Instituts d'amincissement : la grande illusion !

Instituts d'amincissement : la grande illusion !

L'émission du 14 mai 2002

En compagnie de spécialistes chargés d'analyser des programmes alléchants mais toujours très chers, ABE a fait une tournée dans des instituts spécialisés qui promettent à leur clientèle de remodeler leurs corps. Attention surprise !

La météo de ces dernières semaines a donné un petit sursis à
celles qui appréhendent d'exposer aux rayons du soleil, et
accessoirement au regard des autres, ce qui avait été soigneusement
planqué sous les manteaux d'hiver.




Chaque année, c'est pareil. Au moment de sortir le maillot de
bain, on se dit qu'avec quelques kilos de moins, l'échancrure
serait parfaite. 16% des femmes ont trop de poids du point de vue
médical, mais elles seraient 90% à souhaiter perdre des kilos,
selon les sondages.




On connaît le rituel : sur le marché de la cuisse galbée et du
ventre plat, chaque printemps voit apparaître un nouveau régime,
finalement tout aussi impossible à suivre que les précédents.
Alors, on se dit que la beauté n'est peut être qu'une question de
prix et on se décide à pousser la porte d'un institut
d'amincissement.




Dans la nature, chaque espèce se caractérise à la fois par des
grandes constantes morphologiques et par une formidable diversité
entre les individus.




Parmi les constantes de l'espèce humaine, on sait que les femmes
ont tendance à transporter leurs réserves sur les parties basses du
corps, en particulier sur les cuisses. On sait aussi que les hommes
ne sont pas en reste, mais chez eux, les problèmes, c'est au niveau
de la ceinture.




En biologie, on appelle cela un caractère sexuel secondaire. Les
femmes seront certainement ravies de l'apprendre.




Les difficultés commencent quand, face à cette diversité, on
impose un modèle unique, qui plus est exceptionnel.




Question hanches, fesses et cuisses, correspondre au modèle
suppose au choix : de ne pas avoir atteint l'âge de la puberté, de
s'entraîner pour gagner le marathon de New York, ou encore d'avoir
un mari chirurgien esthétique.




Hors de ces possibilités, point de salut, si ce n'est de pousser
la porte d'un institut d'amincissement. C'est du moins ce qu'on
cherche à nous faire croire.




A Genève, l'Espace Santé Beauté a ouvert ses portes au début de
l'année. Son directeur, David Kerchenbaum, vend également des
appareils d'esthétique à l'usage des professionnels: "Le principe,
c'est d'arriver à un résultat, et c'est ce que les femmes
recherchent aujourd'hui. Elles ne veulent plus se contenter d'avoir
un ou deux centimètres en moins, elles veulent réellement un tour
de taille, voire même jusqu'à 4 tours de taille, en moins au bout
d'un mois, un mois et demi de traitement."




Et c'est aussi ce qu'on leur promet. Mais comme aucune femme n'est
jamais parvenue à réaliser un tel exploit seule chez elle, pour
convaincre qu'ici c'est possible, on n'hésite pas à faire appel au
sérieux du discours scientifique : "Le cycle hormonal de la femme
fait que, notamment, la cellulite est une réserve de graisse et que
lorsqu'elle perd des kilos, elle ne va pas nécessairement
ré-harmoniser sa silhouette, notamment au niveau de la culotte de
cheval. Et il est évident que perdre des kilos va faire que l'on
perd toujours quelques centimètres, mais la cellulite ne sera pas
éliminée par une diète protéinée ou un régime alimentaire, ou un
rééquilibrage, et il faudra toujours avoir recours, lorsque l'on
veut perdre des centimètres, à ce qu'on appelle des techniques de
soins corporels."




Toute ces techniques sont en général empruntées à la
physiothérapie. Ainsi, par exemple en médecine, les ultrasons sont
employés pour soulager des douleurs musculaires.




De là à considérer qu'ils peuvent liquéfier la graisse des
cuisses, il n'y a qu'un pas que les esthéticiens se sont empressés
de franchir.




Autre technique: le palpé-roulé. Il existe depuis une quinzaine
d'années et il est certainement la technique la plus répandue. Le
principe est d'aspirer légèrement la peau et de la pincer, un peu
comme si on la roulait énergiquement entre les doigts.




L'effet sur les graisses sous cutanées a été démontré
scientifiquement. Après 10 à 15 séances, la partie massée diminue
un peu de volume et la peau a meilleur aspect. Mais les graisses
reprennent rapidement leur place, dès la fin du traitement. Ce
n'est pas douloureux, à condition que la machine soit bien réglée,
si non, la cuisse peut se couvrir de bleus.




