Violence des images : y'a pas d'âge !

Violence des images : y'a pas d'âge !

L'émission du 15 novembre 2005

Si l'on devait définir notre époque par un seul mot, ce serait peut-être celui de l'image. La question de leur omniprésence et des effets qu'elles ont sur la société passionne le monde des idées. Pour les parents aujourd'hui, le problème n'est pas simple.

Violence des images : y'a pas d'âge ! Si l'on devait définir notre époque
par un seul mot, ce serait peut-être celui de l'image. La question
de leur omniprésence et des effets qu'elles ont sur la société
passionne le monde des idées. Pour les parents aujourd'hui, le
problème n'est pas simple. Sophie Thorens-Aladjem, mère de deux
garçons de 7 et 9 ans : « Aujourd'hui, c'est impossible de
contrôler vraiment toutes les images que nos enfants peuvent voir.
Nous, on essaie de contrôler. Je leur interdis par exemple de
regarder le journal télévisé. Tout ce qui est d'ordre
cinématographique, je regarde avec eux. Mais les jeux par exemple,
que ce soit sur un ordinateur ou sur la Playstation, je n'en ai
aucune idée.
» En gros, on est capable de gérer ce que
proposent les salles de cinéma, on a déjà beaucoup moins de prise
sur ce que les enfants regardent à la télévision, quant à internet,
aux DVD et aux jeux vidéo, on est souvent largué, en particulier
quand ils y ont accès en dehors du domicile familial, chez des
copains par exemple. Et plus ils grandissent, moins on a de
maîtrise sur les images qu'ils voient. Or, ce qui fait peur aux
plus jeunes ce n'est pas toujours ce que l'on imagine comme adulte.
Déterminer ce qui peut être traumatisant et ce qui ne le sera pas
n'est pas simple. C'est une question culturelle, et elle renvoie
aussi au vécu de chaque individu. Il est donc délicat de fixer des
règles. Généralement, on demande à un groupe d'individus de se
prononcer. C'est le cas, par exemple, pour fixer l'âge limite
d'entrée pour les films de cinéma projetés en salle.

Incohérence entre les salles obscures et les salons privés


Violence des images : y'a pas d'âge ! Un début d'après-midi d'automne au
cinéma Atlantic à Lausanne. La vision de presse du dernier film de
Tommy Lee Jones. Dans la salle, des journalistes, mais aussi des
membres de la commission vaudoise du film, chargés d'évaluer l'âge
légal qui sera imposé à l'œuvre pendant son exploitation en salle.
Les membres de la commission sont en majorité des gens qui
travaillent quotidiennement avec des enfants, ce sont aussi des
passionnés de cinéma qui suivent attentivement l'évolution du
septième art.




François Corthésy, président de la Commission cantonale de
contrôle des films du canton de Vaud : « Visuellement, dans les
années 70, il y avait déjà des films extrêmement durs, extrêmement
violents, ce n'est pas forcément nouveau. Mais je pense que, d'un
point de vue général, il y a une espèce de banalisation un peu plus
sournoise de la violence, elle devient plus naturelle, plus
normale, c'est l'impression que donne le cinéma. Ca devient
vraiment maintenant une nécessité de l'ordre du marketing. Pour
vendre un film, faut que ça bouge, qu'il y ait de l'action, et la
violence vient forcément de cela.
»




En Suisse, l'évaluation de l'âge légal des films est du ressort
des cantons. Dans la pratique, seuls 5 cantons entretiennent encore
une commission du film, les autres reprenant en général leurs
évaluations. En Suisse romande, c'est Genève et Vaud qui font le
travail et se partagent les films à évaluer. Particularité du
système, ce sont les professionnels qui doivent demander la venue
de la commission.




François Corthésy : « Tout film qui sort sur les écrans est
d'office interdit aux moins de 16 ans. Il faut qu'il y ait une
demande de la part d'un distributeur, d'un exploitant pour que le
film soit vu par un représentant du département et éventuellement
abaissé si cela se justifie. Donc, on a plutôt pour but d'ouvrir,
d'élargir aux enfants, plutôt que de leur interdire.
»




