Plantes envahissantes: la nature a mis en place des règles.

Plantes envahissantes : les fleurs du mal...

L'émission du 7 septembre 2004

Depuis trois milliards d'années, c'est-à-dire à peu près l'origine de la vie, se multiplier et conquérir de nouveaux espaces est la règle fondamentale qui anime tous les êtres vivants.


Des envahisseurs dans votre jardin



Pour éviter que la compétition ne tourne à l'avantage d'une seule espèce, la nature a mis en place des règles. Si, par accident, elles sont enfreintes, le résultat peut être irréversible. Faut-il rappeler que l'homme est un grand spécialiste de ce type de catastrophes? Vous avez peut-être entendu parler de ces écrevisses américaines échappées des piscicultures et qui colonisent nos lacs au détriment des espèces indigènes. Ou encore de l'algue tueuse rejetée par le Musée océanographique de Monaco et qui envahit la Méditerranée. Mais vous ignorez sans doute que des envahisseurs, il en existe tout près de nous. Vous ne regarderez plus jamais votre balcon ou votre jardin avec la même innocence.




Les envahisseurs sont là : au fond d’un jardin, à l’angle d’un trottoir ou encore au bord de la route, parfaitement visibles. Nous passons devant chaque jour, sans rien remarquer d’anormal, tant leur présence nous paraît naturelle. Pourtant, l’invasion a bel et bien débuté.




Daniel Jeanmonod, conservateur et botaniste au Jardin botanique de Genève, nous met en garde : « La berce du Caucase a comme propriété de relâcher une substance qui se pose sur votre peau et, avec le soleil, la fait réagir. Des cloques apparaissent, selon votre degré d’allergie. Elles peuvent durer plusieurs semaines et ensuite être extrêmement douloureuses. C’est pour cela qu’il ne faut pas toucher cette plante et, le cas échéant, il faut se laver les mains rapidement. »


Plantes envahissantes : les fleurs du mal...
Nom : berce du Caucase. Origine : vallée du Klioutsch en Abkhazie. Découverte en 1890, c’est à Genève qu’elle a été acclimatée par des horticulteurs avant d’être distribuée dans toute l’Europe. Elle affectionne particulièrement les zones humides. En Angleterre et en Irlande, elle est considérée depuis longtemps comme un réel danger pour l’environnement et pour la santé. Du Caucase à la Suisse, elle a voyagé sans les parasites et les maladies capables de freiner son expansion. Comme, en plus, elle peut produire 100 000 graines par pied, cela lui donne un formidable avantage écologique et elle occupe ainsi tout l’espace. C’est cela que l’on appelle une plante envahissante. La première année, elle se contente de faire des feuilles, la seconde elle mobilise toute son énergie pour produire des semences.


Daniel Jeanmonod, botaniste nous explique: « C’est une plante qui produit d’immenses feuilles recouvrant très largement le sol et donc laissant très peu de place aux autres espèces. Elle aime beaucoup les bords de rivières et elle les envahit rapidement. Comme elle sèche durant l’hiver dénudant les bords des rivières, et que les pluies délavent complètement le sol, la berce du Caucase va progressivement, avec la matière nutritive, changer l’écologie de l’eau. »




L’année dernière, en Suisse, on la signalait en de nombreux points, notamment dans les Alpes et les Préalpes vaudoises.




Daniel Jeanmonod est un spécialiste de la flore corse. Ses recherches sur l’île de beauté l’ont convaincu du danger que peuvent représenter ces plantes. « Ces plantes-là ont un effet grave et néfaste sur les autres espèces qui poussent en Suisse. Elles sont capables de faire diminuer la quantité d’une espèce indigène, et même de la faire disparaître. J’ai pu observer la quasi-disparition de trois espèces en Corse due à l’introduction de trois espèces américaines et sud africaines. Nous cherchons à empêcher un déséquilibre. Il faut bien se rendre compte que c’est un déséquilibre, non pas dû à la nature, mais à l’homme, par l’introduction d’espèces étrangères, qui n’auraient jamais pu venir jusqu’à nos contrées par leurs propres moyens. »




Le paradoxe est que de nombreuses plantes envahissantes ont été ramenées en Europe par les botanistes du siècle passé. A l’époque, le défi était de parvenir à les acclimater dans notre pays et personne n’imaginait qu’un jour ces plantes pourraient s’échapper de nos jardins.




