Isabelle Moncada [RTS]

Maudit coup du lapin Un cerveau à modeler

L'émission du 16 février 2011

Le coup du lapin affecte près de 25'000 personnes par année en Suisse ! Si l’immense majorité s’en sort bien, Richard, lui, a dû quitter son travail et est en procès avec les assurances. Voir avec la langue, entendre avec la peau, le cerveau se transforme pour s'adapter à notre quotidien. Cette "plasticité" est une découverte très prometteuse.

Maudit coup du lapin

En Suisse, selon les assureurs, il y a plus de 25'000 coups du lapin par année, soit un toutes les 20 minutes! Si le choc n’est pas très violent, les douleurs disparaissent généralement après quelques semaines. Six ans après son accident de voiture, Richard, lui, vit un véritable calvaire.  Maux de tête, pertes de concentration… il a dû quitter son travail et est en procès avec les assurances. Le gros problème des victimes du coup du lapin, c’est que les examens et radios classiques ne démontrent aucune lésion dans leur nuque ou leur cerveau. A Paris, un neurologue de l’hôpital Ste-Anne affirme le contraire. Selon lui, l’imagerie médicale permet de montrer que certaines fibres nerveuses du cerveau sont brisées lors d’un coup du lapin. Christophe Ungar et Venturra Samarra ont mené l’enquête.

 

Un cerveau à modeler

Voir avec la langue, entendre avec la peau, le cerveau se transforme pour s'adapter à notre quotidien. La reconnaissance de cette "plasticité sensorielle" a des conséquences cliniques. Elle permet de rééduquer efficacement notre cerveau en cas d’attaque ou de tumeur cérébrale. Elle donne aussi une nouvelle lueur d'espoir aux malvoyants ainsi qu'aux sourds. Christophe Ungar et Venturra Samarra nous proposent un éclairage passionnant sur cette formidable avancée des neurosciences à travers plusieurs exemples, dont celui de Tharcisse Ndayizeye. Aveugle depuis ses deux attaques cérébrales successives, ce gynécologue du Burundi jure qu’il peut voir.

Un cerveau à modeler

Voir avec la langue, entendre avec la peau, le cerveau se transforme pour s'adapter à notre quotidien. La reconnaissance de cette "plasticité sensorielle" a des conséquences cliniques. Elle permet de rééduquer efficacement notre cerveau en cas d’attaque ou de tumeur cérébrale. Christophe Ungar et Ventura Samarra nous proposent un éclairage passionnant sur cette formidable avancée des neurosciences à travers les exemples de Tharcisse et David et Marie-Laure.

Il y a 8 ans, Tharcisse travaille comme gynécologue pour une ONG au Tchad quand il est terrassé par deux attaques cérébrales successives qui le plongent dans le coma. Les médecins le transfèrent alors en urgence à Genève pour être soigné. L’imagerie médicale est sans appel: les régions du cerveau qui gèrent la vision sont complètement détruites. Du jour au lendemain, même avec des yeux qui fonctionnent, Tharcisse est médicalement aveugle. Pourtant le gynécologue jure qu’il peut voir. Cette énigme interpelle la science…
Aujourd’hui, Tharcisse revient à Genève pour se soumettre à des examens. Alan Pegna est neuropsychologue aux HUG. Il veut comprendre. Le docteur montre des photos de visages humains à Tharcisse avec comme but de lui faire deviner l’émotion de ces visages. Une course contre la montre s’engage pour comprendre cette «vision aveugle». Les scientifiques testent la réaction de ses yeux, analysent ses mouvements, bref l’auscultent de la tête aux pieds.
Les résultats sont stupéfiants! Sans sa région visuelle dans le cerveau, Tharcisse réussit pourtant presque tous les tests. Comment fait-il? Est-ce que Tharcisse «voit» ou est-ce qu’il suit ces lignes grâce à ses autres sens comme le toucher ou l’ouïe? Dans l’IRM, les chercheurs lui projettent de la lumière et photographient son cerveau sous toutes les coutures. Perplexe, le docteur  Pegna passera lui encore plusieurs semaines à analyser ces clichés. Progressivement, les réponses arrivent... Tharcisse ne peut pas voir avec cette région totalement détruite à l’arrière de son cerveau. Mais d’autres neurones ont pris le relais… En clair, son cerveau s’est re-câblé.
Il existe d’autre exemples de vision aveugle inexpliquées mais ils sont très rares. Cela dit, ils démontrent que le cerveau n’est pas un organe figé. On ne sait pas encore dans quelles conditions ni tout à fait comment favoriser ces néo-connexions. Mais il y a de bonne raison d’espérer qu’à l’avenir on trouvera les moyens de mobiliser au mieux l’extraordinaire plasticité du cerveau.
A 19 ans, David apprend qu’il a une tumeur cérébrale. Il est soigné par radiothérapie mais les rayons créent dans son cerveau des kystes qui perturbent son fonctionnement. Il doit alors se faire opérer pour les enlever. Une opération à cerveau ouvert qui comporte de nombreux risques. D’importants circuits nerveux ont été sectionnés dans le cerveau de David. Ces dégâts étaient malheureusement presque inévitables vu la difficulté de l’opération. David est alors pris en charge au service de neuroréhabilitation du CHUV à Lausanne. Pour les médecins, il reste un espoir: le jeune homme devrait pouvoir entendre à nouveau. Une longue rééducation commence alors… Pendant des centaines d’heures, on force David à écouter de nombreux sons.
Grâce à des patients comme David, la prise en charge des lésions du cerveau est en train de vivre une véritable révolution. C’est toute la philosophie des soins qui change. Il ne s’agit plus de faire le constat des dégâts et imaginer ce qu’on pourra faire avec ce qui reste. L’idée est plutôt de partir de ce qui fonctionne encore pour reconstruire des aptitudes et aller le plus loin possible dans le re-câblage des neurones. Il s’agit de trouver le meilleur moyen et les meilleurs exercices pour mobiliser et stimuler des parties du cerveau normalement dédiées à d’autre tâches
Marie-Laure est aveugle de naissance. Sa rétine et son nerf optique sont complètement détruits. Les informations visuelles n’arrivent plus à son cerveau. En l’absence totale de vision, Marie Laure a développé une sorte de sixième sens : l’écholocation. Elle «entend» la distance entre les objets.
Au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris, les scientifiques cherchent à comprendre comment le cerveau se transforme quand un sens est remplacé par d’autres.  Depuis quelques années, Marie-Laure apprend ici quelque chose de surprenant… en relation avec sa langue. Le « brainport » est un appareil qui transforme les images d’une caméra noir-blanc en stimulations électriques qui seront envoyées sur la langue de Marie-Laure. L’environnement est pixelisé et chaque pixel correspond à une électrode sur la languette. Plus la lumière est forte, plus le courant électrique est intense. Dans ce laboratoire parisien, on est convaincu que cette technologie offrira un jour de nouveaux outils à de nombreux handicapés.

