Banane : ABE teste l'éthique

Banane : ABE teste l'éthique

L'émission du 13 janvier 2004

Dans l’histoire d’ABE, c’est la première fois qu’une émission est consacrée à la banane et c’est aussi la première fois que l’éthique des entreprises est soumise à un véritable test.



Sur le plan diététique, ce fruit affiche un curriculum impressionnant : pauvre en graisse, riche en potassium et en magnésium, la banane est aussi une bonne source de vitamines B6, C et A. En plus, elle est très digeste.




Au plan économique, elle fait partie des cinq principaux produits agricoles commercialisés sur la planète aux côtés des céréales, du sucre, du café et du cacao.




Si, en Suisse, nous en consommons en moyenne 10 kilos par habitant et par an, pour plus de 400 millions de personnes vivant sous les tropiques, elle constitue la nourriture de base. Enfin, le marché international est entre les mains de cinq entreprises.




En Suisse, plus d’une banane vendue sur trois transite par cet entrepôt de Kaiseraugst, dans le canton de Bâle. Ces cartons proviennent du Costa Rica. Ils portent le label Max Havelaar. Le même camion aurait aussi bien pu décharger des bananes de la marque Dole. Qu’elles proviennent du commerce équitable ou d’une grande multinationale, les bananes empruntent souvent les mêmes chemins pour être vendues en Europe.




Mais la similitude ne s’arrête pas là. Pour mériter leur place dans l’étalage d’un supermarché, peu importe comment elles ont été produites. Ce qui compte avant tout, ce sont les mensurations.




Laurent Dreyer, maître mûrisseur chez Coop, nous explique : « Ce qui est très important, c’est la longueur de la banane. Vous avez une longueur précise entre 21 et 25 centimètres. Nous avons le calibre, c’est-à-dire après la coupe, la pulpe doit avoir entre 3 et 4 centimètres de diamètre. Il faut qu’il y ait aussi assez d’épaisseur de peau et il faut qu’elle soit juteuse, très juteuse, car au moment du mûrissement, avec la transformation d’amidon en sucre, la banane utilise beaucoup d’énergie. »




Autre critère : à son arrivée, la banane ne doit présenter aucun signe de mûrissement. Dans les bateaux qui les transportent jusqu’en Europe, les fruits sont maintenus à une température de 13 degrés, ce qui endort le processus de maturation. Dans les 24 heures qui suivent leur déchargement, les fruits sont réveillés à l’aide d’éthylène, un gaz naturel qui déclenche le mûrissement.




6 à 8 jours plus tard, l’amidon se sera transformé en sucre et les bananes auront atteint leur couleur commerciale. Un jaune clair, sans taches avec encore quelques nuances de vert sur les pointes.


Une seule banane sur le marché. Pourquoi ?



Banane : ABE teste l'éthique

La banane vendue en Suisse est exactement la même que celle proposée aux consommateurs américains ou japonais. Mêmes mensurations, même couleur, même goût, bref, même variété. Dans les pays du nord, on ignore complètement la diversité des bananes cultivées dans le sud.




L’Université catholique de Louvain en Belgique n’est pas vraiment située en zone tropicale humide. Pourtant, ce lieu abrite le sanctuaire mondial des bananiers. Loin des parasites et des maladies qui menacent les bananeraies, on a réuni dans ces éprouvettes les 1200 variétés de bananiers répertoriés sur la planète.




Depuis peu, le centre tente de conserver des cellules de la plante dans de l’azote liquide. L’intention est de pouvoir préserver à très long terme la formidable diversité génétique du bananier. En effet, certaines de ces plantules sont répliquées sur des milliers d’hectares de plantations, d’autres sont peut-être les derniers spécimens vivants sur la planète.