En Suisse, la prise de conscience est extrêmement récente. Ce n’est qu’au début de cette année que l’Office fédéral de l’environnement a publié un inventaire des plantes envahissantes : la liste noire. Sur cette liste, figurent vingt plantes dont certaines sont déjà hors de contrôle.


Plantes envahissantes : les fleurs du mal...
Nom : robinier ou faux acacias. Origine : Amérique du Nord. Particularité : il est capable de pousser rapidement sur des terrains difficiles. On appelle cela une plante pionnière. Durant plus d’un siècle, l’arbre a été planté en masse pour stabiliser les talus le long des routes et des voies de chemin de fer. Mais à partir d’un certain seuil, la plante a échappé aux paysagistes. Aujourd’hui, en Europe, il est difficile de trouver une haie qui n’en contienne pas.




Daniel Jeanmonod : « Une plante introduite a souvent une phase de latence qui est très longue. Dans le cas d’un ligneux, elle peut durer un siècle et demi. Dans le cas d’une plante herbacée, elle dure beaucoup moins longtemps. Il y a ensuite une progression qui peut être extrêmement rapide. Evidemment, plus on agit tôt, mieux c’est. Essayer de contenir, voire de détruire une espèce, quand il y en a quelques individus, c’est très facile. Mais quand il y en a des centaines de stations et des millions, voire des milliards, d’individus, ça devient extrêmement compliqué et cher, voire carrément impossible. »




Certaines plantes de la liste noire nous promettent déjà des catastrophes écologiques.


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Nom : renouée du Japon et renouée de Sakhaline. Origine : Japon et Corée. Particularité : c’est l’une des herbacées les plus prolixes de la flore tempérée. En Europe, elle affectionne les berges des rivières, mais on la trouve aussi le long des talus jusqu’à 1400 mètres d’altitude. Pour conquérir le territoire et éliminer ses concurrentes, la plante dispose d’une arme imparable : son rhizome.




Attention! Le dessin ci-dessus représente une renouée à épis nombreux (également sur liste noire)




Daniel Jeanmonod : « La renouée de Sakhaline, proche parente de la renouée du Japon, est l’une des deux espèces qui posent de très gros problèmes ici à Genève, comme en bien d’autres endroits en Europe et aux Etats-Unis. Elle est très dense, elle laisse pas de place à la végétation indigène et elle se répand progressivement. Le rhizome va générer des toxines et va éliminer les plantes qui sont autour, ce qui va permettre à la plante de se développer complètement. Chaque année, la partie aérienne meurt et, au printemps, elle redémarre. Elle peut pousser jusqu’à 10 centimètres par jour avant d’atteindre sa taille. Elle occupera tout l’espace bien avant les autres plantes et cachera le soleil aux autres. Un seul centimètre d’un morceau de rhizome qui s’échappe peut ensuite redémarrer et redonner une plante un peu plus loin le long de la berge. »




En Europe, personne n’a encore trouvé le moyen de détruire le rhizome de la renouée.


