Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer !

Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer !

L'émission du 8 décembre 2009

Le chocolat, c'est la dernière chose dont les gens se privent ! Slogan de fabricant ? Pas sûr ! Anti-déprime, anti-fatigue, le chocolat a plusieurs vertus, côté face. Côté pile, si vous remontez la filière jusque chez les petits producteurs d'Afrique de l'Ouest, la réalité n'est plus voluptueuse du tout ! Des milliers d'enfants exploités travaillent dans les plantations de cacao.


Merci pour le chocolat


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer !Merci pour le chocolat Les fabricants suisses de chocolat
espèrent bien pouvoir échapper à la crise et faire du chiffre en
cette période de fêtes! Du côté des consommateurs, il n'y a pas de
mal à se remonter le moral, à fondre de plaisir avec une bouchée de
chocolat. Mais d'où vient-il ce chocolat ? Remontons la filière,
avec un reportage de Marianne Kägi, de Kassensturz, adapté et
complété par l'équipe d'ABE.





Avec plus de 12 kg par personne et par année, le marché du
chocolat en Suisse est saturé. Nous en sommes les plus grands
mangeurs au monde. Le plus grand producteur du monde de cacao, est
la Côte d'Ivoire : 35% de la production mondiale vient d'ici. La
région fait partie de « la ceinture du cacao » ; chaude et humide,
elle est idéale pour le cacao.





700 000 paysans travaillent en Côte d'Ivoire, le plus souvent sur
de petites parcelles. Le travail est pénible et rapporte peu.
Viktor Kabore, père d'une famille nombreuse: « On ne sait pas
comment on va faire, nous n'avons pas l'argent pour payer la
scolarité. Et si quelqu'un tombe malade, nous n'arrivons pas à
amener le malade à l'hôpital».


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer ! Dans la famille Kabore, tout le
monde doit travailler. Les enfants commencent à l'âge de huit ans.
Ils doivent manier des machettes lourdes et aiguisées pour ouvrir
les cabosses, extraire la pulpe et les fèves de cacao, et ce de
l'aube au couché du soleil. De tous les enfants de Kabore, Bernard
est le seul qui ait pu passer quelques années sur les bancs
d'école. Mais il n'est pas sûr qu'il puisse continuer; ça dépendra
des revenus de la récolte.





Marie, 16 ans, aurait bien aimé pouvoir apprendre autre chose que
le travail domestique et la récolte du cacao. « Le cacao ne
rapporte pas assez d'argent. Voilà pourquoi je travaille tous les
jours dans la plantation. Les autres enfants sont dans la même
situation, à l'image de Jérome: « Depuis que j'ai huit ans, je
travaille dans les plantations de cacao. Comme je ne suis jamais
allé à l'école, je ne pourrai certainement jamais faire quelque
chose d'autre ».


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer ! Il y a pourtant une école dans les
parages. Les cours auraient dû commencer il y a déjà plusieurs
semaines, mais l'école est vide. Les parents n'ont pas encore vendu
suffisamment de fèves de cacao. L'instituteur, Jacques Dabo Kouaho
doit se contenter de faire la classe à ses propres enfants : « Les
parents qui sont paysans ne peuvent souvent pas assumer la
scolarité. Parfois, le prix du cacao descend, les parents ne
peuvent pas inscrire leurs enfants. Des enfants n'ont pas pu aller
à l'école pendant certaines périodes à cause du prix du cacao
».





Retour sous les cacaoyers de la famille Kabore : ce jeune garçon,
qui travaille dur et ne fait jamais de pause, s'appelle Daniel, il
a 15 ans. Le chef de la famille Viktor Kabore, a d'abord refusé que
Daniel nous accorde une interview. On comprend mieux sa réticence
en apprenant que Daniel est un enfant-esclave venu d'un pays
voisin, le Burkina Faso. Daniel : « Un homme m'a emmené et m'a dit
que je travaillerai dans le cacao ». Qui est cet homme ? Daniel ne
le dira pas.





Depuis cinq ans, Daniel travaille en Côte d'Ivoire. Il n'a plus
revu ses parents qui sont restés au Burkina Fasso. Ils lui
manquent, surtout après une journée de travail difficile.





Chaque récolte demande un travail considérable. Les planteurs de
cacao en Côte d'Ivoire, qui emploient des enfants originaires de
pays voisins encore plus pauvres, ne sont pas une exception. Selon
Victor Kabore: « Il y a beaucoup de boulot. Mais si tu n'as pas les
moyens, comment tu peux faire ? Tu vas te débrouiller».





Se débrouiller signifie engager des enfants. Ceux-là sont âgés de
5 à 12 ans, originaires du Burkina Faso. Comme Daniel, ils auraient
dû travailler dans les plantations de la « ceinture du cacao » . En
juin dernier, leur rabatteur s'est enfui, les autorités ivoiriennes
ont pu ramener les enfants à leurs parents. Ce qui est plutôt rare
!


