Alicament ou alicamenteur ?

Alicament ou alicamenteur ?

Tout droit sortis du chaudron de l'industrie agroalimentaire, les alicaments promettent bien davantage que de nous nourrir. Toutes ces promesses sont-elles tenues? Magie ou véritable efficacité scientifiquement prouvée? Pour un esprit critique dans un corps sain, ABE a mené l'enquête.


Sans cesse, grâce à son imaginaire, l’homme enrichit son vocabulaire de mots nouveaux. Comme alicament, par exemple. Né de la contraction d’aliment et de médicament, il désigne une denrée comestible artificiellement enrichie en nutriments divers. Le lait ou les céréales auxquels on rajoute des vitamines lors du conditionnement peuvent entrer dans la dénomination alicaments (ou aliments fonctionnels – les deux termes sont admis). On parle aussi d’aliments spéciaux. Les fabricants, via leurs publicitaires, affirment que ces produits font plus que simplement nous nourrir, qu’ils ont des vertus particulières et qu’ils sont un plus pour notre santé. ABE a voulu vérifier ces affirmations.


7 produits sous la loupe



Actuellement, presque un produit alimentaire sur quatre lancés sur le marché l'est avec un argument santé. Pourquoi? Cela permet de vendre plus et plus cher. Si les rayons des supermarchés ne ressemblent pas encore à des pharmacies, on n'en est plus très loin. La forme des produits est déjà étudiée pour faire penser à une petite potion magique, une fiole d'apothicaire, une dose de remède ou à un médicament. En faisant les courses, nous avons réussi sans problème à remplir un chariot entier de ces produits. Sur le nombre, nous en avons retenu 7 parmi les plus vendus. Nous avons demandé à un spécialiste de les évaluer. Mais d'abord, peut-on vraiment parler d'alicament? "Pour moi, c'est un terme abusif", répond le Dr. Michel Roulet, nutritionniste au CHUV à Lausanne. "Parce que l'on prête à ces produits une valeur préventive, et non pas thérapeutique. Pour moi, le terme alicament n'est pas très approprié. Je préfère de loin le terme aliment fonctionnel".


Alicament ou alicamenteur ?
Premier des 7 produits que nous avons présentés au Dr. Roulet, la boisson chocolatée AVIVA de Wander (filiale du groupe Novartis), vendue 50.80 CHF/kg (le prix moyen pour un kilo de cacao est de 9.50 CHF). Commentaire: "C'est relativement riche en calories. Il y a des graisses hydrogénées. Celles-ci ne sont pas des éléments favorables, notamment pour les vaisseaux".


Alicament ou alicamenteur ?
Les biscuits de la même ligne AVIVA, vendus 32.90 CHF/kg (le prix moyen de biscuits équivalents est de 7.40 CHF/kg), sont censés lutter contre l'excès de mauvais cholestérol. Mais quand on lit la composition, surprise: "Comme le produit précédent, ils contiennent des éléments qui ont un certain avantage. Par contre, on voit aussi qu'ils sont riches en calories, qu'ils contiennent des graisses de moindre qualité, comme la graisse de palme qui contient beaucoup d'acides gras saturés. Et puis, le prix de ces produits est très élevé", relève le nutritionniste. En effet, dans la série AVIVA, il y a même encore plus cher: 53.35 CHF/kg pour... des barres de céréales.


Alicament ou alicamenteur ?
Le yaourt LC1 de Nestlé, à 6 CHF/kg. (prix moyen du yaourt : 4.- CHF/kg). "appartient au groupe des yaourts dits avec probiotiques", précise Michel Roulet. "Ce sont des bactéries particulières qui vont coloniser le tube digestif dans son ensemble, et l'on prétend que cela a un effet favorable sur la santé. Mais il reste encore à le prouver pour la santé de l'homme". De plus, ces yaourts sont parmi les plus sucrés du marché. Nous les avons comparés à d'autres marques de yaourt à la fraise: ils arrivent nettement dans le peloton de tête, avec plus de 6 morceaux de sucre par pot.