Pour se déterminer, les commissions vaudoise et genevoise
utilisent de multiples critères: par exemple, la présence et
l'étendue de la violence ou de scènes à caractère sexuel, mais
aussi les « mauvais exemples », entre guillemets, que peuvent
contenir les scénarios. A l'inverse, un intérêt historique ira dans
le sens d'un abaissement de l'âge légal, même si le film est
violent. Les commissions romandes déterminent aussi un âge suggéré,
différent de l'âge légal, pour mieux conseiller les parents.
François Corthésy : « A l'extrême, vous pouvez avoir un film
qui a 7 ans d'âge légal, parce qu'il n'y a absolument rien à
l'intérieur qui choquera un petit enfant. En revanche, ce film
pourra peut-être être absolument incompréhensible et ennuyeux pour
lui et on indiquera 16 ans d'âge suggéré, pour indiquer que c'est
un film plutôt pour adultes.
»

Violence des images : y'a pas d'âge ! Un système plutôt complet et
intéressant, le problème c'est qu'il n'est valable que pour les
salles de cinéma. Lorsque l'on entre dans le monde merveilleux des
cassettes vidéo et des DVD, tout change: soudainement, le film n'a
plus d'âge légal, sauf pour les productions à caractère
pornographique. Voici une scène bucolique du « Territoire des morts
» de Georges A. Romero, film projeté récemment en salle en Suisse
romande avec un âge légal et suggéré de 16 ans. En version DVD,
tout cela n'existe plus.




Didier Zuchuat-Rey, importateur de DVD: « La situation n'est
pas satisfaisante dans le sens que l'information à disposition dans
les magasins où l'on peut louer et acheter des cassettes vidéo et
de DVD est relativement lacunaire. Ce que l'on peut dire, c'est
qu'en Suisse on ne produit rien, ou presque rien, on ne fait
qu'importer, et donc on importe les produits avec une labellisation
qui est propre aux pays producteurs
. »

Violence des images : y'a pas d'âge ! Par exemple, en importation, vous
avez la version australienne, codée façon paquet de cigarettes, la
version canadienne à lire avec une loupe, la version anglaise
ultra-précise, mais en anglais dans le texte, la version française,
pas toujours semblable à la sensibilité suisse, la version
québécoise aussi, avec son autocollant à géométrie variable.
Parfois même, il n'y a rien du tout sur la pochette. En résumé: un
psychopathe n'y retrouverait pas ses petits. Mais pourquoi ne
reprend-on pas les âges légaux du cinéma en collant un autocollant
sur les DVD?




Didier Zuchuat-Rey: « On pourrait l'imaginer, mais le problème
c'est que chaque canton a son avis et, en plus, les cantons romands
ont le système de l'âge légal et de l'âge suggéré, à mon avis tout
cela est beaucoup trop compliqué. Il faut, avant de tout vouloir
labelliser, mettre en place un système fédéral, et si possible basé
sur ce que font nos voisins européens pour que le consommateur soit
informé.
»




Le canton de Vaud prépare une loi pour tenter de rétablir un
semblant de cohérence entre les salles obscures et les salons
privés, mais c'est une loi uniquement cantonale. Quant à imaginer
un étiquetage cohérent au niveau suisse, c'est pour l'instant un
rêve qui promet une belle foire d'empoigne... Pourtant, c'est
possible, dans certains pays européens voisins, notamment en
Allemagne, il existe un véritable système d'évaluation qui comprend
aussi les DVD et les jeux vidéo. Moralité, en attendant que la
Confédération se réveille et que tout le monde se mette d'accord,
il vaut souvent mieux visionner avant sa progéniture.

Et à la TSR ?


Violence des images : y'a pas d'âge ! En ce qui concerne la télévision,
le problème se situe surtout quand les enfants sont seuls, en
particulier entre la sortie de l'école et l'arrivée des parents.
Elle sert souvent de baby-sitter pendant cette période tampon. Mais
disons que, sur la TV, les parents gardent tout de même une
certaine maîtrise, et le diffuseur une certaine
responsabilité.




Alix Nicole, achats programmes fictions et séries : « On
reçoit des listes de tous les distributeurs chez qui on achète des
films, des téléfilms ou des séries. On choisit des titres, on les
visionne et une fois qu'on a décidé que c'était quelque chose qui
pouvait passer sur la TSR, on les propose dans les programmes. Il y
a des choses qui nous sont proposées et que l'on juge trop
violentes pour x raisons et qui ne sont pas diffusables, ça c'est
le premier filtre. Ensuite, on décide en plus dans certains cas de
mettre un logo rouge. Ce logo, il veut dire « âmes sensibles,
s'abstenir », mais on peut être sensible à des tas de choses
différentes, érotisme trop appuyé, violence, fantasmagorie, etc..
Le logo est censé avertir contre toutes ces « violences » qui
peuvent choquer les gens.
»




