famille peuvent présenter les mêmes risques. Pfizer fait preuve ici d’opportunisme commercial. Celui qui trinque une fois de plus, c'est le patient. »


Bextra, Vioxx, même combat ?



Vioxx & co : peut-on encore faire confiance aux fabricants et aux autorités de surveillance ?
Mercredi dernier, le New York Times annonçait les résultats d'une étude montrant que le Bextra présente les même risques cardio-vasculaires que le Vioxx. C'était justement le jour où nous avions rendez-vous chez Pfizer à Zurich pour une interview. Il y avait une drôle d'ambiance au siège suisse du fabricant américain. Pour commencer, le porte-parole, Jean-Christophe Britt, déjà interviewé à plusieurs occasions en français, a été obligé de répondre dans sa langue maternelle, l'allemand. Ensuite, nous avons dû nous en tenir strictement aux questions prévues, dont les réponses ont été visées par la maison mère à New-York. Enfin, l'interview, a été vérifiée par Jean-Chistophe Britt avant diffusion. C'est la méthode américaine : contrôle total de l'information.




Le Bextra est soupçonné de présenter les mêmes risques cardio vasculaires que le Vioxx. Nous avons demandé au porte-parole si Pfizer envisageait de le retirer aussi, ou du moins de le suspendre.




Jean-Christophe Britt, porte-parole du Pfizer :




« Dans une analyse réalisée sur 10 études, nous n'avons pas pu établir de risque cadio-vasculaire plus élevés avec Bextra de manière générale chez des patients souffrant d'arthrite, en comparaison avec d'autres médicaments. Sur la base de ces données, Pfizer a confiance en Bextra. C'est pourquoi un retrait de ce médicament n'est pas prévu. Mais nous sommes conscients que nous avons besoin de plus de données et d'études, surtout en ce qui concerne les traitements à long terme. »




Compte tenu des doutes qui entourent tous les médicaments de la famille des coxibes, comment justifiez vous la publicité intensive que vous, Pfizer, faites actuellement autour du celebrex ?




« Les peurs viennent surtout des informations souvent négatives et mal différenciées balancées par les médias. Ces informations visent à discréditer Pfizer et elles inquiètent inutilement les patients qui bénéficient du Celebrex ou qui pourraient en bénéficier. Les résultats des études et les expériences pratiques montrent que le Celebrex est efficace contre les douleurs et les inflammations et qu' il a un bon profil de sécurité bien documenté. »




Interview de Nicolas Schaad, pharmacologue, responsable de la Pharmacie interhospitalière des hôpitaux de la Côte. Uniquement disponible en vidéo.


Quelques conseils



S’il vous reste du Vioxx, surtout ne le prenez pas.




Il ne faut pas jeter les médicaments à la poubelle, le mieux c'est de les rapporter dans une pharmacie. Merck Sharp & Dhome Chibret avait initalement prévu de rembourser le Vioxx jusqu'au 15 novembre. Face aux protestations, le fabricant a prolongé jusqu'à la fin de l'année le remboursement des boîtes dont la date limite n'est pas échue. Les pharmaciens doivent reprendre l'emballage et rétrocéder le montant qui n'a pas été pris en charge par l'assurance. Si ceux-ci refusent ce remboursement, les patients peuvent appeler la help line de Merck Sharp & Dhome Chibret: Help line de MSD 0800 20 30 40. Ils peuvent également aller sur le site du fabricant : http://www.vioxx.ch/#fr pour remplir le formulaire de remboursement et le retourner avec le médicament à Merck Sharp & Dhome Chibret.




Les personnes, qui ont eu des problèmes cardio-vasculaires sous Vioxx et qui souhaitent porter plainte, peuvent s'adresser à l'Organisation suisse des patients qui les assistera dans leur démarche. Un formulaire est même disponible sur le net.

Pommeaux de douche: place aux économes !


Pourtant, la taille du déluge ne dépend pas seulement du temps que l'on passe sous la douche, le choix du pommeau peut permettre de faire durer le plaisir sans forcément vider les barrages.


