ABE teste les anti-moustiques - Enquête sur le pillage des données personnelles des voyageurs par les Etats-Unis

L'émission du 10 juin 2003
Les moustiques aiment la chaleur et l'humidité. [Keystone]

Les moustiques aiment la chaleur et l'humidité. Ils ont colonisé
toute la planète à l'exception des régions perpétuellement froides
comme on en trouve dans l'antarctique. Les plus communs de ceux que
l'on trouve chez nous vivent en moyenne un mois, mais certaines
variétés hibernent et peuvent atteindre l'âge de six mois. Ils ont
bien quelques prédateurs comme les araignées, les chauves-souris,
les oiseaux, mais leur multitude et leur rapidité de reproduction
les mettent à l'abri de l'extinction. L'homme est aussi un
prédateur sérieux, mais, comme les bactéries, le moustique est
capable de développer des résistances. Avant de tester l'efficacité
des répulsifs qui existent sur le marché, nous allons observer d'un
peu plus près quelques membres de l'ordre des Diptères.


Présentation du héros


ABE teste les anti-moustiques Le moustique, l'insecte que tout le
monde a écrasé au moins une fois dans sa vie, un insecte vieux de
400 millions d'années. Il a conquis la terre ferme bien avant
l'homme. Et cela, même s'il est conçu dans l'eau, propre ou
polluée, et prolonge sa vie dans les airs. On compte aujourd'hui
plus de 3000 espèces différentes, ce qui représente plus des deux
tiers du règne animal.





Jean-Paul Haenni est biologiste au Musée d'Histoire Naturelle de
Neuchâtel, spécialiste en insectes. Pour étudier le moustique, il
en ramène régulièrement de ses différentes promenades, en Suisse ou
ailleurs. Actuellement, dans son musée, il entretient même une
colonie de moustiques, des culex pipiens, l'espèce la plus
fréquente en Suisse et en Europe.





Au stade larvaire, mâles et femelles sont similaires. Il faut
attendre la métamorphose de la larve en nymphe pour que les deux
sexes se différencient. Contrairement à la femelle, le mâle fait
apparaître des antennes plumeuses. Ces récepteurs sensoriels lui
permettent d'être sensibles au bruit des femelles lorsqu'elles
volent. Son but sera alors de remplir son rôle biologique, cadeau à
l'appui. Après l'accouplement, la femelle a besoin d'un apport
supplémentaire en protéines pour mener ses œufs à
maturité. Elle part donc en quête de chair fraîche pour se gorger
de sang. Ces dames visent les vertébrés ou parfois des oiseaux ou
des grenouilles. Mais une chose est sûre, leur péché mignon, c'est
le sang de l'être humain. En fait, chaque fois que vous avez été
victime de la piqûre d'un moustique, vous avez contribué bien
malgré vous à la survie de l'espèce.





Si on ne sait pas exactement quel est l'angle de vue d'un
moustique, on sait que les mouvements et les couleurs sombres
l'attirent. De même que certains types de transpirations. On dit
souvent qu'il y a des sangs ou des peaux à moustique. Mais, en
réalité, il n'y a que des transpirations à moustiques. C'est votre
système hormonal qui dicte la loi. Une manière élégante de dire
qu'on ne naît pas tous égaux devant un moustique.





Les mâles, eux, ne piquent jamais. Ils se nourrissent
essentiellement de nectar de fleurs et mènent une vie un peu
monotone, au cours de laquelle ils ne s'accouplent généralement
qu'une seule fois. La femelle, elle, peut être fécondée jusqu'à
trois fois, pour autant, bien sûr, qu'elle ait pu vous piquer sans
être écrasée pendant sa manœuvre. Après quoi, son besoin
sera de viser un plan d'eau pour déposer ses œufs, entre
50 et 300, selon l'espèce.





