(Sur)emballage : déshabillez-moi !

(Sur)emballage : déshabillez-moi !

L'émission du 2 octobre 2007

Alors que les matières premières tendent à se raréfier, parmi lesquelles le pétrole, les étals continuent de proposer des marchandises allègrement, voire excessivement emballées. Ce gaspillage semble éclipsé par la mode du recyclage, qui ne résout pourtant pas tout.


L'emballage, une histoire millénaire


Au commencement, emballer était utile et nécessaire. Pour
protéger sa nourriture, l'homme commença par l'emballer dans des
peaux, des feuilles, puis vinrent le panier et les récipients.
Didier Louvier, directeur du Laboratoire du packaging à la Haute
Ecole d'Ingénierie vaudoise : « Les fonctions de conservation
remontent à l'Antiquité. Nos ancêtres de l'Egypte antique, voire
les Grecs, utilisaient déjà des amphores, qui protégeaient l'huile
d'olive et le vin de la lumière et l'air. »


Fonctions démultipliées


(Sur)emballage : déshabillez-moi ! Au fil du temps, les emballages se
substituent à ces ustensiles. Progressivement, leurs formes vont se
diversifier et se multiplier, de même que leurs fonctions : «
Il y a des fonctions techniques, dont l'objectif est d' assurer la
qualité jusqu'au consommateur. Il y a aussi des fonctions
marketing, l'emballage est un vendeur muet. Il y a encore deux
autres fonctions ou impératifs associés. Un impératif
environnemental : que va devenir l'emballage en fin de vie ? Et
tous les impératifs liés à la sécurité [du consommateur, du
transporteur...] ».






Ces nouvelles fonctions ne s'arrêtent pas là. Aujourd'hui,
l'emballage acquiert une fonction active puisqu'il peut interférer
avec le produit : ainsi certains emballages vous garantissent une
pizza ou des frites bien dorées en les cuisant seulement au
micro-ondes.


(Sur)emballage : déshabillez-moi ! Cette évolution laisse perplexe
Gérard Bertolini, chercheur au CNRS, qui étudie nos déchets depuis
trente ans : « Quand on déballe les courses, c'est un peu comme
un artichaut. Lorsqu'on l'a mangé et que l'on a enlevé toutes les
feuilles, celles-ci représentent un volume considérable. Dans la
poubelle, l'emballage équivaut en gros à un quart du poids de
celle-ci, mais son volume est absolument considérable. »


Un mode de vie qui s'emballe


(Sur)emballage : déshabillez-moi ! L'emballage, une histoire millénaire Pourtant, dans l'esprit du
consommateur, l'idéal de l'emballage est autre. Didier Louvier
:





« Le produit doit être impeccable. [L'emballage] doit être
pratique d'utilisation. Il doit avoir, peut-être, des fonctions
supplémentaires, par exemple que l'on puisse manger dedans. Enfin
se pose la question de la place qu'il va occuper dans la poubelle,
et comment il pourra être valorisé en fin de vie. »






La mode actuelle, ou plutôt le mode de vie d'aujourd'hui, avec
l'installation de la convenience food, nous projette bien loin des
préoccupations environnementales. Résultat : de l'emballage à
l'emballement, du durable au jetable, un monde qui se débat dans
ses déchets et des ressources qui s'épuisent.


Une montagne de déchets


La recherche planche sur des plastiques biodégradables à base
végétale. Toutefois, ils ne remplaceront pas totalement les
plastiques à base de pétrole avant longtemps. En attendant, les
déchets, dont de nombreux emballages inutiles, s'accumulent.


Fabricants peu concernés


(Sur)emballage : déshabillez-moi ! La durée de vie utile ainsi que le
coût environnemental et économique de nombreux emballages semblent,
aujourd'hui encore, échapper aux préoccupations de certains
fabricants et distributeurs. Dans les rayons d'un supermarché, on
trouve, par exemple, des rasoirs de 40 grammes empaquetés dans un
emballage qui fait le double de son poids ou des chocolats
généreusement dotés en emballages. Gérard Bertolini, chercheur au
CNRS, spécialiste des déchets : « Pour donner l'idée du luxe,
on met des emballages de luxe pour des produits qui peuvent être
très courants. En fait, ce luxe est dispendieux en terme de coût
pour le consommateur et l'environnement. Il y a une certaine
tricherie, de l'ordre du psychologique, qui veut que le
consommateur aime avoir quelque chose de lourd et volumineux.
»