Les Garden Center



Plantes envahissantes : les fleurs du mal...
Dans la flore suisse, presque une plante sur quatre a été importée et s'est installée sans perturber l'équilibre des écosystèmes. Le problème ne concerne que quelques plantes et il est récent. Tous les envahisseurs sont ce que l'on appelle des néophytes, c'est-à-dire des plantes introduites après la conquête de l'Amérique. C'est à partir du moment où l'homme a réussi à traverser les océans avec des plantons ou des graines qu'il a eu les moyens de parachuter des espèces bien loin de leur terre d'origine. C'est surtout ces vingt dernières années, avec l'accélération du commerce mondial, que le mouvement a pris de l'ampleur. A l'échelle mondiale, on considère que les bio-invasions, sont la 2ème cause d'extinction des espèces après la disparition de leur habitat. Bon nombre de ces plantes a été importé pour orner nos jardins. Mais, à l’époque, nul ne se méfiait de cette beauté vénéneuse, et aujourd’hui, rien n’a vraiment changé. Sur la vingtaine de plantes de la liste noire, une quinzaine est des plantes horticoles et certaines sont toujours en tête des ventes dans les Garden Center.




Facilité d’entretien, croissance rapide et, si possible, une légère touche d’exotisme, voilà les qualités qui sont plébiscitées par la clientèle des Garden Center. Or, justement, ces critères sont parfaitement remplis par les plantes envahissantes. Jumbo, à Meyrin dans le canton de Genève, est à l’image de tous les magasins que nous avons interrogés. Plusieurs plantes de la liste noire y figurent en bonne place dans les étalages, notamment le buddleia, un classique du jardinage facile.




Christian Joly, responsable du secteur Garden à Jumbo Meyrin : « C’est une plante qui se vend de façon commune. Les gens qui veulent ce type de plantes savent ce qu’ils recherchent. Ils savent que c’est une plante à gros développement, qui va pousser facilement. Les conseils sur ce type de plantes sont très peu demandés : les gens les connaissent en général. »


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Nom : buddleia ou arbre à papillon. Origine : régions montagneuses de la Chine. Particularité : la forme des graines leur permet d’être emportées très loin par le vent. Or chaque plante produit entre 3 et 8 millions de graines. En théorie, cela suffirait à faire pousser une haie tout autour du globe terrestre.




Christian Joly n’a jamais entendu parlé de la liste noire : « Personnellement, je savais qu’il y avait certaines variétés de plantes qui étaient des plantes à fort développement. Je n’avais pas entendu parler de cette liste noire. C’est quelque chose de nouveau dans le milieu horticole. »




Pourtant, le buddleia n’a pas attendu la publication de la liste noire pour s’échapper des jardins. En Suisse, on pense que l’invasion a débuté il y a environ quinze ans. C’est l’âge des plantes qui ont envahit une réserve naturelle du canton de Genève.




Mais, quelques coups de tronçonneuse ne suffisent pas à venir à bout d’un envahisseur. Sous terre, les racines ont suffisamment de vigueur pour redonner naissance à une plante. Dans ses réserves naturelles, Genève expérimente donc une méthode aussi douce que ferme. De par sa position géographique, Genève est une porte d’entrée pour les plantes envahissantes en Suisse. Résultat, dans le canton, on recense presque tous les spécimens de la liste noire.




Bertrand Von Arx est conservateur de la nature et du paysage, il regrette que dans les jardins, on n’ait pas encore pris conscience du problème : « L’origine des problèmes dans la nature, ce sont des plantes échappées. Ce sont soit des graines qui se sont échappées des jardins, soit des morceaux, des tailles qu’on a faites et qu’on a peut-être évacuées par dessus la clôture ou au fond du jardin. Il faut absolument éviter ceci. Si l’on coupe des morceaux de ces plantes, il faut qu’ils soient évacués par les ordures pour qu’ils soient incinérés et qu’ils ne rejaillissent pas ailleurs. »




Pour certaines plantes, il est déjà tard. Les équipes du service de protection de la nature ont parfois le sentiment d’être comme des pompiers face aux incendies de forêt.