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer ! Près de 250'000 enfants travaillent
dans des plantations en Afrique de l'Ouest. Parmi eux, 15'000 sont
des enfants-esclaves. Ce sont les chiffres que citent et dénoncent
différentes organisations, dont la Déclaration de Berne. Géraldine
Viret, responsable communication & campagne à la Déclaration de
Berne explique que ces enfants exercent un travail dangereux, sont
mis à l'écart de la scolarité et voient ainsi se réduire leurs
chances de sortir du cercle vicieux de la pauvreté.





A Abidjan, les autorités ivoiriennes considèrent l'esclavage des
enfants comme de l'histoire ancienne. La situation serait celle de
jeunes enfants travaillant de manière épisodique, selon Malick Adam
Tohe, Secretaire Executif du Systeme de Suivi du Travail des
Enfants. La Côte d'Ivoire a signé un Protocole, adopté une
législation contre le travail des enfants.





Autre problème, dans la filière du cacao, c'est l'intervention de
trop nombreux intermédiaires. Ce sont les pisteurs qui achètent les
fèves aux paysans. Dès que le pisteur entre au village, les paysans
emballent les fèves de cacao dans des sacs pour les vendre tout de
suite. Car personne ne sait si un autre acheteur viendra, ni quand.
Conséquence: un problème de qualité, car souvent le cacao n'est pas
suffisamment sec ou fermenté. Mais les paysans ont souvent un
besoin pressant d'argent ; ils dépendent donc entièrement de
l'intermédiaire et des prix qui varient.





Aujourd'hui, le pisteur est d'accord de payer 1.50 francs le kilo
de cacao, le paysan recevra 850 francs en tout pour sa récolte, qui
représente 6 mois de travail de toute la famille. Puis, le pisteur
revendra les fèves à un autre intermédiaire. Chacun calcule ses
frais, sa marge, et ce qui reste revient au planteur de cacao.


De nombreux producteurs de chocolat n'achètent pas directement
leur cacao aux pisteurs, ni à d'autres intermédiaires locaux, mais
auprès de multinationales comme Barry Callebaut. La société, dont
le siège est à Zurich, est le No1 des produits à base de cacao et
de chocolat. Son usine de San Pedro engloutit des milliers de
tonnes de fèves par an.





En étant présente en Côte d'Ivoire, Barry Callebaut peut s'assurer
sur place qu'elle obtient la qualité et les volumes de cacao dont
elle a besoin. Paul De Petter, Manager Afrique de Barry Callebaut
avoue que la traçabilité du cacao n'est pas garantie à 100%. « Nous
nous procurons 62 % des fèves auprès de coopératives. Nous les
contrôlons relativement bien. Les coopératives sont surveillées de
manière permanente, nous connaissons les paysans. Pour les 40% de
fèves restant, nous savons peu de choses. Ce sont des
intermédiaires qui nous les procurent et nous n'avons pas de
système de traçablité».





Comme 20% du poids du cacao finit en déchets, il est plus rentable
pour Barry Callebaut de traiter les fèves en Côte d'Ivoire et de
fabriquer une masse semi-finie, moins lourdement taxée à
l'exportation.





Paul De Petter avoue ne pas pouvoir garantir à 100% qu'aucun
enfant ne soit exploité sur les plantations de cacao avec
lesquelles il traite. Pour la Déclaration de Berne, le recours à la
main-d'œuvre bon marché des enfants esclaves s'explique par les
prix d'achat trop bas.





Heureusement, en Côte d'Ivoire, certains planteurs s'en sortent
mieux. Les habitants du village Kouassi Koua Kro, par exemple,
produisent du cacao pour une coopérative de commerce équitable. Un
prix minimum et stable leur est garanti. Leurs enfants vont à
l'école et quand ils sont de retour, ils mènent une vraie vie
d'enfant.





La coopérative certifiée «commerce équitable» reçoit en plus une
prime de 150 dollars par tonne de cacao vendu. Avec cet argent, ses
membres ont pu financer un puits qui a amélioré la vie du village.
Il n'y a pas de pisteur ici : les habitants du village apportent
leur cacao à la centrale de la coopérative où la qualité des fèves
est testée.





Le label « commerce équitable » serait-il une garantie à 100%
qu'aucun enfant ne travaille de manière forcée? Selon Bernhard
Herold, directeur qualité et coopération internationale chez Max
Havelaar, le contrôle est constant. En cas de non-respect des
standards du label, une coopérative risque de perdre sa
certification.





Le cacao labellisé est un marché de niche. Sur 100 plaques de
chocolat vendues en Suisse, environ 1/2 plaque seulement est issue
du commerce équitable. Selon Bernhard Herold, les grands
producteurs de chocolat ne sont pas suffisamment intéressés à
reprendre le concept de commerce équitable. Il espère qu'à terme
cela va changer.