Alicament ou alicamenteur ?
La margarine BECEL Pro Activ de Lipton-Saïs, s'affiche être pour une alimentation "spécifique lors de taux de cholestérol légèrement élevé". Au prix auquel elle est vendue – 26.- CHF/kg, contre un prix moyen de 7.80 CHF/kg pour la margarine – on espère au moins qu'elle tient ses promesses. "Encore une fois, je ne crois pas que les aliments fonctionnels soient des médicaments", observe le Dr. Roulet. "Si on veut baisser son taux de cholestérol, la première chose à faire est de baisser sa consommation de graisse et d'avoir une alimentation équilibrée, de faire de l'exercice physique, d'avoir une hygiène de vie, de moins fumer… Mais ce n'est pas en mangeant un tel produit que l'on va baisser son cholestérol".


Alicament ou alicamenteur ?
Sur le marché, on trouve également les œufs VITAL OMEGA 3 DHA, enrichis en acides gras Oméga 3, à 2.60 CHF les quatre (pour comparaison, 4 œufs classiques d'élevage en plein air coûtent 2.50 CHF). "Les graisses Oméga 3 ont certains avantages. Mais pourquoi les associer aux œufs? Pourquoi ne pas manger des œufs et du poisson, puisque l'on trouve des Oméga 3 dans le poisson?", s'interroge le nutritionniste.


Alicament ou alicamenteur ?
Le jus de fruit ACTILIFE, vendu par Migros 1.60 CHF le litre (1.50 en moyenne le litre des autres jus de fruits) contient, lui, de l'huile de poisson. Un mélange qui surprend Michel Roulet: "Là, c'est encore bien plus particulier, puisque l'on a pris un jus de fruit auquel on a rajouté de la graisse. Personnellement, je préfèrerais boire un jus de fruit et, dans l'assiette suivante, manger un peu de saumon".


Alicament ou alicamenteur ?
Enfin, les spaghettis PASTA VITA de Trattoria sont enrichis en calcium et vendus 5 CHF/kg (3.30 CHF/kg en moyenne pour les autres spaghettis). "Je trouve ça bien particulier. Personnellement, je trouverais plus judicieux de faire un plat de spaghettis et de râper du fromage dessus: c'est une bonne façon d'apporter du calcium, ça coûte bien moins cher et c'est meilleur". Non seulement c'est meilleur, mais il y a des chances pour que le fromage, outre du calcium, vous apporte toutes sortes d'autres éléments intéressants pour l'organisme. "Ce qu'il faut dire, c'est que l'on ne mange pas des nutriments: on ne mange pas du zinc, on ne mange pas du calcium, on ne mange pas des fibres… On mange des aliments: des légumes, des pommes, des fruits, etc. Il ne s'agit donc pas d'un simple cumul de nutriments. On a meilleur temps d'essayer, par tous les moyens, d'avoir une alimentation bien faite, équilibrée, avec des aliments naturels et peu transformés. Et on ne mangera des nutriments que dans des situations particulières", conclut le Dr. Roulet.


Vitamines à gogo



Bref, ces produits sont loin d’être une panacée. Très chers, très sucrés, très caloriques et très chargés en graisses de mauvaise qualité, ils sont aussi souvent supplémentés en vitamines. A tel point qu’il devient difficile de trouver des produits sans vitamines ajoutées. Alors, à fortes doses, existe-t-il un risque de toxicité? "Les menus à base d'alicaments très additionnés de vitamines sont susceptibles d’apporter des doses qui dépassent les recommandations journalières à raison d'un facteur de 2 ou 3. Très grossièrement, pour les produits connus comme étant susceptibles d'entraîner des intoxications à très fortes doses, on considère que le danger d'intoxication commence, tout au plus, à 5 à 10 fois la dose journalière recommandée. Il faudrait donc probablement abuser de ces préparations additionnées de vitamines et y ajouter encore des comprimés de vitamines, pour se trouver dans les zones dangereuses. Je pense que l'intoxication chronique menace tout au plus une petite frange de la population", estime le Dr Thierry Buclin, pharmacologue au CHUV. Exemple, la vitamine A: "A dose dépassant largement les doses nécessaires dans l'alimentation, la vitamine A provoque des troubles, des symptômes, des atteintes cutanées, des atteintes des muqueuses", relève le pharmacologue. "Le problème avec cette vitamine, c'est qu'à partir de 5 ou 10 fois la dose journalière, on a de bonnes raisons de craindre une augmentation des malformations fœtales. Les femmes enceintes ne devraient donc pas consommer plusieurs doses de vitamines conditionnées comme telles, si elles mangent en même temps des alicaments additionnés de vitamines".