Yves Ménestrier, Chef du département « Programmation »: « En
France, vous avez des âges définis inscrits sur le programme
concerné et ensuite c'est la responsabilité des parents de ne pas
laisser leurs enfants devant le poste. A la TSR, par rapport à la
France, il n'y a qu'un seul palier, le logo rouge, mais je pense
que le système est plus simple et plus complet : ce logo dit qu'il
peut y avoir des scènes sensibles, mais en fonction du moment où
passe le programme. Ca veut dire que ce qui peut avoir un logo
rouge à 20h10 ne l'aura pas forcément à 22h00. On fait attention
aux classes d'âge qui sont devant le poste avant de mettre ou non
le logo rouge.
»

Violence des images : y'a pas d'âge ! Malgré tout, pour les films, on
pourrait reprendre les âges légaux qu'ils ont obtenus au cinéma
selon les évaluations des commissions genevoise et vaudoise, non? «
Commission genevoise et vaudoise, comme vous dites, mais, et
les autres ? Certains téléspectateurs vont peut-être trouver que
l'on est trop laxiste s'il l'on reprend les normes de la commission
genevoise. Il y a un ensemble de normes qu'il faut que l'on prenne
en considération, mais c'est une auto-régulation : aujourd'hui, il
n'y actuellement pas de loi qui nous impose certains critères ou
certaines normes pour décider s'il y a un logo rouge ou pas. Une
loi pourrait nous faciliter la tâche dans un certain nombre de cas,
simplement il faudrait qu'elle soit tout de même interprétée avec
une certaine souplesse. Je pense notamment à certaines œuvres
cinématographiques dont on peut penser qu'elles seraient exclues
par la loi, alors qu'il s'agit quand même d'œuvres et que notre
public y a droit.
»

Les Jeux vidéos : une tentative d'autorégulation


Violence des images : y'a pas d'âge ! Il y a tout un monde qui échappe
souvent aux parents, simplement parce qu'ils ne s'y intéressent pas
d'aussi près que leurs enfants, c'est celui des jeux vidéo. En
plus, il est impossible de savoir ce que contient réellement un jeu
sans l'avoir exploré un bon moment. Les pires scènes sont rarement
au début et c'est souvent en débloquant des codes que l'on accède
aux parties les plus « gore ».




Aujourd'hui, le marché mondial des jeux vidéo représente environ
40 milliards de francs suisses par an, c'est plus que le cinéma. La
conception d'un seul jeu peut coûter entre 10 et 15 millions de
francs avec une équipe de 60 à 80 personnes.




Une première précision importante, les jeux vidéo qui ont la
faveur des jeunes ne sont pas tous ultra-violents.




Sandra Baudois, directrice générale Ubi Games Suisse : « On a
des chiffres qui nous montrent que plus de 50% des jeux ont une
classification d'âge de « 3 ans et plus » et de « 7 ans et plus ».
Les jeux pour 16 et 18 ans ne représentent en fait qu'une
minorité.
» Mais comment savoir au magasin si le jeu demandé
par votre enfant convient à son âge?

Violence des images : y'a pas d'âge ! Grâce au système PEGI: une
classification européenne mise en place en 2003 à l'initiative de
l'industrie. Les producteurs de jeux doivent remplir un formulaire
qui décrit précisément le contenu sensible que leur jeu peut
contenir. Ce formulaire est ensuite envoyé à l'institut NICAM, en
Hollande, qui va déterminer un âge recommandé après une évaluation.
On imprime ensuite sur chaque pochette de jeu cette limite d'âge
conseillée (3+, 7+, 12+, 16+ et 18+), accompagnée de pictogrammes
censés décrire le contenu sensible: violence, sexe, drogue,
angoisse, etc.




Sandra Baudois : « Je pense que le jeune de 12-14 ans qui va
aller dans un magasin pour s'acheter un jeu vidéo sait déjà
pertinemment ce qu'il veut. Ces sigles ont surtout toute leur
importance par rapport à un public moins connaisseur : la
grand-mère, la tante, l'oncle, etc. qui vont acheter des cadeaux de
Noël, par exemple. Là, le système leur permet d'être informé.