Des routes qui aident à la propagation



Jusqu'ici, on ne pouvait pas reprocher aux horticulteurs de nous vendre ces plantes. La prise de conscience officielle date d'il y a quelques mois. En attendant que les jardineries renoncent à les commercialiser, le conseil est évidemment de choisir des espèces indigènes. On peut par exemple préférer le lila au buddleia. Il attire aussi les papillons et, en plus, il sert d'habitat à leurs chenilles, ce qui n'est pas le cas du buddleia. Et si vous en avez déjà un, pas la peine de sortir la tronçonneuse. Il suffit de couper chaque année les fleurs avant qu'elles ne libèrent leurs graines, c'est à dire en ce moment, et les jeter avec les déchets à incinérer. Voilà pour la prévention. Elle est capitale, car quand l'invasion à déjà commencé, on ne sait pas très bien avec quelles armes lutter:




Autre plante envahissante que l’on rencontre fréquemment au bord de nos routes, le séneçon du Cap. On le reconnaît à sa belle couleur jaune.


Plantes envahissantes : les fleurs du mal...
Nom : séneçon du Cap. Origine : Etats du Transvaal et du Natal, Afrique du Sud. Particularité : la plante fleurit et fructifie presque toute l’année. Elle présente une forte résistance au gel, au feu, aux herbicides et aux parasites. Les premières graines sont arrivées en Europe au début du 20ème siècle, dissimulées dans des ballots de laine sud africaine. Ensuite, la plante a conquis tout le continent en remontant le long des voies de communication. En Suisse, le séneçon est arrivé en train, très exactement à l’échangeur ferroviaire de Denges, entre Morges et Lausanne. Longtemps discrète, elle s’est décidée un jour à quitter le rail pour la route. Les automobilistes pris dans les embouteillages apprécient peut-être le spectacle, en revanche, les botanistes suivent cette progression avec inquiétude.




Erwin Egger est directeur adjoint du centre d’entretien de l’autoroute, section vaudoise. Depuis peu, il tente de contenir l’invasion avec les maigres moyens dont il dispose : « On utilise la technique du fauchage. On intervient avant le 15 juin sur la bande dite de sécurité, c’est-à-dire le premier mètre après l’espace du revêtement. Ainsi, la plante qui se trouve dans ce secteur-là va être fauchée avant d’avoir pu semer ses graines. Mais à cinq mètres de la chaussée, on va devoir intervenir d’ici à trois semaines, puisque je vous rappelle qu’on a quatre-vingt kilomètres de fauchage à faire, à raison d’un mètre vingt par passage. Cela veut dire qu’elles auront tout le temps de se mettre en graines. »




Le paradoxe est que si l’on demande aux routes de ne faucher qu’après le 15 juin, c’est justement pour que les fleurs rares qui poussent sur les talus aient le temps de faire des graines, ce qui permet au séneçon de progresser.




De Denges, il est remonté jusqu’à Genève et l’on a découvert quelques spécimens aux portes du Valais. Cette progression inquiète le monde agricole. Dans certaines régions d’Europe, le séneçon est devenu une redoutable mauvaise herbe. De plus, la fleur est toxique pour le bétail.


Plantes envahissantes : les fleurs du mal...
Nicolas Delabays est chercheur à la Station fédérale de recherche en production végétale de Changins, il appréhende le moment où la plante prendra la clé des champs : « On sait que cette espèce peut quitter les bords de routes. Elle est restée très longtemps cantonnée le long des voies de chemin de fer, le long des autoroutes, des chemins et elle est passée ensuite dans les cultures, dans les vignes, dans les pâturages. C’est donc une bonne raison d’être vigilant. Les méthodes de contrôle des plantes de ce type-là le long des autoroutes et le long des voies de chemin de fer sont difficiles. Les outils de désherbage qui sont à la disposition des équipes qui s’occupent de ces milieux-là sont assez limités. »




Il est donc difficile d’agir de manière préventive en éliminant le séneçon qui se trouve en bas sur l’autoroute. Première difficulté : l’usage des herbicides le long des routes et du rail est fortement restreint. Deuxième difficulté : la zone de Denges est répartie entre les CFF, le service des routes, les communes avoisinantes et les agriculteurs. Ce découpage administratif du territoire détermine des approches différentes du problème, mais le séneçon s’en moque.