Mélange des genres



L’arrivée des aliments fonctionnels pose aussi de sérieux problèmes juridiques. En Suisse, actuellement, il existe une loi pour les denrées alimentaires et une loi pour les médicaments. Par contre, pour les aliments spéciaux, les compléments alimentaires et les aliments fonctionnels, il n’existe encore aucun texte précis. Pour l’instant, chaque fois qu’un nouveau produit est mis sur le marché, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) examine le cas. Cet office doit veiller à ce que le consommateur ne soit pas trompé sur la nature du produit ou par les allégations publicitaires. Ainsi, théoriquement, les aliments fonctionnels ne devraient porter aucune mention leur attribuant des propriétés en matière de prévention, de traitement ou de guérison. Dans la réalité, ce n’est pas si simple. Certaines publicités font très clairement allusion à la prévention. L'astuce, pour le fabricant, est d’être futé et de ne pas nommer la maladie, mais de seulement la suggérer.




On se souvient en effet de la publicité affirmant que le lait est bon pour lutter contre l’ostéoporose. Cette publicité a été interdite. Maintenant, le slogan dit que le lait est bon pour le squelette ou bon pour les os. Evidemment, la pub ne précise pas que trop de graisses animales nuisent à la santé. Car le but n’est pas d’informer le consommateur correctement, mais de gagner plus d’argent. Et dans cette logique, sans règles du jeu, on peut aller très loin. Ainsi, si l'on voulait pousser jusqu’à l’absurde, on pourrait très bien imaginer des maraîchers vendant très chers des produits simples et simplement sains, sous le couvert d'arguments sanitaires (par exemple, les bananes "bonnes pour les muscles", le chocolat "favorisant le transit intestinal", les tomates "bonnes pour la prostate", etc). On sait en effet que certains aliments ont des vertus particulières. Ces connaissances font partie du patrimoine de l’humanité et sont le fruit d’observations faites sur des siècles et des millions d’individus. Alors, finalement, tout l’art de vendre est dans le slogan.




Mais avant de commercialiser un nouveau produit, le fabricant doit veiller à ce qu’il ne soit pas toxique - ce qui est la moindre des choses. Par contre, il n’a aucune obligation de prouver son efficacité. Pourtant, les industriels brandissent toujours toutes sortes d’études, laissant croire que leur produit a été l’objet des mêmes attentions que s’il s’était agit d’un médicament. Nous avons évidemment voulu voir les études scientifiques citées. Ces documents n’ont pas toujours été faciles à obtenir. Ceux concernant la gamme Aviva de Wander, filiale de Novartis, par exemple, sont inaccessibles, alors que les produits, eux, sont déjà bien visibles en rayon. Nous avons dû nous contenter des extraits. Mais de là, on peut déjà tirer pas mal de choses.


Les études, c'est prouvé !



Depuis que l’humanité fabrique du yaourt, on sait que c’est plutôt bon pour le tube digestif et que certaines bactéries sont favorables à l’homme. Et l'on n’a pas attendu Nestlé pour faire cette découverte. Mais partant de ce constat, il y a environ 5 ans, la société a mis des bactéries sous le microscope, les a observées et stockées. Le seul fait de décrire le cycle de vie des plus vigoureuses d’entre elles a donné le droit à l’entreprise d’en devenir propriétaire. Cela signifie que plus personne ne pourra utiliser les souches brevetées dans une recette sans en payer des droits à Nestlé. Mais cela, c’est un autre débat.