En résumé, les mâles ne piquent pas, sauf chez les moustiques
hématophages qui se nourrissent du sang des mammifères. Sous nos
latitudes, les femelles ne piquent donc que pour assurer leur
descendance, pas pour se nourrir. Ce qui provoque le bouton,
c'est-à-dire l'inflammation autour de la piqûre de l'insecte, c'est
la substance anesthésique qu'il dépose pour que la ponction soit
indolore et qu'on ne l'écrase pas. Si le moustique s'était arrangé
pour que cela ne provoque pas cette réaction, on le laisserait bien
volontiers prélever un peu de sang pour ses petits, mais voilà, ça
démange et on n'aime pas ça! L'autre problème, ce sont les maladies
véhiculées par les insectes. En piquant, ils peuvent transmettre
des parasites, des virus ou des bactéries. La maladie la plus
connue et la plus meurtrière transmise par les moustiques est la
malaria. Il faut savoir qu'elle a sévi chez nous jusqu'au début du
20ème siècle. On trouvait des moustiques porteurs de la malaria
dans le sud de la France et jusque dans les marais en Suisse. Ce
n'est qu'en les asséchant et en ayant recours à des insecticides à
grande échelle, que l'on a pu se débarrasser du paludisme en
Europe. Ailleurs, il continue à sévir. Sous nos latitudes, le
moustique n'est pas dangereux, mais plus l'on monte vers le nord,
plus il peut être énorme et attaquer en nuée.


Le point sur les maladies transmises par les moustiques...


ABE teste les anti-moustiques Le moustique n'est l'ami de
personne. En Finlande, on consacre même le meilleur tueur de
moustique du pays. Un concours pour le moins insolite qui démontre
bien que cet insecte est une menace, dont il faut parfois se
venger.





Les Etats-Unis ont vécu leur psychose du moustique il y a quatre
ans. La cause? Le virus du Nil, un virus meurtrier pour l'homme,
transmis par des moustiques qui se nourrissent d'oiseaux en
provenance d'Afrique ou d'Asie. A grand coup d'insecticides, la
police s'est lancée à l'assaut de l'insecte. Mandat de perquisition
à l'appui, elle a même fouillé des logements pour rechercher
d'éventuels nids à moustique. Mais le moustique fait principalement
d'autres ravages, dans les régions tropicales et subtropicales, là
où les ménages conservent leur eau et où l'évacuation des déchets
est insuffisante.





Parmi les plus connues, il y a la dengue, une maladie infectieuse
qui peut être guérie si l'on s'en occupe tout de suite et de
manière intensive. Et puis, il y a la fièvre jaune, une maladie
virale pour laquelle on a trouvé un vaccin.





Mais il est un mal encore indompté, transmis par les moustiques
anophèles, c'est la malaria ou paludisme, la maladie parasitaire la
plus fréquente et la plus meurtrière au monde. Chaque année, le
palu, comme on dit, tue près de deux millions de personnes,
essentiellement des enfants de moins de 5 ans et des femmes
enceintes.





En piquant l'homme, le moustique injecte le parasite. Il migre
vers le foie, via la circulation sanguine. Là, il se divise pour
donner naissance, en quelques jours, à des milliers de nouveaux
parasites qui envahissent votre corps.





Jusqu'ici, se cacher sous une moustiquaire est la méthode la plus
sûre pour se protéger de la maladie. Mais ce n'est pas vraiment la
solution. Il existe des traitements de prévention, voire même des
médicaments capables de ralentir le processus de la maladie, mais
aucun vaccin n'a été trouvé jusqu'ici.





Au CHUV à Lausanne, Bernard Genton est spécialiste des maladies
tropicales. Au Service des vaccinations, il reçoit en moyenne 100
personnes par jour qui partent dans des régions à risque. Pour la
malaria, par exemple, il ne peut proposer que des médicaments
préventifs et conseiller de dormir avec des vêtements longs et des
moustiquaires.


ABE teste les anti-moustiques Pourtant, un vaccin, on y court
après partout dans le monde. Comme ici, à Lausanne, à l'Institut de
biochimie de l'Université. Giampetro Corradin et son équipe y
travaillent depuis plus de 20 ans. Sur place, ils entretiennent une
colonie de moustiques parce que c'est le seul moyen de maintenir un
cycle de malaria. Comme pour tout vaccin, c'est avec le parasite
lui-même que l'on travaille.





On y élève des colonies d'environ 2000 à 3000 moustiques. Une
partie va être utilisée pour maintenir le stock de moustiques et
une autre partie pour la recherche que l'on est en train de
développer. Dans ces élevages, les moustiques sont encore sains.
C'est en piquant des souris endormies et infectées de malaria que
les insectes attraperont à leur tour la maladie. Cela prend environ
18 ou 20 jours pour que les moustiques développent la malaria au
niveau des glandes salivaires.