»




Mais est-ce que ça marche vraiment dans le quotidien ? Nous sommes
allés poser quelques questions à l'équipe des juniors C de
Satigny-Donzelle, près de Genève. Ces garçons de 13-14 ans sont
sportifs et passionnés de foot, mais ils sont aussi - et c'est de
leur âge - des spécialistes de la console de jeux. Bilan : les jeux
de foot et les jeux de voitures sont très présents dans leur
quotidien, mais des jeux violents et pas recommandés pour leur âge
aussi. Un jeu revient souvent dans la conversation, le fameux Grand
Theft Auto-San Andreas. Un jeu très violent venu des Etats-Unis où
l'on peut tranquillement voler des voitures, abattre des policiers
et faire sauter tout ce qui bouge, et ce n'est qu'un rapide résumé.
San Andreas, c'est un vrai succès mondial, mais c'est aussi un jeu
considéré pour 18 ans et plus. Nos sportifs n'ont pas l'âge, mais
connaissent très bien ce jeu, bizarre, non ?




Sandra Baudois : « Si la NICAM et le système PEGI définissent
un jeu à 18 +, c'est que les raisons sont là et que cela devrait
être respecté par rapport à la vente aux consommateurs. Maintenant,
peut-être que sur certains jeux, le public-cible répond présent,
mais que ça dérape un peu vers un public... disons... moins
ciblé.
»

Violence des images : y'a pas d'âge ! Alors, si les parents ne sont pas
toujours très au fait de ces jeux, ou pas très attentifs, le seul
rempart, c'est le vendeur. Il est sensé connaître le contenu et il
peut éviter de mettre entre les mains d'un petit un jeu destiné aux
adultes. En Suisse, contrairement à la vente d'alcool aux mineurs,
la loi n'est pas très précise, sauf pour la pornographie. Mais la
plupart des magasins se sont engagés à faire preuve d'éthique, la
majorité a même signé un code de conduite qui implique notamment
une formation du personnel. Nous avons voulu savoir si c'était
juste du marketing ou si on pouvait leur faire confiance.

Le Test


Violence des images : y'a pas d'âge ! Nous avons envoyé deux enfants de 9
et 11 ans dans 13 commerces de Suisse romande.




Leur mission: acheter tous seuls des jeux vidéo pour les grands,
sous la supervision discrète et à bonne distance d'un enquêteur
d'ABE qui n'est évidemment jamais intervenu.




Bilan: nos deux espions ont parfaitement rempli leur rôle, mais du
côté des magasins, c'est moins brillant.

Violence des images : y'a pas d'âge ! Chez Migros, le jeu Prince of
Persia, recommandé pour 16 ans et plus, a été vendu sans
problème.

Violence des images : y'a pas d'âge ! Chez Cash Converters, le jeu Tony
Hawk's Underground, 16 ans et plus également, vendu.

Violence des images : y'a pas d'âge ! Chez Citydisc, le jeu Brothers in
Arms/Earned in Blood, 16 et plus aussi, vendu.

Violence des images : y'a pas d'âge ! Chez Franz-Carl Weber, le jeu NHL
06, 16 ans et plus encore, vendu.

Violence des images : y'a pas d'âge ! Plus fort :




Chez Fust, le jeu Michigan: Report from hell, recommandé pour 18
ans et plus, vendu sans problème.

Violence des images : y'a pas d'âge ! Chez Carrefour, le jeu Red
Ninja/End of Honour, 18 ans et plus aussi, vendu.

Violence des images : y'a pas d'âge ! Chez Interdiscount, le jeu Mortal
Kombat/Mystification, 18 ans et plus encore, vendu.

Violence des images : y'a pas d'âge ! Enfin chez King Jouet, le fameux
jeu Grand Theft Auto/San Andreas, recommandé pour 18 ans et plus,
vendu à nos deux enfants avec une désarmante facilité.

Ensuite, deux magasins ont accepté de vendre, mais avec des
réticences :

Violence des images : y'a pas d'âge ! C'est le cas de Manor, pour le jeu
Beat Down, Fist of Vengeance, recommandé pour 16 ans et plus.
Vendu, mais avec ce commentaire de la caissière :




« Ce n'est pas pour votre âge. Votre Maman elle sait que vous
achetez ce jeu? La prochaine fois, vous venez avec votre Maman, les
enfants...
»

Violence des images : y'a pas d'âge ! Chez Virtual Dreams, le jeu Batman
begins, 16 ans et plus, vendu avec une grande réticence du
vendeur:




« Vos parents, ils sont à la maison, je peux leur téléphoner ?
Non ? Bon, je connais ce jeu, il n'y a rien de vraiment spécial, je
vous le laisse, mais si vos parents ne sont pas d'accord, vous le
ramenez...
»

Finalement, voici les 3 seuls magasins (sur les 13 visités) qui
ont refusé de vendre un jeu à nos espions en herbe.