Et l'on peut s'interroger encore sur la prolifération de boîtes,
certes réutilisables, mais que personne ne songera à conserver
systématiquement. Au bout du compte, cela donne beaucoup de
déchets. La Fédération romande des consommateurs, suite à un
sondage dans les communes ayant introduit la taxe au sac-poubelle,
a constaté que la taxe poubelle ne change pas grand-chose à
l'affaire. Aline Clerc, spécialiste environnement FRC : « 60%
des gens ont changé leurs habitudes de tri, grâce surtout à
l'ouverture de déchetteries, mais seuls 30% ont changé leurs
habitudes d'achat. »


Croissance envahissante


(Sur)emballage : déshabillez-moi ! Une montagne de déchets En 20 ans, la quantité de déchets a cru
de 30%, alors que population n'augmentait que de 14%. A la voirie
de Genève, cette augmentation saute aux yeux. Boris Woelflé, Chef
du Service Voirie de la Ville de Genève : « On sent qu'il y a
une exagération de l'utilisation des emballages. Par notre
personnel au front, nous avons pas mal de retours par rapport à ces
emballages, on voit qu'il y a une production supérieure
aujourd'hui. »
Aujourd'hui, 50% des déchets font l'objet d'une
revalorisation, mais la masse totale des déchets ne diminue pas :
660 kilos de déchets par an et par habitant. Comme un symptôme de
cet état de fait, Genève, à l'instar de la plupart des villes de
Suisse, lutte contre les détritus négligemment abandonnés sur le
domaine public, ou le « littering ». Boris Woelflé : « Le
littering, à la base, provient des emballages fournis par les
fast-food. Les déchets sont assez importants. Je pense qu'on peut
résoudre le problème, mais la solution est au plan fédéral plutôt
que communal. »
En clair, le défi à l'échelon national, c'est
désormais de réduire l'emballage à la source.


Urgent de ne rien faire ?


La Suisse s'est attachée à bannir les substances nocives
contenues dans les emballages, comme le PVC. Concernant le
recyclage des emballages de boissons, la réglementation indique
qu'on doit arriver à un recyclage minimum de 75% pour le verre,
l'alu et le PET, sinon une consigne pourrait devenir obligatoire.
Mais comment fait-on pour diminuer cette masse d'emballages à la
source ?


Autosatisfaction suisse


(Sur)emballage : déshabillez-moi ! La Suisse mène depuis 20 ans, en
collaboration avec les milieux concernés et sur une base
volontaire, une stratégie d'optimisation des emballages. Elle vise
à en supprimer les substances nocives, les alléger, ou à en prévoir
le recyclage.





Mathias Tellenbach, Chef de section à l'Office fédéral de
l'environnement : « Il y a eu des collaborations avec
l'économie et l'industrie pour les inciter à optimiser les
emballages. Les boîtes en aluminium, par exemple, sont beaucoup
plus légères qu'il y a quelques années. Il y a eu des progrès.Au
chapitre recyclage, nous avons l'impression que le bilan est très
satisfaisant si l'on compare avec les taux de recyclage d'autres
pays d'Europe ».






Au vu des nombreux plastiques qui prolifèrent actuellement dans
les emballages, la Confédération commence toutefois à s'interroger,
sans se presser : « Nous sommes en train de faire une étude sur
les flux des matières plastiques pour voir s'il y a des
possibilités d'augmenter le recyclage. Il est vrai que le recyclage
du plastique des biens de consommation n'est pas très élevé.
»


Citoyens-consommateurs responsables


(Sur)emballage : déshabillez-moi ! Urgent de ne rien faire ? Limiter les emballages plastiques et préserver
la ressource pétrole n'est pas une priorité du moment, à moins que
le Parlement ou les citoyens n'en décident autrement. Quant aux
fabricants de biens de consommation et distributeurs s'en réfèrent
eux au citoyen-consommateur pour justifier leur politique en
matière d'emballag (Cf interview du porte parole de la Coop,
seulement disponible en ligne).





En attendant, pour jouer pleinement de la pression citoyenne dont
l'Etat nous investit, notre spécialiste ès emballages, Gérard
Bertolini, chercheur au CNRS, suggère d'appliquer au quotidien le
raisonnement suivant :





« L'avenir du déchet, c'est sa disparition. A défaut, c'est le
réemploi, puis le recyclage. »
En dernier lieu vient
l'incinération, avec récupération d'énergie.





Bref, un monde où s'appliquerait la théorie des 4 R, par ordre de
préférence : Réduire - Réutiliser - Recycler - Récupérer la chaleur
d'un emballage incinéré.