On prend les sporozoïtes pour faire différentes recherches. Les
sporozoïtes, ce sont les parasites agents du paludisme. En les
analysant, on cherche une protéine sur 5000, celle sur laquelle on
va travailler pour la mise au point d'un vaccin. Il faudra ensuite
la tester sur des souris, avant de passer à des essais sur l'être
humain.





Et lorsque l'on déniche une éventuelle solution en Suisse, rien
n'indique qu'elle sera efficace dans les régions tropicales, où les
conditions de vie sont différentes. Tant qu'un vaccin n'est pas
trouvé, la maladie continuera de tuer.





La lutte contre la malaria se heurte à de nombreux obstacles. Le
moustique développe des résistances aux insecticides. Le parasite
de la malaria, lui aussi, intègre des mutations qui le rendent
résistant aux médicaments et, comme la malaria touche
essentiellement les pays les plus pauvres de la planète, la
recherche dans ce domaine n'est pas une priorité de l'industrie
pharmaceutique. Si la lutte contre le paludisme avait obtenu la
moitié de ce qu'on a mis dans la recherche contre le sida, il est
probable que l'on disposerait aujourd'hui d'un vaccin efficace. Le
seul moyen actuellement de se prémunir, en plus de la prophylaxie
recommandée pour les pays à risque, c'est de multiplier les
obstacles entre l'homme et l'insecte: se couvrir, dormir sous une
moustiquaire, s'enduire et enduire la moustiquaire de produits
répulsifs appelés aussi repélants. Nous avons acheté 14 de ces
anti-moustiques disponibles sur le marché romand, 10 sont à
appliquer directement sur la peau, les 4 autres sont des diffuseurs
d'insecticides à brancher dans une prise électrique. C'est
l'Institut tropical suisse à Bâle qui a effectué pour nous les
analyses d'efficacité.


Sprays et lotions à appliquer sur la peau


ABE teste les anti-moustiques D'abord, les sprays et autres
lotions à appliquer sur la peau. Sur nos dix anti-moustiques de ce
type, deux sont composés d'extraits naturels.





Tous les autres sont composés de substances synthétiques,
notamment, pour 4 de nos produits, du DEET, le diminutif de
diethyl-toluamide, une substance neurotoxique.





Aucun de ces produits ne tue les moustiques. Ils les éloignent de
leur proie. Pas de réels dangers à l'application. Seules les
muqueuses de la peau peuvent être légèrement endommagées par le
DEET. Mais, pour en arriver là, il faut en appliquer plusieurs fois
par jour pendant une très longue période.





Avant de connaître l'efficacité de ces produits, nous avons
demandé au professeur de pharmacologie de l'Uni de Lausanne,
Jacques Diezi, s'ils contenaient des substances dangereuses: "C'est
une substance qui est toxique à l'égard du système nerveux à dose
élevée. Mais une utilisation limitée en surface et en durée, et qui
s'applique le moins possible à des enfants en bas âge, fait que les
risques sont faibles."





Pour ce test, 10 volontaires se sont enduit les bras de nos
produits une heure avant le début des opérations. Ils se sont caché
les mains pour ne pas avoir à subir des piqûres entre les doigts
spécialement désagréables. Et hop… ils ont plongé dans la
gueule du loup. En l'occurrence, des cages contenant entre 200 et
300 moustiques, des mâles comme des femelles. C'est cruel, mais
pour Werner Rudin, c'est le seul moyen de comprendre le
comportement des moustiques...





Bernard Rudin: "On a découvert que, pour qu'il y ait de l'effet,
il faut que le moustique soit désorienté. Il est important de
savoir que c'est la combinaison entre la transpiration et le
produit qui attire ou refoule le moustique. On ne peut pas tester
le produit tout seul, cela n'a pas de raison d'être."





Chaque bras a passé dans cette cage 10 minutes toutes les heures
pendant huit heures. Nos testeurs notaient chaque passage d'un
moustique sur la peau et, bien sûr, chaque piqûre.


Résultats: TRES EFFICACE


Quatre produits sont jugés très efficaces, ce sont les quatre
produits qui contiennent du DEET.