Du côté de Genève, les services concernés ont mis en place un groupe d’action contre les plantes envahissantes. Mais, si l’échange d’informations fonctionne, il manque encore les budgets.




Bertrand Von Arx, conservateur de la nature et du paysage à Genève : « Sur beaucoup de sujets, on a des procédures et des systèmes qui permettent aux différents services d’être bien coordonnés, mais la problématique des néophytes n’est pas encore très connue et elle n’est pas considérée comme importante. Je pense qu’il n’y a pas de prise de conscience au niveau politique. C’est à nous de montrer, au moyen d’exemples, qu’il est important de réagir et de réagir vite. »


L'ambroisie et les allergies



L'essentiel de la lutte contre les plantes envahissantes est du ressort des cantons. Or, pour l'instant, il n'existe aucun budget spécifique. A chaque service concerné de se débrouiller comme il le peut. L'ennui, c'est que ces plantes affectionnent particulièrement les terrains malmenés par l'homme comme les chantiers, les friches industrielles ou les bordures de routes, là où, justement, il n'y a en général ni agriculteur ni botaniste pour repérer les intrus et intervenir. De son côté, le Conseil fédéral a été interpellé en mars dernier, mais n'envisage pas de mesures urgentes pour l'instant. Pour lui, il faut évaluer l'ampleur de l'invasion avant d'agir. Seulement voilà, tous les exemples étrangers montrent que c'est une erreur et qu'elle peut avoir de graves conséquences sur la santé publique.


Plantes envahissantes : les fleurs du mal...
Nom : ambroisie à feuille d’armoise. Origine : Amérique du Nord. Certains supposent que des graines sont arrivées en Europe dans les années 40, cachées dans des lots de semences. Son seul prédateur connu étant le bison, elle ne rencontre aucun obstacle à son expansion sur le vieux continent. Chaque pied est capable de libérer des milliards de grains de pollen, un pollen extrêmement allergisant.




A Lyon, comme dans toutes les régions où elle prolifère, l’ambroisie est considérée aujourd’hui comme un problème majeur de santé publique. En été, 9 cas d’allergies respiratoires sur 10 sont dus au pollen de cette plante.


Le docteur Bruno Girodet est allergologue à l’hôpital St Joseph de Lyon : « C’est une allergie qui peut prendre un aspect grave avec manifestations asthmatiques. Elle peut provoquer des rhinites très invalidantes car elles génèrent une grande fatigue qui peut rendre invalides les patients dans leur vie quotidienne. Il y a aussi des manifestations cutanées possibles, un type d’urticaire. C’est une allergie qui favorise les surinfections orales, sinusites en particulier, de façon un peu plus tardive, en début d’automne. On estime qu’actuellement, il y a plus de 10% de la population de la région qui est sensibilisée, et il y a entre 6 et 10% des patients qui ont des symptômes, donc qui sont des vrais malades de l’ambroisie. Ils tombent malade chaque année à la même période, du 15 août au 30 septembre au minimum. »




La plante prolifère sur les terrains remués et mis à nu par l’activité humaine, comme les chantiers, les bords de route, ou les champs de cultures tardives, comme le tournesol. Arrivé à maturité, chaque pied produit plusieurs milliers de graines capables de survivre jusqu’à 40 ans dans le sol. Une fois infesté, un terrain devient donc un véritable réservoir de graines. Par la suite, chaque déplacement de terre offrira à la plante l’occasion de poursuivre son expansion. De Lyon à la frontière suisse, il y a moins de 200 kilomètres, une distance que les grains de pollens peuvent parcourir en 6 heures. Ainsi, depuis une dizaine d’années, le capteur de MétéoSuisse, installé à Genève, mesure régulièrement des taux de pollens suffisamment élevés pour déclencher une allergie chez les personnes déjà sensibilisées. Mais, en 2000, certaines mesures indiquaient que la plante s’était fortement rapprochée du territoire suisse. Effectivement, la même année, on découvrait dans la campagne genevoise le premier champ infesté. On pense que les premières graines ont été transportées ici par une machine agricole et que la plante s’est ensuite multipliée discrètement durant plusieurs années.