D'une façon générale, il n'existe pratiquement aucune étude
scientifique démontrant l'efficacité des techniques employées dans
les instituts d'amincissement.




Donc, impossible de dire si la perte de deux centimètres sur un
tour de cuisse est due au travail de l'esthéticienne, ou au simple
fait d'avoir renoncé aux pâtisseries.




Ce qui est certain en revanche, c'est qu'une heure de soin dans un
institut de beauté coûte nettement plus cher qu'une heure passée
sous les mains d'un physiothérapeute.




Mais comme David Kerchenbaum le dit souvent à ses clientes:
"...quand elles me demandent combien ça coûte, je leur donne le
prix. Il ne faut pas cacher le prix, parce qu'on a pas à cacher le
prix de la beauté, mais la dépense est une dépense budgétisée.
Lorsque l'on veut être beau ou belle, on budgétise quelque part,
1000, 1500, 3000 francs selon la personne. Lorsque l'on a une
dépense imprévue médicale, lorsque l'on tombe malade, c'est une
dépense imprévue et il est plus souvent difficile de sortir 500
francs thérapeutiques pour aller chez le médecin que 500 francs
esthétiques pour être plus beau ou plus belle. Alors, est-ce que la
beauté a un prix ? Seule la cliente, ou le client, devrait le
définir. La limite, c'est le porte-monnaie."




Et en général, il faut savoir qu'un traitement esthétique de la
cellulite demande au minimum une quinzaine de séances.

L'enquête


Sur le marché de l'amincissement, la règle est de s'appuyer sur
les dernières connaissances scientifiques et de broder par dessus
des solutions miraculeuses. En général, il est difficile de savoir
quand on quitte le domaine scientifique pour entrer dans celui de
la magie, et ce n'est évidemment pas en consultant les publicités
qui bourgeonnent au printemps que l'on peut savoir si cela vaut
vraiment la peine de confier sa cellulite à un institut
spécialisé.




Pour savoir exactement ce qui est proposé aux candidates et à quel
prix, nous avons enquêté dans plusieurs instituts de Suisse
romande.




Comme à l'accoutumée, l'enquêtrice d'A Bon Entendeur qui s'est
rendue dans les instituts d'amincissement restera anonyme. Mais on
dévoilera quand même ses mensurations : 52 kilos pour 1 mètre
64.




En d'autres termes, il s'agissait d'une femme ne souffrant d'aucun
excédent pondéral. Lui prescrire un régime amincissant relèverait
de l'erreur médicale.




Le scénario était simple: en arrivant dans l'institut,
l'enquêtrice expliquait qu'elle ne pensait pas avoir de problèmes
de poids, mais qu'à l'approche de l'été, elle souhaitait un
raffermissement au niveau des fesses et des cuisses.




Premier constat : dans un institut sur deux, on lui a quand même
proposé une diète dans le but de perdre entre 3 et 4 kilos. Cela
l'aurait conduit à un poids considéré comme potentiellement
dangereux par les médecins. Ceci est peut-être à mettre en relation
avec la manière dont elle a été examinée. Et c'est le deuxième
constat : une fois sur deux, aucune mesure, ni aucune pesée, n'a
été effectuée sur le corps de l'enquêtrice. Souvent, on ne lui a
même pas demandé de se déshabiller.




Mais apparemment, le plus important, ce ne sont pas les
mensurations du corps, mais le fait que la cliente soit prête à
payer pour les modifier. Avec ou sans examen, tous les instituts
ont proposé un traitement. En général, il s'agissait d'une
combinaison comprenant le palpé-roulé, des ultrasons, des drainages
et une stimulation électrique des muscles. Certains instituts
ajoutent également des enveloppements à leur arsenal
anti-cellulite.




Dernier constat, aucun institut n'a jugé nécessaire d'accompagner
le plan de traitement de recommandations concernant l'alimentation
ou l'exercice physique.




Ces deux composantes de l'hygiène de vie sont évidemment
indispensables à toute remise en forme, mais elles demandent
quelques efforts. Un terme apparemment tabou dans les instituts que
nous avons visités, cela pourrait faire fuir la clientèle.




Finalement, selon les instituts, les traitements proposés
comprenaient entre 10 et 30 séances, réparties sur environ 2 mois.
Quant aux prix, ils s'échelonnaient de 1045 à 3000 francs.




Avant même de se demander si les traitements proposés sont
efficaces, on peut faire le constat suivant : pour un même corps,
avec la même demande, les tarifs vont du simple au double, soit des
écarts allant jusqu'à 2000 francs. On a déjà fait des émissions
pour des incohérences moins importantes que celle-là.