Ce qui nous intéresse ici, c'est de voir comment un bon marketing remplace une étude médicale sérieuse. Et pour commencer, nous avons demandé à la directrice du centre de recherche de Nestlé, Andréa Pfeifer, de nous expliquer en quoi le LC1 serait bénéfique pour la santé: "on a fait beaucoup de recherches, avec des études in vitro et des études cliniques, sur l'évaluation du mécanisme, l'évaluation du bénéfice des bactéries, l'évaluation des effets sur la santé des consommateurs", explique-t-elle.




Ces études, nous les avons montrées à un spécialiste. Le Dr. Bernard Burnand, de l'unité d’évaluation des soins à l'Institut de médecine sociale et préventive de Lausanne, est en effet habitué à mettre sur pied et à évaluer des études médicales contrôlées: "Il s'agit essentiellement d'études montrant les mécanismes biologiques, c'est-à-dire le fonctionnement: à savoir comment le LC1 va résister à l'acide de l'estomac et comment cela peut rétablir la flore intestinale", commente le "Mais on trouve peu d'études effectuées réellement chez des individus. Il y a une étude effectuée chez des enfants âgés de 5 à 24 mois, hospitalisés pour des soins chroniques – donc des enfants en très très mauvais état général. Cette étude montre effectivement, dans un petit collectif – un peu plus d'une centaine de patients – un effet de protection contre la survenue de diarrhée. Mais on ne peut pas extrapoler ce genre de résultat à une population générale et dire à Monsieur et à Madame Tout-le-monde, sur cette base-là ou sur les bases d'un strict modèle biologique, que le yaourt va globalement améliorer leur santé. Ces études-là, je ne les ai pas vues". De plus, aucune étude ne prouve à ce jour que les bactéries de ce yaourt sont supérieures à celles de ses concurrents.




Nous avons également montré à Bernard Burnand les documents concernant la margarine Becel, dont le fabricant affirme qu’elle a des effets sur le cholestérol: "Là, les résultats portent sur une baisse – modérée – du taux de cholestérol, donc sur une variable intermédiaire. Ce qu'il serait utile de pouvoir mesurer, c'est s'il y a vraiment un effet sur le résultat final que l'on souhaite au patient, à savoir une diminution des maladies cardio-vasculaires. Mais bien sûr, ce type d'études demande beaucoup de temps, beaucoup de personnes à inclure et des ressources importantes". Bref, elles coûtent cher.


Extrapolations douteuses



Enfin, nous avons soumis au Dr. Burnand les documents que nous a fournis Novartis concernant sa gamme de produits Aviva: "Là encore, les études disponibles que j'ai pu voir, ou les extraits d’études, sont plutôt des études biologiques. Par exemple, sur les modifications biologiques au sein d'individus ou in vitro. Ou alors, ce sont des études qui se basent sur des connaissances générales, par exemple sur l'effet du cholestérol, et qui, par extrapolation, disent: notre produit fait baisser le cholestérol et, comme on peut l'observer chez certaines personnes, celles qui ont le taux de cholestérol le plus bas vont le mieux... Mais je ne crois pas que l'on puisse faire ce genre d'extrapolation".




Et si les médecins se méfient tant de ces extrapolations, c’est parce que, dans ce domaine, on n’est jamais à l’abri de mauvaises surprises. Exemple: "On avait observé, dans certaines études, que des personnes atteintes de cancer du poumon, notamment des fumeurs, avaient également une alimentation qui contenait moins de vitamine A et de vitamine E", raconte le Dr. Burnand. Partant de ce constat, on s’est dit qu’en donnant de la vitamine A et E aux fumeurs, on devrait logiquement voir le nombre de cancers diminuer. "On a monté des grandes études, avec 30'000 patients pour une étude finlandaise et 20'000 patients pour une étude américaine, avec l'espoir de pouvoir réduire le taux de cancer du poumon", poursuit Bernard Burnand. "Résultat: non seulement, il n'y a pas eu d'effet bénéfique, mais c'était même l'inverse. Il y avait plus de cancers du poumon – entre 15 et 30% suivant les études – chez les personnes qui avaient pris les suppléments de vitamines. On n'a pas forcément d'explication complète à cela. En tout cas, je n'en connais pas. Ce que l'on peut dire, c'est qu'on ne peut pas forcément assimiler toute la nutrition, toute l'alimentation, à une série de nutriments que l'on pourrait doser ainsi au milligramme ou au nombre de gouttes à prendre chaque jour. En fait, l'alimentation est très complexe. Il peut y avoir des effets imprévus d'antagonismes, de potentialisation entre différentes composantes de l'alimentation. Quand on mange des fruits ou des légumes, on ne mange pas seulement de la vitamine A ou de la vitamine E, mais toute une série de choses qui, ensemble, peuvent avoir un effet. Si on isole un de ces composants, peut-être que l'effet sera différent. Et cet exemple l'illustre bien".