Les services d’entretien de l’autoroute Lausanne-Genève ont déjà repéré la plante à la hauteur de Rolle. Actuellement, en Suisse, l’invasion progresse sur deux fronts : Genève et le Tessin, la situation à Milan étant la même qu’à Lyon. Par ailleurs, on signale ça et là des contaminations isolées.


Plantes envahissantes : les fleurs du mal...
Sur la première parcelle infestée, une recherche est en cours. Des agronomes testent différents modes de fauchage afin d’essayer de limiter l’usage futur des herbicides.




Daniel Jeanmonod : « On n’a pas du tout traité, ce qui a fait ressortir les graines, qui ont germé. On voit la quantité de graines réellement qu’il y a dans le sol : on a fait des estimations qui ont donné comme résultats 3000 à 6000 graines par mètre carré de sol. C’est une très grande urgence, parce qu’actuellement l’ambroise n’est pas encore très répandue et donc on peut effectivement agir sans trop de frais, avec des méthodes encore relativement douces. Plus on attend, plus ça va coûter cher et c’est pour cette raison-là que c’est urgent d’agir. Donc, c’est aujourd’hui qu’on peut le résoudre à relativement bon marché, demain ce sera trop tard. »




Un véritable cauchemar d’allergologue. Pour éradiquer l’ambroisie de cette parcelle, il faudra au minimum une génération, à moins d’en retirer la terre et de la brûler.




L’expérience de Lyon ou de Milan montre qu’entre le moment où l’on a découvert les premiers plants d’ambroisie et l’apparition des premiers malades, il s’est écoulé moins de 10 ans. L’expérience montre aussi que, dans toutes les régions infestées, les pouvoirs publics se sont mordus les doigts de ne pas avoir réagi aux premiers signaux d’alarme.




L’ambroisie n’a aucune valeur horticole car on ne la plante pas volontairement. En revanche, une étude menée par la Station fédérale de Changins a montré que la majorité des sachets de graines pour oiseaux contenaient des semences d’ambroisie. La quantité était faible, mais il vaut la peine de surveiller ce qui pousse sous la mangeoire, et si vous l'identifier, de l'arracher sans tarder.




Pour ceux qui veulent en savoir plus et apprendre à identifier ces plantes pour les signaler aux autorités le cas échéant, on vous recommande l'exposition du jardin botanique de Genève sur les envahisseurs jusqu'au 26 septembre 2004.


Adresses utiles



Genève : Service des forêts, de la protection de la nature et du paysage, rue Henri-Fazy 2, Case postale 3918, 1211 Genève 3. 022 327 29 89




Vaud : Conservation de la nature du canton de Vaud, chemin de Marquisat 1, 1025 St-Suplice. 021 694 82 60.




Station de Protection des Plantes, Grange-Verney, 1510 Moudon, 021 995 34 98




Fribourg : Bureau de la protection de la nature, Rue des Chanoines 17, 1700 Fribourg. 026 305 51 86




Valais : Service des forêts et du paysage, Place des Cèdres, 1951 Sion. 027 606 32 00




Neuchâtel : Office de la Conservation de la Nature, Parc 119, Case Postale 1134, 2301 La Chaux-de-Fonds. 032 919 67 61




Jura : Office des eaux et de la protection de la nature, Les Champs Fallat, 2882 St-Ursanne. 032 461 48 00




France : Fédération des Conservatoires botaniques nationaux, Museum d’Histoire Naturelle, rue Cuvier 57, F- 75231 Paris Cedex 05. +33 1 40 79 35 54

Qu'est-ce qu'une plante envahissante?

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En trouve-t-on dans les garden center?

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Des routes qui aident à la propagation

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Les allergies causées par l'ambroisie

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