Pour le professeur, s'affranchir de ces emballages trop souvent
dispendieux économiquement et écologiquement passe par une
meilleure information de la population. Une information qui doit
porter sur le monde des plastiques et la promotion d'autres modes
de vie et de distribution.


Recyclage des différents plastiques


(Sur)emballage : déshabillez-moi ! Le recyclage, lorsqu'on ne peut se
débarrasser complètement d'un emballage, c'est le moindre mal. A
cette enseigne, tous les plastiques ne sont pas équivalents, ce
qu'indique une signalisation complexe (retrouvez ci-contre les
codes des différents plastiques et leur utilisation).





Swisspolymera a développé un processus qui lui permet d'accueillir
des mélanges de plastiques et de les recycler ainsi. Explications
d'Alain Berset, directeur de Swisspolymera : « Il y a une phase
de prétraitement, qui correspond à l'accueil, au déchiquetage, au
triage et au lavage des déchets[...]. Ensuite, nous allons prendre
ce mélange de paillettes plastiques qui sort du prétraitement pour
homogénéiser le mélange et en faire une matière unique, très proche
du polyéthylène. »






Les clients de Swisspolymera utilisent ce produit fini pour
fabriquer palettes, harasses, couvercles et autres canalisations.
« En moyenne, sur un arrivage, on va récupérer 70% des produits
et 30% va partir à l'incinération ».


Déchiffrer les pictogrammes


Quant aux pictogrammes apposés sur les produits de consommation
en vue de recyclage, c'est un peu la jungle. L'harmonisation n'est
pas encore au rendez-vous comme le démontre Aline Clerc ,
spécialiste environnement de la FRC : en prenant 3 boîtes de
conserve de raviolis différentes, on trouve 3 indications
différentes, ainsi pour les uns, la boîte ce recycle avec le fer
blanc, alors que pour un autre il conviendrait de la jeter.


(Sur)emballage : déshabillez-moi ! Autre difficulté qu'affronte le
consommateur les sigles à la signification méconnu comme le point
vert :





Aline Clerc, spécialiste environnement de la Fédération romande
des consommateurs : « Ce logo est valable seulement en Europe
et pas en Suisse. Cela indique que le fabricant contribue
financièrement à un système de collecte et recyclage des déchets.
Cela ne signifie ni que l'emballage est fait à partir de matériaux
recyclés, ni qu'il pourrait être recyclé. »






Le ruban à 3 flèches, lui, signifie soit que le matériau utilisé
est recyclé, soit qu'il est recyclable.





Le R indique de manière certaine que le matériau est recyclable.
En Suisse, il est souvent associé à l'aimant qui signifie qu'il
s'agit de fer blanc, de tôle recyclable.


(Sur)emballage : déshabillez-moi ! Recyclage des différents plastiques Dernières difficultés, le fait que
les pictogrammes employés par les déchetteries ne soit pas les même
que ceux apposés sur les produits, par exemple : les déchetteries
utilisent le hérisson pour désigner les déchets compostables, alors
que le pictogramme (une sorte de petit bourgeon, cf sujet en ligne)
apparaît en Suisse parfois accompagné de la mention allemande
kompostierbar, soit compostable. Il est notamment apposé sur les
emballages en plastique biodégradable à base d'amidon de maïs.
Biodégradable, mais à certaines conditions, si bien que ces
emballages ne sont en général pas acceptés dans les composts. «
Il n'y a pas de coordination entre ceux qui mettent sur le marché
ces produits avec le logo compostable et les exploitants
professionnels , ce que nous regrettons à la FRC. Il faudrait un
langage clair pour le consommateur ».


Entretien avec Philippe Roch, consultant international en
environnement


Entretien avec Philippe Roch, consultant international en environnement Disponible seulement en
vidéo.


Bonus de l'émission

L'emballage, une histoire millénaire


Une montagne de déchets


Urgent de ne rien faire ?


Recyclage des différents plastiques


Entretien avec Philippe Roch, consultant international en environnement

Sommaire

Sommaire

L'emballage, une histoire millénaire

L'emballage, une histoire millénaire

Une montagne de déchets

Une montagne de déchets

Urgent de ne rien faire ?

Urgent de ne rien faire ?

Recyclage des différents plastiques

Recyclage des différents plastiques

Entretien avec Philippe Roch, consultant international en environnement

Entretien avec Philippe Roch, consultant international en environnement

La semaine prochaine...

La semaine prochaine...