Charter pour l'enfer

A l'aéroport de Bangkok, un jeune Français se fait arrêter par les douaniers. Dans sa valise, ils trouvent 200 grammes de poudre blanche, de l'héroïne. Marc est un toxicomane devenu passeur de drogue, une "fourmi". Devant la caméra, suant d'angoisse, il s'effondre : "Je plonge, je ne verrai pas grandir mon fils". Il sait qu'il va prendre 30 ans de prison, c'est le tarif minimum fixé par la loi thaïlandaise.

A Chiangmai, dans le Nord de la Thaïlande, dans ce triangle d'or où pousse le pavot, les "fourmis" viennent se ravitailler. Dans le bar de la ville, un jeune Français, un dealer, accepte de rencontrer Hervé Chabalier et Jean-Pierre Moscardo et de leur raconter comment il trafique, comment il paie les policiers thaïs pour ne pas être inquiété...

Dans cette ville encore, quatre des sept Français qui sont détenus pour affaire de drogue, sont exceptionnellement conduits au parloir de la prison où l'équipe TV les filme et les interroge. Ils expliquent comment la drogue circule dans la prison, comment, à l'intérieur des murs, ils se "shootent" bien plus qu'avant. Une jeune Française montre son poignet : elle a tenté, six jours plus tôt, de se trancher les veines. Elle n'en peut plus. Prise avec moins de 10 grammes d'héroïne, elle risque dix ans de prison. Ses parents ont déjà versé 35'000 dollars pour tenter de la faire libérer. Elle n'y croit plus; elle pleure.

A Bangkok, au tribunal, les journalistes parviennent à filmer deux jeunes Français, les chaînes aux pieds, à la manière des forçats d'un autre temps... Patrick risque 30 ans de prison. A Ivry, sa mère sanglote : "Jamais plus je ne le reverrai. Il voulait faire la route, il a connu la drogue en Inde; à Paris, pour pouvoir payer sa poudre, il s'est mis à trafiquer..."

Aucune télévision n'avait pu jusqu'à ce jour pénétrer dans une prison thaï, interviewer des détenus, les montrer enchaînés. Sans autorisation, les journalistes ont fait des dizaines de tentatives et ont rusé en permanence pour réaliser ces scoops.

En Inde, où ils sont partis à la recherche d'autres prisonniers de la drogue - ceux qui croupissent dans les taudis de Bombay et de New-Dehli, au corps délabré, squelettiques, avec pour unique préoccupation de trouver chaque jour la dose de poudre - l'équipe a filmé ces épaves qui arrivent à bout de forces dans les bureaux du Consulat de France... Terribles dialogues entre un diplomate et de jeunes paumés : "Vingt roupies, Msieur, vingt roupies, je n'ai plus rien à manger..." Mais personne n'est dupe : ces 20 roupies-là serviront à acheter la dose de morphine...

C'est un terrible voyage avec ceux qui sont allés au bout de la drogue et dont beaucoup ne reviendront jamais que la TV française a pu filmer. Émission cauchemar sans doute, émission de prévention d'abord.