Violence des images : y'a pas d'âge ! D'abord Mediamarkt qui a refusé de
vendre le jeu Splinter Cell, recommandé pour 16 ans et plus.

Violence des images : y'a pas d'âge ! Ensuite, un magasin Fust chez
Globus qui a refusé de vendre le jeu Gods of Wars, recommandé pour
18 ans et plus.

Violence des images : y'a pas d'âge ! Et finalement, la Fnac qui n'a pas
voulu laisser partir nos jeunes enquêteurs avec le jeu Darkwatch,
18 ans et plus également.

Autant dire que ces limites d'âge c'est du vent, seuls 3
magasins sur 13 ont appliqué le code de conduite. Mais ces trois-là
prouvent que c'est possible, ce n'est même pas très compliqué, il
suffit de donner des consignes claires au personnel de vente. Tout
repose donc sur la volonté de la direction.

Et la police ?


Violence des images : y'a pas d'âge ! Mais que risquent exactement les
magasins qui vendent des images violentes, destinées aux adultes, à
des enfants de 10 ans?




Frédéric Hainard, de la Police de sûreté neuchâteloise, rencontre
assez fréquemment dans son travail cette problématique des «
limites d'âge »: « On a entre 4 et 8 cas par année de parents
qui arrivent en nous disant : Mon fils a acheté tel ou tel jeu
vidéo, tel ou tel DVD, dans tel ou tel magasin, et ça ne correspond
pas à son âge, qu'est-ce qu'il faut faire ? Malheureusement, on est
bien obligé de leur répondre que la législation actuelle fait que
les directives qui figurent sur les pochettes ne sont
qu'indicatives et ne sont absolument pas contraignantes pour le
vendeur. On conseille aux parents de respecter ces directives, mais
au niveau policier, on ne peut rien faire contre le magasin.

»




A Neuchâtel, une maman avait même porté plainte contre un magasin
pour avoir vendu le fameux GTA « San Andreas » à son fils mineur,
voici ce que Pierre Cornu, le procureur général du canton, avait dû
lui répondre : « Une limite d'âge indiquée sur un jeu vidéo ou
sur un DVD n'a pas de force légale et n'est qu'une recommandation.
Si vous avez un objet pornographique interdit à la vente aux moins
de 18 ans, c'est une limite sanctionnée par la loi, mais dans le
cas de ces vidéos violentes, mais dont la violence n'atteint pas un
certain seuil, ce n'est qu'une recommandation.
» Mais, c'est
quoi le seuil de la violence? Dans le cas de ce jeu, c'est quand
même assez gratiné, non ? « Je partage tout à fait votre avis,
on peut se demander s'il ne faudrait pas abaisser le seuil de
l'article 135 du code pénal sur la violence extrême, mais il
appartient au législateur, et surtout pas à un procureur, un juge
ou un avocat, de prendre les mesures nécessaires.
»




Frédéric Hainard : « Si la législation disait: « les jeux
vidéo sont commercialisables sous réserve des indications fournies
par le producteur, il appartiendrait au vendeur de vérifier cet
état de fait et ce n'est pas quelque chose de monstrueux à
réaliser: il faudrait vérifier l'âge au passage en caisse, on le
fait déjà pour le tabac et l'alcool, on pourrait le faire dans un
domaine aussi nocif, en tout cas psychologiquement et
moralement.
»

Violence des images : y'a pas d'âge ! Au-delà de la question morale,
l'enjeu est celui de la souffrance psychologique qui peut découler
du visionnement de certaines images, et des conséquences que cela
peut avoir sur toute une société. Le psychanalyste Serge Tisseron a
bien montré la complexité de cette question, il parle d'ailleurs
d'images violentes et de violence des images, deux notions très
différentes, la première se rapporte aux émotions, la seconde au
traumatisme. Toute la difficulté consiste donc à s'entendre sur une
définition des images violentes, pour permettre d'éviter notamment
au public plus jeune d'être choqué ou même traumatisé. Ensuite, il
s'agit de donner une information claire et uniforme, ce qui n'est
pas encore le cas en Suisse. Enfin, tout le monde est d'accord sur
une chose: accompagner les enfants, regarder les images avec eux,
les aider à les décrypter et les faire parler, c'est capital, ça
prend du temps, mais c'est le seul moyen, à défaut de pouvoir leur
épargner ce monde d'images violentes, d'au moins en atténuer
l'impact.

Incohérence entre salles obscures et salons privés

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