Le professeur Rony Swennen est un peu le gardien de ce temple. Dans l’univers de la banane, il est considéré comme une référence scientifique incontournable. Nous lui avons demandé quelles étaient les bananes que nous mangeons en Europe ? « Malheureusement, qu’une seule variété qui est cultivée depuis les années 50. En plus, le goût n’est pas le même si l’on consomme cette variété dans les tropiques. Donc, nous n’avons, comme consommateur, aucune idée de la biodiversité du bananier et des différents types de goût, c’est incroyable. En Afrique, il existe plus de 400 différentes variétés de bananiers et les différences sont incroyables. »




Contrairement à son apparence, le bananier n’est pas un arbre, mais la plus grande herbe du monde. En s’enroulant les unes autour des autres, les feuilles constituent un pseudo tronc. Ensuite, après plusieurs mois de croissance, apparaîtra une fleur unique dont la partie femelle se transformera peu à peu en un régime de bananes.




La plante est originaire d’Asie du sud est. Au cours des millénaires, elle a progressivement conquis l’hémisphère sud jusqu’en Afrique. Ensuite, elle a été introduite en Amérique latine pour nourrir les esclaves. Tout au long de ce voyage, elle a muté naturellement et donné naissance aux multiples variétés que l’on cultive actuellement.


Banane : ABE teste l'éthique

La banane dessert que nous connaissons est une exception. La majorité des bananes consommées dans le monde évoqueraient plutôt la pomme de terre. Pour transformer l’amidon qu’elles contiennent en sucres, elles sont le plus souvent consommées cuites ou fermentées. Ces centaines de bananes différentes constituent 85% de la production mondiale. Mais, mis à part quelques bananes plantain, aucune n’est exportée vers les pays du nord. Les 15% restant, c’est-à-dire ce que nous consommons, se résument à une seule variété : la Cavendish. C’est un bananier facile à cultiver, facile à transporter, facile à emballer dans certains cartons, et qui donne des couleurs jaunes impeccables.




En bonne logique industrielle, il était donc plus rentable de ne proposer qu’un seul produit sur le marché mondial.




Du point de vue des goûts et des saveurs, on peut évidemment le regretter. Mais, dans les pays producteurs, cela pose d’autres problèmes autrement plus graves.




En effet, au cours de leur domestication, les bananiers sont devenus stériles. La banane ne contient pas de graines et, dans la nature, la plante se reproduit grâce aux rejets qui partent des racines après la floraison. De façon plus moderne, en laboratoire, il suffit de quelques cellules tirées du bulbe de la plante pour donner naissance à un bananier. Cela signifie que, dans une plantation, tous les pieds sont rigoureusement identiques génétiquement. En d’autres termes, une bananeraie est une forêt de clones.




Comme dans les plantations destinées à l’exportation, on ne cultive qu’une seule variété, cela signifie que sur des centaines de milliers d’hectares la même plante a été copiée à l’infini. Ce qui peut poser des problèmes en cas de maladie. En effet, la maladie va se multiplier très rapidement. Conséquence, les cultures de bananes Cavendish sont le théâtre d’une véritable guerre chimique avec toujours plus de pesticides.




La solution serait de diversifier les cultures. Pourtant, aucune des grandes entreprises qui contrôlent le marché mondial ne mène de recherches dans ce sens.




Les bananes, c’est comme les voitures, c’est plus rentable quand on n’en produit qu’un seul modèle. La comparaison n’est pas vaine : la banane, c’est le premier exemple d’agriculture industrielle.


Bananeraies : le bagne du régime



Banane : ABE teste l'éthique

En 1899, deux investisseurs américains décident d’importer les bananes de Jamaïque vers la Nouvelle Orléans. Ils obtiennent la construction de voies de chemins de fer le long desquelles ils installent les plantations. La société qu’ils fondent alors existe toujours, elle s’appelle United Fruit dont la marque la plus connue est Chiquita. C’est à elle et à ses pratiques honteuses de l’époque que l’on doit le terme de république bananière. Quant au marché, en un siècle, il est passé de rien à 13 millions de tonnes.




Trois multinationales contrôlent aujourd’hui 65% du commerce mondial. Chiquita vient en tête, suivi de Dole et de Del Monte. En général, ces entreprises contrôlent toute la filière, de la plantation jusqu’à la porte de la mûrisserie. Chiquita, par exemple, possède même sa propre flotte de bateaux pour transporter les bananes à travers l’Atlantique.