ABE teste les anti-moustiques Anti Brumm Forte, vendu en
pharmacie à 8 francs 60/100 ml. Notre testeur n'a été piqué que 4
fois après la huitième heure d'exposition. Avant ce stade, les
moustiques ne se seront que rarement posés sur la peau, sans faire
de mal.


ABE teste les anti-moustiques Anti Insect Extra, vendu à la
Migros au prix de 4 francs 50/100 ml. Une piqûre à la septième
heure et deux à la huitième. Un total de trois piqûres en huit
heures d'exposition.


ABE teste les anti-moustiques Exopic Forte 12 Spray, vendu en
pharmacie à 14 francs 80/100 ml. Il aura fallu attendre la septième
heure pour que notre testeur soit piqué à cinq reprises.


ABE teste les anti-moustiques Kik Activ, vendu en grandes
surfaces au prix moyen de 8 francs 15/100 ml. Une première piqûre à
la cinquième heure et trois après la sixième heure. On peut donc
aussi qualifier ce produit de très efficace.


EFFICACE


Trois produits sont jugés simplement efficaces. Globalement, il
n'y a pas grand chose à leur reprocher, si ce n'est que leur
efficacité dépendra de votre transpiration.


ABE teste les anti-moustiques Autan Active Pump Spray, vendu en
pharmacie à 12 francs 80/100 ml. Sur notre sujet, une piqûre après
deux heures et trois après cinq heures.


ABE teste les anti-moustiques Anti Brumm naturel, vendu en
pharmacie au prix de 9 francs 95/100 ml. C'est le seul produit sans
agent actif synthétique qui peut être considéré comme efficace. La
transpiration de notre sujet a toutefois attiré les moustiques
assez vite: une piqûre après une heure, une autre après quatre
heures et quatre encore après la cinquième heure.


ABE teste les anti-moustiques Exopic 8 Spray, vendu en pharmacie
à 14 francs 45/100 ml. Une piqûre après une heure, quatre après
quatre heures, et quatre autres à la cinquième heure.


INEFFICACE


Enfin, trois produits terminent en queue de classement.





Ils sont jugés inefficaces.


ABE teste les anti-moustiques Mousti Fluid Eau Protectrice, vendu
en pharmacie au prix de 13 francs 20/100 ml. En deux minutes, notre
testeur a été piqué huit fois, alors que la bouteille nous promet
une protection pendant six heures.


ABE teste les anti-moustiques Mais il y a pire: Dapis Gel, vendu
en pharmacie à 24 francs 50/100 ml. Cinq piqûres en une minute!
C'est un produit 100% naturel.


ABE teste les anti-moustiques Phytopharma Anti-Moustiques, un
produit partiellement naturel, vendu en pharmacie au prix de 9
francs 95/100 ml. En une minute, notre sujet a été piqué à huit
fois. C'est le record !


Les prises électriques


ABE teste les anti-moustiques Là, il s'agit carrément
d'insecticides. Ces quatre produits tuent les moustiques de la
pièce dans laquelle vous vous trouvez, contrairement aux
différentes lotions.





C'est dans le bureau de Werner Rudin que le test a été effectué.
Une pièce de 20 mètres carrés, avec une température standard entre
20 et 23 degrés. Il a mis une cage de 50 moustiques femelles à 1
mètre 30 de la prise électrique et il a branché nos quatre prises
pendant 5 heures et demi. Werner Rudin a ensuite compté les
victimes de l'insecticide toutes les demi-heures. Ce que l'on peut
dire, c'est qu'aucun moustique ne résiste à ces anti-moustiques,
mais certains produits permettent une élimination des moustiques
plus rapide que d'autres.


ABE teste les anti-moustiques La palme va au liquide Optimum,
vendu à la Migros, 8 francs 20 les 45 nuits. Tous nos moustiques
ont succombé après seulement deux heures et demi de temps. A la
première heure, 60% étaient déjà décimés.


ABE teste les anti-moustiques Arrivent ensuite les plaquettes
Martec, vendues en grandes surfaces 6 francs 40 les trois nuits.
60% de nos moustiques succombent après une heure et demi. La
totalité après 3 heures et demi.


ABE teste les anti-moustiques A peine moins efficace, le liquide
Finito, vendu en grandes surfaces à 10 francs 25 les 45 nuits. Il
tue 30% de nos moustiques après une heure et demi. La totalité
trépassera au bout de 3 heures et demi.