Pommes de douche : le test



Test pommeaux de douche: votre facture d'eau chaude a une fuite...
En Suisse, on se douche en moyenne cinq fois par semaine. En comparaison internationale, ce chiffre fait de l’Helvète moyen un être plutôt propre. Mais ce sens de l’hygiène pèse lourd dans notre facture de chauffage et d’eau. Et, sans le savoir, nous pourrions réaliser là des économies spectaculaires.




Michael Kaufmann, Office fédéral de l’énergie : « En prenant une douche, on peut économiser de l’argent, notamment en achetant une pomme de douche économique. De cette manière, on économise beaucoup d’eau, et, avant tout, de l’eau chaude. Comme l’eau chaude représente aussi de l’énergie, on économise donc de l’énergie et surtout de l’argent. Ce n’est donc pas négligeable pour le consommateur. »




La solution miracle s’appelle donc « pomme de douche économique ». Il en existe de nombreux modèles, qui prétendent tous utiliser beaucoup moins d’eau que les équipements traditionnels.




Pour le vérifier, nos confrères alémaniques de Kassensturz ont choisi plusieurs modèles, vendus en grandes surfaces et dans les commerces spécialisés. Ces équipements ont été ensuite confiés aux experts de la Société suisse de l’industrie du gaz et de l’eau. Le protocole était simple : chaque pomme était branchée à une arrivée d’eau dont la pression était contrôlée. Cela a permis de mesurer le nombre de litres écoulés par minute.




A l’issu du test, le constat est sans appel: alors que le modèle le plus économique consomme 9,06 litres par minute, le moins économe lui, dépasse les 64 litres. Un vrai déluge.


Test pommeaux de douche: votre facture d'eau chaude a une fuite...
Les quatre pommes de douches les plus grandes utilisatrices d’eau obtiennent les résultats suivants :




38, 46 litres par minute pour le modèle Migros Rain.




43,5 litres par minute pour le Similor Kugler Simijet rubiclean.




50, 28 litres par minute pour le Spirella Colorclip.




Et enfin le record : 64 litres 44 par minute pour le Neoperl Arwa Twin Chrom de Jumbo.


Les pommes de douche les plus économes obtiennent les résultats suivants :




12 litres, pour la Migros Studio Uno.




10,44 litres pour la Spirella Eco Monojet.




9,84 litres pour la KWC Fit air.


Test pommeaux de douche: votre facture d'eau chaude a une fuite...
Enfin, la plus économe est aussi la moins chère: 9,06 litres par minute pour la Neoperl Basic Chrom au prix de 4 francs 90 chez Jumbo.




Sur le marché, on trouve également des modèles réglables qui permettent de varier le débit de l’eau. Ils fonctionnent très bien en position minimale.




Enfin, certaines pommes portent le label Energie. Pour y avoir droit, le débit ne doit pas dépasser 12 litres par minute et, dans le test, tous les modèles portant ce label respectaient la règle.


Un point qui ne se discute pas, c’est l’avantage financier. A moins d’être masochiste, une douche, c’est de l’eau chaude et celle-ci représente 20% de la consommation énergétique d’un bâtiment d’habitation. Ainsi, une famille de quatre personnes peut économiser 40'000 litres d’eau par an, simplement en choisissant une pomme de douche économique. Le gain sur une année est de 340 francs.


Test pommeaux de douche: votre facture d'eau chaude a une fuite...
En dehors de l'acte citoyen, pour ceux qui ont des compteurs d'eau chaude individuels, c'est un moyen simple et bon marché de faire diminuer la facture. Vu l'inflation des prix du baril et du mètre cube de gaz, cela pourrait bientôt devenir une question de survie économique. Pour éviter les conflits familiaux, vous pouvez toujours opter pour la version réglable, en vérifiant que l'emballage comporte bien le label énergie. Pas d'excuse : installer un pommeau de douche, ce n’est pas plus compliqué que de changer une ampoule.