Il faut savoir que, légalement, il n'y a aucune réglementation
tarifaire pour ce type d'institut, pas plus d'ailleurs qu'il n'est
exigé de diplôme ou de formation minimum pour y travailler. Et
impossible pour le client de savoir s'il confie une partie de son
anatomie à quelqu'un qui a, ou non, des notions d'esthétique et de
physiologie. La loi considère ces prestations comme relevant du
bien-être. Cela n'a empêché aucun des instituts visités de garantir
le succès du traitement.




Peut-on croire ces promesses ? Nous avons posé la question, mais
cette fois à de vrais spécialistes.

Espoirs et désespoirs de la lipolyse


Le docteur Lise Agopian est dermatologue. Elle dirige
Biophyderm, un laboratoire français, spécialisé dans l'étude des
produits cosmétiques: "La cellulite, ce sont des régions
topographiques particulières où vous allez avoir une accumulation
de graisses et, en général, une accumulation qui résiste
énergiquement aux méthodes d'amaigrissement, c'est-à-dire que le
régime va vous faire maigrir partout et pas là, où beaucoup partout
et un tout petit peu là."




Tous les instituts que nous avons visités nous garantissent une
perte de centimètres, est-ce que c'est crédible pour vous ?




"Garantir, cela veut dire quoi, qui peut garantir ? Moi je suis
médecin, je suis dermatologue, et aucun médecin ne va vous garantir
à 100% le résultat d'un traitement. Aucun."




Le premier problème est que toutes les femmes ne sont pas égales
devant la cellulite. L'importance d'une culotte de cheval dépend
aussi de facteurs génétiques. Le second problème est que les
instituts d'amincissement ne s'attaquent pas vraiment aux
mécanismes du stockage des graisses.




Sous la peau, l'hypoderme est composée de cellules graisseuses,
les adipocytes. Ces adipocytes ont pour rôle de stocker les
graisses excédentaires. Leur volume peut ainsi grandir jusqu'à 60
fois. En gonflant, ces cellules compriment les vaisseaux et les
nerf des régions sous cutanées. Conséquence : la peau qui se trouve
au-dessus souffre et se déforme. C'est ce qu'on appelle communément
une peau d'orange.




Pour perdre de la cellulite, en théorie, c'est simple, il faut
inverser le mécanisme. Mais dans la pratique, il ne suffit pas de
masser une cuisse et d'appuyer sur les cellules pour qu'elles se
vident de leurs graisses.




Explications avec le docteur Max Lafontan, chercheur et
spécialiste des tissus adipeux à l'Inserm Toulouse: "Les massages
ont des finalités circulatoires. Donc c'est vrai, on considère que
l'accumulation de ces gros panicules adipeux que l'on a dans ces
zones font des compressions du système vasculaire, et donc, le
drainage n'est pas très bon.




Autrement dit, des massages ont des finalités de drainage pour
faciliter un peu la circulation dans le territoire. Par contre,
pour mobiliser la graisse, pour faire ressortir si vous voulez les
graisses des cellules graisseuses, c'est un phénomène biochimique,
il faut des signaux spécifiques qui vont à la membrane des cellules
graisseuses, stimuler une cascade enzymatique pour libérer les
acides gras et donc pour faire lipolyser la graisse. C'est ça un
phénomène bio-chimique. Donc, je ne crois absolument pas qu'un
palpé ou autre va déclencher cela, cela n'a jamais été
démontré."




Explications : la membrane d'une cellule graisseuse est parsemée
de récepteurs. Ces récepteurs réagissent à l'adrénaline et à la
noradrénaline, des hormones de stress, que notre corps produit
notamment durant un effort physique.




Quand ces récepteurs sont stimulés, la cellule réagit en rejetant
des acides gras, c'est ce qu'on appelle la lipolyse. En clair, elle
dégonfle. La graisse est une réserve d'énergie. Si, à ce moment-là,
les muscles travaillent, ceux-ci vont brûler les graisses libérées.
Sinon, la graisse retournera dans la cellule.




Sans pratiquer une activité d'endurance, comme le vélo ou la
marche à pied, il est donc impossible de faire diminuer ces tissus
adipeux.




Mais malheureusement, toutes les parties du corps ne réagissent
pas de la même manière à l'effort physique: "Sur les cellules
graisseuses, à côté des récepteurs qui permettent de stimuler la
lipolyse, il y a un autre récepteur aux hormones du stress, qui
lui, quand il est activé, va freiner le processus.