On comprend qu’avec une telle concentration de pouvoirs entre les mains de quelques entreprises, dont le but est logiquement de faire du profit et pas de l’aide au développement, le commerce de la banane pose quelques problèmes éthiques. En voici un petit aperçu.




La grande majorité des bananes que nous importons en Suisse provient d’Amérique centrale. Dans cette région du monde, les plantations peuvent mesurer jusqu’à 5000 hectares. Un véritable océan de bananiers, parsemé de quelques îlots d’habitations et survolé en permanence par les avions d’épandage.




On l’a vu, la banane d’exportation est très sensible aux maladies. Comme, de plus, elle doit avoir une forme parfaite et offrir un rendement maximum, rien n’est laissé au hasard. On estime que durant les 9 à 12 mois que dure le cycle de culture, 40 passages d’avion sont nécessaires. Soit, près d’un par semaine.




Alistair Smith connaît bien le quotidien des bananeraies. Il y a 8 ans, il a fondé Banana link, un réseau d’information visant à sensibiliser le public européen à ces questions. Il nous explique : « On ne peut pas faire de la monoculture de la banane sur des centaines et des milliers d’hectares sans avoir des produits phytosanitaires assez costauds. Costauds, cela veut dire toxiques et à la santé humaine et à la santé animale. Mais ils polluent aussi les eaux avec des conséquences inévitables sur la diversité biologique. »




Effectivement, seules les bananes parfaites sont exportées. Résultat entre 10 et 30% de la cueillette sont éliminés pour défauts d’esthétique. Pour le reste, difficile en effet d’apercevoir un insecte ou un animal au pied d’un bananier. Le milieu est trop toxique. Mais le problème n’est pas confiné à la plantation. On estime que 90% des fongicides répandus par avion ne se déposent pas sur le bananier, mais se dispersent dans l’environnement. Comme les plantations sont parcourues par des canaux de drainage, ces toxiques contaminent les nappes phréatiques ou sont emportés dans les cours d’eau et finissent en mer.


Banane : ABE teste l'éthique

Quant aux ouvriers des plantations, la formation est insuffisante et rares sont les équipements de protection. Les bananeiros, comme on les appelle, payent un lourd tribut à la culture de la banane. Dermatoses, allergies, stérilité, malformations à la naissance, la liste est longue. Ce n’est pas un hasard si le Costa Rica, qui est le deuxième producteur mondial, détient aussi le record du nombre d’intoxication aux pesticides par habitant.




Même si, progressivement, les ouvriers prennent conscience des dangers qu’ils encourent, rien ne leur permet d’exiger une meilleure protection. En effet, parler de syndicat peut être une cause de licenciement. Les entreprises mettent en commun une liste noire composée des noms des ouvriers syndiqués.




Au début des années 90, les grands distributeurs européens ont décidé de diminuer les prix de vente de la banane. Résultat : une pression accrue sur les producteurs qui s’est traduite notamment par une diminution des salaires. En Equateur, qui est le premier pays exportateur, le salaire quotidien d’un ouvrier oscille entre 4 francs 50 et 6 francs. Même en le comparant au niveau de vie local, c’est une misère.




Conséquence, toute la famille doit travailler, y compris les plus jeunes. Ces dernières années, plusieurs organisations humanitaires ont dénoncé le phénomène. Les enfants ont été renvoyés à la maison, mais les salaires des parents n’ont pas été augmentés.




Bref, la banane ne profite pas à tous de la même manière. Sur un prix de vente de 3 francs 30 le kilo, 1francs 30 ira au supermarché, 1 franc à la compagnie dont le nom figure sur la banane, 35 centimes au propriétaire de la plantation et, finalement, moins de 5 centimes aux ouvriers qui y travaillent.




On résume : conditions de travail inacceptables, absence de syndicats indépendants, dégâts environnementaux, pouvoir disproportionné dans les mains d’une poignée d’entreprises, le dossier est très lourd. A tel point que les bananes sont souvent citées comme l’exemple même des injustices qui caractérisent aujourd’hui le commerce mondial.