Il s'agit donc de rester critique face à ces aliments supplémentés et enrichis qu'on nous sert à satiété. D’ailleurs, quand une substance a un effet, dans la plupart des cas, elle a aussi un effet secondaire. Il y a donc de bonnes raisons de croire que ce qu’affirme l’industrie dans la publicité est largement exagéré.


Marketing de l'évidence



Depuis peu, la nouvelle boisson "Ocléa", de Wander, se targue de vous rendre "BELLE, EVEILLEE ET HEUREUSE". "Ca ne s'adresse sûrement pas à moi!", s'exclame le Dr. Michel Roulet. "C'est la première fois que je vois vendre un aliment réservé uniquement aux femmes. C'est bien particulier. Alors, c'est possible que l'on soit belle et heureuse en buvant cela... Mais il faudrait peut-être aussi veiller à ce que l'on ne grossisse pas trop !".




Pour le Dr. Thierry Buclin, l'indication figurant sur les "mueslis Migros" comme quoi les vitamines "PROTEGENT NOS CELLULES CONTRE LES OXYDES AGRESSIFS" est "une espèce d'énoncé vulgarisé de théorie biochimique bien précise, mais dont la généralisation est totalement indue".




Les composants d'"Actilife Toffee", de la Migros, "STIMULENT LA MICROFLORE INTESTINALE", dit l'emballage. "Stimulent?", s'interroge Michel Roulet. "Qu'ils changent? Stimulent? Augmentent? C'est pas clair. Et puis, stimuler la flore intestinale, est-ce que c'est mieux? Encore une fois, sur le long terme, cela reste à prouver".




Dans les oeufs "Vital Omega 3 DHA", les acides gras Oméga 3 "SOUTIENNENT DES FONCTIONS VITALES DE L'ORGANISME". "Heureusement!", s'exclame le Dr. Roulet. "Si les aliments ne prenaient pas en charge les fonctions essentielles de l'organisme, à quoi ça servirait de manger? C'est bien le but de l'alimentation".




Le potage "Mouliné de carottes" de Knorr favorise la "CROISSANCE DES CELLULES", nous dit-on. "Lesquelles?", questionne le nutritionniste. "Les cellules cancéreuses? Les cellules normales? On ne sait pas".




Enfin, le "Champion Crisp" de Familia "OPTIMISE LES ECHANGES ENERGETIQUES DU SYSTEME MUSCULAIRE". "Ca, c'est d'une généralité navrante", soupire Thierry Buclin. Et voilà comment, avec quelques slogans, on nous fait oublier que ces produits sont chers et, parfois, loin d’être ce qu’il y a de mieux pour la santé.