ABE teste les anti-moustiques Enfin, les plaquettes Baygon
Master, vendues en pharmacie à 12 francs les 7 nuits, arrivent en
dernière position. Après deux heures, seulement 12% de nos
moustiques sont abattus. Il faut 5 heures et demi pour arriver au
bout de la totalité de nos insectes.


Les prix indiqués pour les sprays et les lotions sont les prix
moyens. Pour les diffuseurs, c'est l'équipement de base, prise plus
plaquettes, qui servait de référence. Le produit le mieux classé
est celui qui protégeait le plus longtemps de la première piqûre.
Pas de mystère, c'est le DEET qui est le plus efficace. A éviter
chez les petits enfants, sauf dans les pays à risque où il ne faut
pas hésiter à prendre toutes les mesures. Sous nos latitudes, pour
les bébés, une moustiquaire suffit.





La citronnelle est inefficace. Il faudrait 1000 fois plus de
citronnelle que de DEET pour avoir le même effet répulsif contre
les moustiques. Les spirales anti-moustiques sont efficaces, mais
la fumée, ce n'est jamais bon pour les poumons. Quant aux lampes
UV, vendues par la publicité comme LA solution anti-moustiques,
elles tuent bien tous les insectes possibles et imaginables, sauf
les moustiques qui ne se sentent pas du tout attirés par ce genre
de lumière !





Enfin, pour terminer, nous vous rappelons les conseils si vous
voyagez dans un pays à risque de malaria ou de dengue: prendre une
prophylaxie prescrite par un médecin spécialiste, porter des
vêtements couvrants, dormir sous une moustiquaire qu'il faudra
enduire de produit répulsif pour augmenter son efficacité. Bon
voyage !


Les exigences américaines prolongent le temps d'enregistrement des passagers, selon les compagnies aériennes. [Keystone]


Au départ, c'est une étrange affaire qui concerne les compagnies aériennes de toute la planète. Depuis le 5 mars dernier, elles sont contraintes, pour pouvoir atterrir sur sol américain, de transmettre systématiquement aux autorités américaines toutes les données personnelles contenues dans les dossiers passagers de tous les voyageurs à destination, au départ ou transitant par les Etats-Unis. Enquête sur ce pillage…




Dans la halle des départs de l'Aéroport international de Genève-Cointrin, la foule se presse devant les guichets pour procéder à l'enregistrement des bagages. L'ambiance est plutôt tranquille, c'est un jour comme un autre et chacun attend docilement que vienne son tour. Un rapide coup d'œil au panneau d'affichage permet de réaliser que, parmi les multiples vols au programme de la mi-journée, certains ont pour destination les Etats-Unis.




En effet, il y a des voyageurs en partance pour Newark, une ville proche de New York. Pour eux, le check-in a lieu un peu plus loin, tout au bout de la halle, et là, l'ambiance est nettement moins calme. Avant l'enregistrement, chacun est questionné, voire fouillé, par une bonne dizaine d'employés de Continental Airways, qui poussent le zèle jusqu'à tenter même de nous interdire de filmer au nom du gouvernement américain.




Etrange, on croyait qu'on était à Genève.




Cette nervosité trouve en partie son origine dans la série de mesures sécuritaires prises ces derniers temps par les Etats-Unis après les évènements du 11 septembre. D'ici l'été 2004, il est projeté de doter tous les aéroports américains d'un système automatisé de filtrage des passagers.




Ce dispositif est censé indiquer la dangerosité des voyageurs en confrontant leurs identités avec des bases de données policières, judiciaires et bancaires. Avant l'embarquement, chacun se verra attribuer les couleurs verte, jaune ou rouge en fonction de la menace qu'il représente aux yeux des Etats-Unis.




Mais, aujourd'hui, toute personne qui se rend au pays de l'oncle Sam doit être informée que ses données personnelles sont désormais communiquées aux services américains de l'immigration.




Nous sommes donc allés voir comment cela se passait dans une agence du centre ville.




Alex Goldenberg, de l'agence de voyages Charter SA, nous explique: "C'est vrai que l'on n'a pas reçu une consigne claire et nette de donner cette information à chaque passager qui va aux États-Unis. C'est vrai qu'on ne le dit pas spécifiquement parce que l'on n'y pense pas tout simplement, et qu'il y a beaucoup d'informations à donner."