Or, justement, ces injustices dérangent de plus en plus de consommateurs. Au moment de remplir son panier, ce n’est pas toujours le seul rapport qualité/prix qui importe, mais aussi les conditions dans lesquelles une banane, ou une chaussure de sport, a été produite. C’est ce qu’on appelle l’éthique et, pour la première fois, l’éthique des bananes, ou plutôt celle des entreprises qui les vendent, a fait l’objet d’un véritable test.


L'éthique intéresse de plus en plus les organisations de consommateurs



Banane : ABE teste l'éthique

Les bananes, en 32 ans de carrière, Robert Rémy en a déjà vérifié plusieurs fois le prix ou la teneur en pesticides. Mais, aujourd’hui, pour ce responsable des tests alimentaires auprès de l’organisation belge Test-Achats, l’approche éthique est devenue indispensable.




Robert Rémy : « De plus en plus, aujourd’hui, il y a une frange des abonnés et des membres des associations de consommateurs sensibilisés à ces problèmes éthiques et qui souhaitent pouvoir éventuellement faire un choix en connaissance de cause. Mais, malheureusement, ils se rendent compte que dans la pratique des choses, il leur est bien difficile de porter un jugement car les informations leur manquent. »




Pour obtenir ces informations, Test-Achats a confié l’enquête à Stock at Stake, une société spécialisée dans l’évaluation éthique des entreprises cotées en bourse.




Trois groupes de critères ont été définis :




Un premier groupe concernait les critères sociaux. Il s’agissait d’abord de vérifier si l’entreprise respectait les normes de l’Organisation internationale du travail. Y figurent, par exemple, l’interdiction du travail des enfants ou le droit pour chacun d’adhérer à un syndicat. Par ailleurs, l’enquête a aussi cherché à déterminer si des mesures étaient prises pour améliorer la sécurité et la santé des ouvriers ou encore si l’entreprise participait à des projets de développement.




Deuxième groupe de critères : les mesures prises pour diminuer l’usage de pesticides et ménager l’environnement, notamment en matière de protection des eaux.




A noter que pour tous ces critères de jugement, un point essentiel était le fait que les entreprises acceptent ou non d’être contrôlées par des organismes indépendants. Bref, si dans la réalité des plantations, les beaux discours étaient suivis d’effets.




Enfin, le troisième groupe de critères portait sur la transparence de l’entreprise à l’égard du monde extérieur et sur sa volonté de dialoguer, notamment avec les syndicats.




Robert Rémy : « Il nous semble que lorsque l’on n’a rien ou peu de choses à cacher, on a tout intérêt à jouer la transparence au maximum. Et c’est donc cela que nous avons voulu mesurer parmi les critères retenus. Autrement dit, le degré de collaboration à l’enquête des entreprises et leur volonté de transparence et de communication vers l’extérieur. »


Banane : ABE teste l'éthique

Mais concrètement, le problème est qu’il ne suffit pas d’acheter un kilo de bananes pour connaître les conditions de vie de celui qui a cueilli le régime. Contrairement à l’hygiène, l’éthique ne se mesure pas dans les éprouvettes d’un laboratoire.




Pour mener son enquête, Stoke at Stake a donc commencé par adresser un questionnaire à toutes les entreprises qui exportent des bananes vers l’Europe. Ce véritable interrogatoire comprenait une septantaine de questions allant de la politique salariale, aux dernières mesures mises en œuvres pour limiter l’érosion des sols dans les plantations.




Les réponses à ce questionnaire ont été ensuite confrontées à tout un faisceau d’informations provenant des rapports publiés par les entreprises, des ONG travaillant sur le terrain, des associations locales de défense de l’environnement, des syndicats et même des tribunaux locaux.




Finalement, chaque critère recevait l’appréciation A, B ou C. A signifiant que l’entreprise met en oeuvre les meilleures pratiques possibles actuellement. B, qu’il est possible de mieux faire. Et C, que les pratiques sont mauvaises ou que les questions sociales ou environnementales ne font l’objet d’aucune mesure de la part de l’entreprise.