Maudit coup du lapin!

En Suisse, selon les chiffres des assureurs, il y aurait plus de 25'000 coups du lapin par année provoqués la plupart du temps par un accident de voiture. Les douleurs disparaissent généralement après quelques semaines. Mais chez certaines victimes, les souffrances perdurent même si les lésions restent mystérieusement invisibles. L’absence de ces blessures musculaires ou osseuses cachent-elles d’autres dégâts difficile à détecter? Un reportage signé Christophe Ungar et Ventura Samarra

Richard était chef d’équipe dans une entreprise horlogère. Il achève un bachelor en économie. Après les cours, il s’engage sur l’autoroute pour rentrer chez lui à Bienne. A la hauteur de Morges, une colonne de voiture roule au pas. Richard est surpris. Il ralentit. La voiture qui le suit n’a pas ce réflexe. C’est le choc. Les dégâts matériels ne sont pas importants mais Richard subit un coup du lapin. C’était il y a 6 ans et encore aujourd’hui sa vie est un calvaire.
Le cas de Richard n’est pas unique. Plusieurs victimes du coup du lapin développent des douleurs qui durent parfois de nombreuses années. Mais elles sont surtout confrontées à un problème: les examens et radios classiques ne démontrent aucune lésion dans leur nuque ou leur cerveau. Une absence de diagnostic qui conduit souvent à un bras de fer avec les assurances et révolte les associations de patients.
Celles-ci, sous l’impulsion de Me Seidler se sont donc adressées à un neurologue parisien, le professeur Daniel Fredy de l’Hôpital Sainte-Anne. Comme ses confrères, il s’appuie sur l’imagerie médicale,  mais il en fait une lecture très personnelle grâce à un programme informatique spécial, le tenseur de diffusion. Cette technique met en évidence les fibres nerveuses dans le cerveau. Selon le médecin, certaines sont brisées à cause du coup du lapin. Si cette technique apparaît prometteuse pour de nombreux neurologues, il manque encore à leurs yeux des bases scientifiques pour interpréter les résultats, comme en témoigne le professeur Reto Meuli du Département de radiologie médicale du CHUV.
En clair, comme en photographie, en augmentant la résolution, on voit davantage de détails, donc ici davantage de fibres. Au delà des images, tout tourne finalement autour d’une question: est-ce qu’un coup du lapin même mineur endommage le cerveau? Le Professeur Fredy en est convaincu.
Comment expliquer la souffrance durable de certaines victimes du coup du lapin? Malgré un séjour dans la clinique de réadaptation de Sion, l’état de Richard ne s’est pas amélioré. Il a dû quitter son travail dans l’horlogerie. Avec l’aide de l’AI, il est devenu curateur pour personnes âgées mais il ne travaille aujourd’hui qu’à temps très partiel.
Selon les assurances, ces douleurs auraient une toute autre origine. Elles se basent sur des chiffresau niveau européen qui sont étonnants. Après un accident de voiture, 47% des Allemands déclarent des douleurs cervicales contre seulement 3% des Français. Dans les pays ou la prise en charge du coup du lapin est minimale ou inexistante les victimes guérissent dans l’immense majorité des cas. A l’inverse, plus un pays communique sur le coup du lapin, ses conséquences, sa prévention, la description des symptômes, plus il enregistre de cas de douleurs chroniques. Comme si le fait de s’attendre à avoir des symptômes favorisait leur apparition. Une sorte d’effet nosebo, l’inverse du placebo, qui va induire des conséquences négatives.