Le labo du 19.01.2014

L'émission du 19 janvier 2014
Vue de Berlin. [Sandrine Jorand]

"Impressions berlinoises" est un documentaire personnel et aussi un peu expérimental dont l'idée m'est venue lors de mon dernier séjour à Berlin, durant l'été 2013, après un an d'absence.

Étant présente, à nouveau, pour quelques semaines, j'ai laissé agir la résonance de la ville sur moi. Ses sons m'étaient en cet instant à la fois familiers et étrangers. Familiers parce que je les ai côtoyés longtemps. Inconnus parce qu'ils avaient changé, étaient nouveaux ou bien parce que je les avais oubliés.

Quand ils relevaient du souvenir, ils étaient pour moi transformés, donc neufs. Partie de toutes ses impressions, j'ai tenté de récolter des moments sonores spécifiques à Berlin. Et pour cela, je me suis beaucoup inspirée de Walter Benjamin et de son amour pour la poésie des petites choses.

L'autre artiste dont je me suis inspirée est Wather Ruttmann. J'ai repris de son film Berlin, symphonie d'une grande ville la construction. Et de façon beaucoup plus modeste, Impressions berlinoises débute le matin, en passant par l'école, le déjeuner d'habitués très berlinois dans un snack à Schöneberg, l'après-midi d'un garçon qui prépare la Bar Mitzvah, le coucher des enfants et la nuit à Berlin. Enfin, puisque c'est une émission tout à fait subjective et personnelle, je n'y rencontré que des personnes que je connais et qui me sont proches." Sandrine Jorand

Une émission conçu et réalisée par Sandrine Jorand.

Avec, par ordre d'apparition :

  • Frau Grundmann et ses élèves : Berfin, Rafael et les autres
  • Hans-Jörn Brandenburg, voisin musicien
  • Les habitués du la Imbissbude, snack de Bayerischer Platz à Schöneberg
  • Dan, un voisin, préparant la Bar Mitzvah
  • Astrid et ses enfants Malu et Robin à l'heure d'aller au lit

Musiques :

  • Compositions de Hans-Jörn Brandenburg : Pixel Piano etc
  • Le groupe Tronthaim, musique composée en accompagnement du film Berlin, symphonie d'une grande ville de Wather Ruttmann
  • Giora Feidman & Ensemble, Yiddish soul
Les Centaures. [Katrin Eissing - DR]

En 1995, le Théâtre du Centaure s'installe au Parc Pastré, à l'extrémité sud de Marseille et à l'entrée des Calanques. Un lieu d'utopies ? Un lieu de réalisation de ces êtres hybrides à la jonction de l'humain et de l'animal. Au centre de Les centaures et le temps suspendu, nous découvrons les artistes Camille et Manolo: leurs œuvres, leurs passions et leurs idéaux. Ils nous parlent de cette rencontre entre l'animalité et l'humain qu'ils poursuivent depuis des années, de leur façon de faire surgir cette créature utopique dans le monde réel, mais aussi du frémissement de la peau du cheval en gros plan dans les films qu'ils tournent.

Puis ils évoquent la TransHumance: cette grande traversée de la Provence à l'occasion de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, à laquelle ont participé les acteurs du Théâtre du Centaure, les cavaliers de France et d'Italie, les vaches, les moutons... qui ont traversé Marseille, du Vieux-Port aux plages du Prado en passant par la Corniche, durant toute la matinée du 9 juin 2013. Ce jour-là, Marseille était immobilisée, sans voiture, ni véhicule, mais envahie par les bruits de la nature. À cet instant, le temps est apparu comme suspendu et juste à la centauresse Camille, qui en était la figure de proue.

Nous entendons aussi Camille et Manolo lire des poètes, adeptes de la Grèce antique et des figures mythologiques à l'instar du centaure, mais aussi du poète Henri de Régnier:

Jadis, j'étais heureux d'être semblable aux miens.

Sans désir, je vivais aux champs thessaliens,

Satisfait de mon sort et content de ma force,

Par la croupe, cheval, mais homme par le torse,

Centaure ! et j'écoutais fièrement dans l'écho

Retentir et sonner mon quadruple sabot.

Un sang double et divers se mêlait dans mes veines.

J'aimais les bois, les monts, les torrents, les fontaines,

La sueur qui mouillait mon poil et, sur ma peau,

Attestait noblement mes robustes travaux.

Tout au long de Les Centaures et le temps suspendu, quelques fenêtres sonores avec la voix de Pascale Picard, commissaire de l'exposition Rodin, la lumière de l'Antique, évoquent le centaure dans l'oeuvre d'Auguste Rodin, mais aussi chez les Grecs et Jean Cocteau, créant des parallèles: "L’idée de réinventer son hybride sur mesure a intéressé Rodin qui, dans le domaine de l'Antiquité, s’est intéressé aux faunesses, aux faunes, aux Minotaures. Il déstructurait ces êtres doubles pour les recomposer au gré de ses fantasmes ou de ses recherches esthétiques et artistiques". Mais l'idée essentielle de Les centaures et le temps suspendu est celle des croyances de Camille et Manolo. Car, porteurs d'une mythologie contemporaine, ils espèrent changer le monde tel qu'il est, grâce aux utopies.

 

Une émission de Sandrine Jorand, réalisée en collaboration avec Patrick Lenoir.

Avec :

  • Camille et Manolo, créateurs et directeurs du Théâtre du Centaure
  • Pascale Picard, commissaire de l'exposition Rodin, la lumière de l'Antique, présentée à Paris du 19 novembre 2013 au 16 février 2014 au Musée Rodin
  • Lucie Lebey, écuyère au Théâtre du Centaure

Lectures, extraits de :

  • Le Centaure de Maurice de Guérin, lu par Manolo
  • Nessus de José-Maria Heredia, lu par Camille
  • La sandale ailée d'Henri de Régnier, lu par Camille et Jean-Luc Rieder

Musiques :

  • Bande originale du film In the Moon for love, composée par Michael Galasso, film de Wong Kar-Wai
  • Parade d'Erik Satie
  • Compositions sonores de Pierre Armand pour Glaise, TransHumance et de Nicolas Lespagnol-Rizzi pour Cargo du Théâtre du Centaure

Bibliographie :

  • Rodin, la lumière de l'Antique, sous la direction de Pascale Picard, édité par Gallimard et Le Musée départemental Arles antique, 2013
  • TransHumance, Marseille Provence 2013, avec les photos de Lionel Roux, édité par Actes Sud, 2013
  • La sandale ailée, 1903-1905 d'Henri de Régnier, édité au Mercure de France, 1906
  • Poésies complètes de José-Maria Heredia, édité par Archive Kareline, 2009

Cette émission a été co-produite avec l’émission Sur les Docks sur France Culture (diffusion le 28 novembre 2013, production Irène Omélianenko).

[Nouvelle diffusion du 1er décembre 2013]