Retour chez la famille Kabore en Côte d'Ivoire. C'est le moment du
souper. Au menu, une portion de légumes et racines locales, c'est
tout. En guise de dessert, nous avons apporté du chocolat à Bernard
et à Daniel. Pour eux, c'est la toute première fois.


Quels sont les fabricants suisses de chocolat qui se
fournissent en Côte d'Ivoire ?


Quels sont les fabricants suisses de chocolat qui se fournissent en Côte d'Ivoire ?


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer ! Le groupe Nestlé et Suchard (Kraft
Food)





Côte d'Ivoire


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer ! Chocolat Frey (Migros)





Côte d'Ivoire : 500 tonnes par an, soit 5% de ses importations


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer ! Maestrani





Côte d'Ivoire : masse de cacao


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer ! Chocolat Bernrain





Côte d'Ivoire : 6% de l'approvisionnement, d'une coopérative «
commerce équitable »


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer ! Barry Callebaut





Côte d'Ivoire : des milliers de tonnes par an. La multinationale
vend son chocolat semi-fini à de nombreux fabricants de
chocolat.


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer ! Camille Bloch, Lindt , Favarger,
Felchlin





Ne contiennent pas ou plus de cacao de Côte d'Ivoire,





essentiellement pour une raison de qualité.


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer ! Cailler (Nestlé)





Ghana et l'Amérique du sud.


Du chocolat aux fèves de cacao : un voyage au goût amer ! Gysi et les Confiseries
Läderach.





Ne contiennent pas ou plus de cacao de Côte d'Ivoire


Halba (Coop)





Exigences en matière sociales et environnementales





A renoncé à acheter des fèves directement en Côte d'Ivoire


Christoph Inauen, Chocolats Halba, explique le choix de la
société de ne pas acheter de cacao en Côte d'Ivoire. « D'un côté,
il y a beaucoup d'intermédiaires, c'est très difficile de les
contourner et d'arriver à collaborer directement avec les paysans.
Il y a énormément de gens qui se font de l'argent, les tentatives
de se procurer directement le cacao là-bas sont donc extrêmement
risquées».


En 4 ans, les importations en Suisse de cacao de Côte d'Ivoire
ont sérieusement chuté. Un vrai problème !





Avec 6 représentants de la branche, Franz Schmid, directeur de
Chocosuisse, l'association faîtière des fabricants suisses de
chocolat, vient de rentrer d'un 2ème voyage en Côte d'Ivoire. «Le
but [de ce voyage], c'est de regarder où il est possible de se
procurer des fèves de qualité produites dans des conditions
sociales acceptables».





Pour Bernhard Herold, ce type de voyage n'est qu'un premier pas.
Les acheteurs de cacao « ne s'engagent pas encore suffisamment pour
résoudre la situation économique des producteurs. Je pense qu'il
faut plutôt un engagement politique».





Des engagements concrets, les fabricants de chocolats n'en
manquent pas, Nestlé, kraft Food et d'autres nous l'ont rappelé :
pour améliorer les rendements, former les agriculteurs, améliorer
la chaîne d'approvisionnement, les conditions sociales, l'accès aux
soins et à l'éducation... Géraldine Viret rappelle toutefois que
ces engagements restent souvent au niveau de projet. Selon Bernhard
Herold, la solution est pourtant simple : « Ce qui est important,
c'est que le producteur reçoive un prix stable... » Pour Franz
Schmid, le prix se fixe dans le cadre du marché.





Le cours du cacao continue de grimper de façon vertigineuse sur
bourse de New-York et de Londres. Déséquilibre croissant entre
l'offre et la demande, spéculation, les explications d'Isabelle
Mouilleseaux, rédactrice en chef de l'Edito Matières Premières, en
duplex de Paris ( vidéo)


Entretien avec Isabelle Mouilleseaux « Rédactrice en chef de
l'Edito Matières Premières », en direct de Paris


Entretien avec Isabelle Mouilleseaux « Rédactrice en chef de l'Edito Matières Premières », en direct de Paris


Bonus de l'émission

Merci pour le chocolat


Quels sont les fabricants suisses de chocolat qui se fournissent en Côte d'Ivoire ?


Entretien avec Isabelle Mouilleseaux « Rédactrice en chef de l'Edito Matières Premières », en direct de Paris

Merci pour le chocolat

Merci pour le chocolat

Quels sont les fabricants suisses de chocolat qui se fournissent en Côte d'Ivoire ?

Quels sont les fabricants suisses de chocolat qui se fournissent en Côte d'Ivoire ?

Entretien avec Isabelle Mouilleseaux « Rédactrice en chef de l'Edito Matières Premières », en direct de Paris

Entretien avec Isabelle Mouilleseaux « Rédactrice en chef de l'Edito Matières Premières », en direct de Paris