La santé a bon dos



Nous avons, par exemple, demandé à Novartis les raisons de la présence de graisse végétale hydrogénée dans ses boissons chocolatées Aviva (réputées mauvaises pour les artères), ou d'huile de moindre qualité (comme l'huile de palme) dans ses biscuits, alors même que les produits Aviva sont censés être bons pour la santé. "Dans nos produits Aviva, nous avons essayé d'utiliser des graisses aussi saines que possible. Malheureusement, lors de la fabrication des biscuits, nous devons utiliser des graisses qui sont solides à température ambiante, ce qui nous impose des limites. Nous avons réduit autant que possible la quantité de graisses et, malheureusement, pour tous les biscuits, nous somme obligés d'utiliser des graisses qui se solidifient à température ambiante et qui ne sont donc pas très saines", explique le Dr. Michael Beer, directeur de recherches chez Novartis. Pourtant, la plupart des cacaos présents sur le marché ne contiennent pas de graisse végétale hydrogénée. "Le dosage est aussi faible que possible", se défend M. Beer. "De nouveau, nous avons des limites quant à ce que nous pouvons utiliser. Nous travaillons avec des standards de qualité. Mais à cause des techniques de fabrication, il y a certaines limites".




Autre problème avec ces produits, la haute teneur en sucre: "En fait, c'est le consommateur suisse qui aime bien le sucre", affirme Andréa Pfeifer de Nestlé."On a fait plusieurs tests avec les consommateurs et ils ont préféré un peu de sucre. Mais dans plusieurs pays, on trouve aussi aujourd'hui le produit [le LC1] sans sucre et sans graisse". Bref, c’est de notre faute s'il y a autant de sucre dans les yaourts en Suisse! Après cela, on ose nous faire croire qu'on se soucie avant tout de notre santé !...


L'attrait pour l'irrationnel



Chers, riches en sucre et en calories, efficacité non-prouvée... Avec tout ça, les alicaments devraient avoir peu de chances sur le marché. Et pourtant, ils s’imposent. D’une part, parce que l’industrie met le paquet côté publicité et, à force, le matraquage donne des résultats. Et comme la pub coûte cher, la facture déteint sur le prix du produit. Ensuite, parce que nous sommes irrationnels et que les publicitaires savent bien flatter les paradoxes en nous. Nous voulons des preuves scientifiques, mais en même temps, on aime bien ce qui est de l’ordre du magique, du miracle ou du rêve.




En définitive, le succès des alicaments n'est qu'une question de libre arbitre: à chacun de décider s'il veux laisser à l’industrie le soin de choisir pour lui ce qu’il doit absorber comme nutriments ou s’il veux choisir souverainement. D’autant que, si l’on ne peut pas dire que les alicaments sont moins bons que les aliments classiques, on ne peut pas non plus affirmer qu’ils sont meilleurs pour la santé. On sait juste qu’ils sont plus chers. A ce propos, nous avons appelé les entreprises qui vendent vitamines et nutriments. Résultats: à la tonne, ce n’est pas très cher. En tout cas, ça ne justifie pas le prix élevé des alicaments par rapport à un produit équivalent. Mais l’industrie a bien compris à quel point la santé est une préoccupation de la société et que les consommateurs sont prêts à y mettre le prix. Ainsi, pour la première fois, le budget santé a dépassé celui de l’alimentation dans les ménages suisses.




Il faut également garder à l’esprit que si un nutriment a effectivement des effets, pour en avoir les bénéfices, il faut le consommer à vie. C’est pour cela, par exemple, que l'on a rajouté de l’iode et du fluor dans le sel. Parce que le sel, on en mange tous et tous les jours. Mais en consommant à vie quelque chose, on prend aussi le risque d’en subir les effets négatifs (s’il y en a). Et cela, on ne peut pas le savoir avant d’avoir fait des observations sur plusieurs années. A ce propos, des études à long terme et sur de très grands échantillons de population prouvent sans conteste qu’une alimentation naturelle diminue le risque de maladies. Idéalement, il faudrait manger plusieurs fois par jour des fruits et légumes, des céréales et des féculents, et un peu de produits laitiers, une ou deux fois par semaine du poisson ou des fruits de mer, pas trop de viande – il n'est, en tout cas, pas nécessaire d'en consommer chaque jour. Et, bien sûr, peu de graisses et pas trop de sucre.




Evidemment, dans la réalité, ce n'est pas tellement ce que l'on a l’habitude de faire. Mais si vous tentez déjà de vous rapprocher de cela et qu’en plus, vous augmentez votre activité physique, vous aurez déjà fait quelque chose de très positif pour votre santé.