Donc, on est dans un système où l'on a un récepteur qui stimule,
un récepteur qui freine. Et ce qui est intéressant, c'est que selon
les dépôts adipeux, la proportion relative de ces récepteurs est
différente. Et dans la graisse fémorale des culottes de cheval, de
la cellulite, il y a 5 à 6 fois plus de récepteurs qui freinent que
de récepteurs qui stimulent."




Bref, pour en revenir à ce qui préoccupe de nombreuses femmes,
c'est justement là que la graisse réagit le plus mal aux tentatives
de l'éliminer. Perdre des centimètres sur les cuisses demande
énormément de temps et d'exercices.




Or, ce que proposent les instituts, c'est justement un résultat
rapide et sans effort. En biologie, on appellerait cela un
miracle.




En réalité, la seule chose que l'on peut attendre d'un soin
esthétique, c'est un effet stimulant sur des tissus
congestionnés.




Pour Lise Agopian, "Cela peut, au niveau de ces zones, favoriser
une meilleure nutrition au niveau de la peau, donc un aspect cutané
meilleur, une hydratation meilleure, une peau plus douce, plus
souple, plus tonique, ce qui est déjà quelque chose. Cela entraîne
aussi une diminution de cet aspect de capitonnage, c'est-à-dire ces
boules que l'on distingue même sans tendre la peau chez certaines
personnes, qui sont désagréables et pas belles, et effectivement,
quand on mesure par certaines méthodes, on peut constater une
diminution de l'épaisseur du tissus cellulo adipeux sur ces
régions."




Est-ce que l'on peut réellement remplacer un massage manuel par
une machine ?




"Je ne pense pas, je vais vous dire pourquoi. Parce que tant que
la machine ne sera pas capable d'assimiler en retour ce qu'elle
ressent, comme le fait la main humaine, et d'adapter son geste,
comme le fait la main humaine d'un bon kinésithérapeute ou d'une
bonne esthéticienne qui maîtrise bien la technique, eh bien, la
main humaine sera toujours gagnante."




En résumé, pas de mystère, si l'on avale plus de calories qu'on en
brûle, on les stocke, c'est mathématique et toutes les machines
anti-cellulite de la terre n'y changeront rien. La culotte de
cheval, ou la fameuse bouée chez l'homme, sont des réserves
biologiquement prévues pour faire face à des évènements tels que
l'allaitement ou la famine. Hors de ces situations extrêmes, les
perdre demande quelques années d'efforts.




En revanche, comme la peau d'orange est le reflet d'une mauvaise
circulation dans les tissus adipeux, le fait d'activer ces zones
peut améliorer l'aspect esthétique. Et y a deux moyens pour ça :
bouger ou masser.




Barbara Tinguely exerce la profession de masseuse depuis 7 ans,
elle travaille notamment dans plusieurs entreprises du canton de
Genève.




Même si elle cherche avant tout à détendre les corps qui se
confient à elle, ses gestes rappellent fortement ce que les
machines d'un centre d'esthétique tentent de procurer avec
nettement moins de sérénité et de précision: "En fait, je touche
par rapport à ce que je sens qu'il y a dans la cuisse. Il y a des
endroits qui sont plus durs, qui sont plus compacts, donc je touche
un peu plus fort, un peu plus profondément. Les endroits qui sont
tout tendres et presque vides, là je touche beaucoup moins fort et
puis j'appelle ce qui est dessous à venir à la surface. Donc, cela
dépend vraiment complètement de la jambe. (...) Cela arrive très
souvent que cette partie soit très froide, ou fraîche en tout cas,
quand les gens arrivent, et la plupart du temps, quand c'est bien
irrigué, quand ça circule de nouveau, cela prend la température du
corps. La plupart du temps, la peau est plus douce, plus lisse,
elle est moins vaguelée.(...) C'est une façon de dire au corps
qu'il a le droit d'être comme il est."




Est-ce qu'un corps massé est un corps plus beau ? "Oui, c'est
certain, parce qu'il connaît la possibilité d'être détendu. Et
quelqu'un qui n'est pas touché, ou peu touché, est toujours plus
tendu."




C'est quand même plus sensuel d'être touché par des doigts experts
que d'être malaxé par une machine. Surtout si rien ne prouve que la
machine produise un effet supérieur au massage manuel, et surtout,
si l'on compare les coûts, on s'aperçoit, comme dans notre enquête,
que la facture d'une heure de machine dans un institut est plus
élevée que chez un physiothérapeute ou même un masseur
professionnel.

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