Quelques coups de fils passés à d'autres agences nous ont permis de constater que les clients en voyage de loisir ne sont pas souvent informés, contrairement aux voyageurs d'affaires qui sont plus au courant de la situation. Reste que pour les passagers qui veulent se rendre aux Etats-Unis, la marge de manœuvre est inexistante.




Un fait confirmé par l'agence Kuoni, numéro un suisse du voyage.




Alexandre Krasnosselski nous explique: "Nous ferons le relais à nos clients en leur disant que s'ils ne désirent pas communiquer certaines données, ils ont la liberté de le faire. Mais, en même temps, ils ne pourront pas débarquer sans fournir ces informations."




Kuoni possède un système interne de cryptage des données. Cela revient à dire que seule une partie des informations serait communiquée aux transporteurs aériens qui ont été forcés d'ouvrir un accès informatique aux autorités américaines. Ils pourront connaître les noms, prénoms, choix du repas et les données inscrites dans le passeport des voyageurs, mais ils ne pourront pas avoir accès aux données bancaires, selon Alexandre Krasnosselski.




Mais les choses peuvent s'avérer beaucoup plus délicates quand l'on achète son billet directement au guichet d'une compagnie aérienne. Dans ce cas, tout le dossier passager sera transmis aux autorités américaines, dossier qui peut contenir jusqu'à 60 champs d'informations suivant les compagnies: état de santé, coordonnées bancaires, téléphone, contacts sur place, gens avec lesquels on voyage, et bien d'autres encore.




Pour les compagnies, l'embarras est tel que toutes celles que nous avons contactées ont refusé de s'exprimer publiquement sur la question. Cette situation ne va pas sans inquiéter certaines organisations comme la Société Internet de Genève, une ONG spécialisée notamment dans la protection de la sphère privée.




Nous avons interrogé le service de la protection des données à Berne. Récolter des données personnelles à votre insu est illégal. Les compagnies ou les agences de voyages sont donc dans l'obligation de vous informer de ces pratiques, dans le cas contraire, elles sont en infraction.




En revanche, la récolte des données par les Américains ne peut pas être considérée comme illégale, car la loi suisse sur la protection des données n'avait pas prévu ce cas. C'est interdit de piller vos données sur territoire suisse, mais si c'est fait depuis un pays tiers, cela se complique. Mais la pratique américaine provoque une très sérieuse régression dans le domaine de la protection de la sphère privée.




Pour l'instant, à notre connaissance, Berne s'est contenté de refiler le dossier à l'OFAC, l'office fédéral de l'aviation civile, qui doit rencontrer cet été des représentants du gouvernement américain. C'est pourtant suffisamment grave pour concerner au minimum le département fédéral des affaires étrangères, voire le conseil fédéral lui-même.




Au niveau de l'Europe, la Commission a passé un accord provisoire avec les Etats-Unis qui autorise ce transfert de données, accord qui a été déclaré illégal par le Parlement européen, dossier à suivre.




Plusieurs plaintes ont par ailleurs été déposées et diverses organisations de protection des droits civiques européennes et américaines dénoncent ces procédés.




Et à ceux qui se disent: "Mais si je n'ai rien à me reprocher où est le problème?", on rappellera qu'il est extrêmement difficile de faire effacer des données qui vous concernent, quand bien même elles sont fausses, et qu'un simple ressortissant suisse ou européen face à la machine gigantesque du renseignement américain n'a quasi aucune chance de faire valoir son bon droit. A moins d'avoir les moyens de payer un bon cabinet d'avocats, difficile de faire enregistrer vos preuves.




La seule chose que l'on puisse faire individuellement pour l'heure, c'est d'exiger de la compagnie aérienne qu'elle vous montre les données qu'elle va transmettre, de vérifier leur exactitude, de faire effacer les données inutiles, de ne laisser transmettre que le minimum. Demandez que votre téléphone soit noté à part et réglez votre ticket par virement postal ou cash, cela évitera que votre numéro de carte de crédit soit imprimé sur le billet d'avion. Mais cela ne les empêchera pas de savoir, entre autres choses, avec qui vous voyagez, vos précédentes destinations ou vos préférences culinaires, et ce n'est qu'un début.