Interview de Jérôme Pierrat, réalisateur du documentaire "Serbie: les miliciens du crime"

Comment rencontrer des trafiquants d'armes, gagner leur confiance et obtenir des informations sur leur business? Le réalisateur de "Serbie: les miliciens du crime" répond aux questions de Frédéric Pfyffer.


Cosa nostra (1/5)

Politique et crime organisé

Cette semaine Histoire Vivante revient sur le crime organisé en Italie et lʹhistoire de Cosa nostra, la mafia sicilienne qui est lʹune des plus importante organisations criminelles d'Europe.
Début de l'été 1983, à Palerme. Ils sont probablement quelques-uns réunis au cours d'une séance de direction que préside le conseiller Rocco Chinnici. Celui-ci n'est pas une cible facile. Comme tous les magistrats, il est entouré d'une demi-dizaine de garde du corps et limite au maximum ses déplacements.
Le 29 juillet 1983 à 8h08, alors que le consigliere Chinnici sort de chez lui, un véhicule piégé explose. Le magistrat, trois de ses gardes du corps et le concierge de l'immeuble sont tués sur le coup. Pour les juges d'instruction du tribunal de Palerme le signal est clair. Après la mort du conseiller Chinnici, ils ne peuvent plus faire marche arrière. Cela fait à présent quatre ans qu'ils harcèlent les hommes d'honneur. Cosa Nostra vient d'éliminer l'un d'entre eux. Elle peut en faire autant pour les autres. A l'heure à laquelle elle le décidera.

Photo: marché de Ballarò, à Palerme. Le territoire de la ville est partagé entre 29 clans mafieux. C'est également à Palerme que siège "la cupola" (la coupole), organe de direction de Cosa nostra en Sicile. (© Stijn Nieuwendijk / flickr)


Cosa nostra (2/5)

Politique et crime organisé

Le meurtre de Giovanni Falcone le 23 Mai 1992 dépasse en violence et en cruauté tous ceux des juges et des policiers assassinés jusqu'alors. Voiture piégée? Missile? Au début, on n'en sait très peu.
L'enquête commence dès le lendemain et des soupçons sont formulés ouvertement. Car le juge, protégé comme il l'était, était jusque-là inattaquable. Une cible trop mouvante. Qui à Rome était au courant du voyage de Giovanni Falcone à Palerme? Quelles sont les possibles implications des hautes sphères de lʹEtat?
Ce que les enquêteurs savent, cʹest que le lieu de l'attentat contre le juge Falcone est placé sous le contrôle de la famille de San Lorenzo. C'est le dernier quartier de Palerme avant l'aéroport. Mais les chefs vivent dans la clandestinité, sous de fausses identités, changeant fréquemment de domicile, protégés par le mur infranchissable du silence.

Cette photo du 24 mai 1992 montre les dégâts subis par l'autoroute reliant Palerme à son aéroport, un jour après l'attentat à la bombe qui a tué le procureur antimafia Giovanni Falcone, son épouse et les trois policiers qui les escortaient. (© Keystone/AP Photo/Nino Labruzzo)


Cosa nostra (3/5)

Politique et crime organisé

L'arrestation tant attendue de Totò Riina ne va hélas pas être d'un grand secours pour l'enquête sur l'assassinat du juge Falcone. Une fois appréhendé, le chef ne dit rien.
Des écoutes téléphoniques vont révéler d'autres noms et permettre de nouvelles arrestations. Mario Santo di Matteo fait partie des personnes embarquées par le commando spécial des carabinieri.
Entre les mains de la police, Di Matteo choisit de parler. Car depuis peu on a trouvé la parade à l'"omertà", la loi du silence sicilienne. Les repentis qui collaborent avec la justice bénéficient d'allègements de peine et de mesures de protection.
Di Matteo négocie les conditions de sa collaboration puis donne tous les noms. Ses aveux recoupés par les enquêteurs permettent de reconstituer le rôle de chacun dans toutes les phases préparatoires de l'attentat.

Photo de Tommaso Buscetta prise en octobre 1985 à Rome après son arrestation. Buscetta est l'un des premiers hauts responsables de la mafia à avoir témoigné contre l'organisation, y compris dans la célèbre affaire de la "pizza connection", aux États-Unis. (© Keystone/AP Photo/Nino Labruzzo)


Cosa nostra (4/5)

Politique et crime organisé

Milan, 1er octobre 1979. La police découvre dans un appartement de location une cache des Brigades rouges. Les policiers trouvent des tracts, des lettres et les notes dʹAldo Moro, homme dʹEtat assassiné une année plus tôt.
En lisant ces documents, le général des carabiniers Carlo Alberto Dalla Chiesa réalise quʹil tient une bombe entre ses mains. Dans la même nuit, il emporte les documents à Rome. Vers 2h du matin, il rencontre Franco Evangelisti, secrétaire dʹEtat de Giulio Andreotti, pour lui exposer sa découverte. Le général lui explique quʹil a lʹintention de remettre les notes dʹAldo Moro à Andreotti dès le lendemain matin. Evangelisti confirmera cette conversation. Quelques jours plus tard, Andreotti fait publier les notes de Moro.
En avril 1996, dans le pénitencier de Pérouse, au nord-est de Rome, alors qu'Evangelisti a confirmé cette conversation, Andreotti apporte une autre réponse…

Photo: le mardi 9 mai 1978, le corps criblé de balles du président du parti "Democrazia Cristiana" (Démocratie Chrétienne) Aldo Moro est retrouvé à l'arrière d'un véhicule près du siège de son parti, à Rome. Moro avait été enlevé le 16 mars de la même année par des terroristes des Brigades rouges. (© Gianni Giansanti/Keystone/AP Photo)


Cosa nostra (5/5)

Politique et crime organisé

Le 27 mars 1993 restera probablement dans les annales de la vie judiciaire et politique de l'Italie républicaine. Ce jour-là, le Parquet de Palerme, par l'intermédiaire du ministère de la Justice et des Grâces, demande au Sénat l'autorisation d'entamer une procédure contre Giulio Andreotti pour association de type mafieux.
Le 13 mai, dans le prestigieux hémicycle du Palazzo Madama à Rome, les sénateurs votaient la levée de l'immunité parlementaire du sénateur à vie qui la vota également.
Le 9 juin, le Parquet de Rome entame une procédure d'accusation contre Andreotti pour avoir commandité le meurtre du journaliste Carmine Pecorelli, assassiné dans la capitale italienne le 20 mars 1979. Comment va se dérouler ce procès? Quelles autres affaires soulèvera-t-il? On découvre alors les collusions entre Andreotti et le mafieux Gioacchino Pennino qui raconte le mécanisme qui a permis de gonfler les chiffres des partisans de la démocratie chrétienne.

Photo: l'ancien Premier ministre italien Giulio Andreotti au tribunal de Palerme, le jeudi 28 novembre 2002. Il y fait face à des accusations d'appartenance à la mafia moins de deux semaines après qu'un autre tribunal l'a condamné à 24 ans de prison pour meurtre. Un jugement de la Cour de cassation l’acquittera de cette charge le 30 octobre 2003. (© Mike Palazzotto/Keystone/EPA)

Dimanche 3 novembre à 22h25 sur RTS Deux vous pourrez voire le documentaire "Serbie: les miliciens du crime".