En tout, il aura fallu plus d’une année pour mener cette enquête financée par six organisations européennes de consommateurs. La première difficulté a été d’identifier les raisons sociales des entreprises qui exportent vers l’Europe, le marché n’étant pas très transparent. Finalement, ce sont huit sociétés qui sont concernées par le test, plus la filière du commerce équitable. La plupart n’exporte pas vers la Suisse où deux marques dominent : Dole et Chiquita. Voici les résultats qui nous concernent en commençant par le pire.


Résultats du test éthique



Banane : ABE teste l'éthique

Del Monte occupe la troisième place du commerce mondial des bananes avec 16% du marché. Fondée en 1892, la société a été la propriété du cigarettier R.J. Reynolds durant 17 ans avant d’être revendue en 1996 à un financier palestinien. La compagnie produit elle-même le quart des bananes qu’elle commercialise.




En matière de transparence, Del Monte communique sur ses pratiques environnementales, mais pas un mot sur le volet social. Par ailleurs, l’entreprise n’a pas répondu au questionnaire qui lui était envoyé. C’est très insatisfaisant. Pour ce critère, Del Monte obtient un C.




TRANSPARENCE = C




Question environnement, la compagnie affirme prendre des mesures pour diminuer l’impact environnemental de ses plantations. Elle affirme aussi que ses affaires reposent sur l’usage de produits agrochimiques. Quoi qu’il en soit, les directives internes ne sont pas clairement définies et, surtout, les contrôles indépendants sont rares.




ENVIRONNEMENT = C




Enfin, sur le plan social, Del Monte n’a aucune politique visant à faire appliquer les règles de l’OIT, l’Organisation internationale du travail. Les directives qu’elle impose à ses fournisseurs insistent sur la qualité des bananes, mais rien sur le traitement des employés. Enfin, concernant les syndicats, l’attitude de Del Monte serait proche de l’allergie. Pour ce critère aussi, la compagnie obtient un C.




SOCIAL = C


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On continue avec Dole. Fondée à Hawaï en 1851, la compagnie est le plus grand négociant en fruits et en fleurs de la planète. Elle est aussi le premier cultivateur de bananes au monde. Ses ventes la placent au deuxième rang, juste derrière Chiquita.




Au cours de l’enquête, Dole s’est montrée très coopérative. Par ailleurs, elle communique abondamment sur les dossiers sensibles. Pour ce qui est de la transparence, elle obtient donc A.




TRANSPARENCE = A




Question environnement, Dole affirme placer le sujet parmi ses priorités. Et de fait, l’entreprise est la première à avoir obtenu une certification ISO en matière de gestion environnementale. Cependant, la compagnie doit faire face à plusieurs procès pour intoxication de la part d’ex-employés. Par ailleurs, il semble qu’au Costa Rica, Dole fasse pression sur le gouvernement pour rendre moins sévère la loi réglementant l’épandage par avion.




Dole a encore du chemin à faire, elle obtient un B.




ENVIRONNMENT = B




Enfin, dans le domaine social aussi, Dole affirme se préoccuper du sort de ses employés. Dans la pratique, il semble surtout qu’elle tolère difficilement l’existence des syndicats, en particulier dans les plantations indépendantes travaillant sous contrat avec elle. Plusieurs cas de travail des enfants y ont été dénoncés, notamment en Equateur, où l’on embauchait dès l’âge de 11 ans et demi. Dole semble vouloir s’améliorer, mais, pour l’instant, ce n’est de loin pas satisfaisant.




SOCIAL = C


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Ensuite, on trouve Chiquita. Fondée en 1885, elle a longtemps été l’exemple même de la multinationale sans foi, ni loi. Pourtant, depuis 95, le numéro 1 mondial de la banane tente d’améliorer ses pratiques sociales et environnementales.




Chiquita est l’entreprise qui communique le plus ouvertement sur ses pratiques. En revanche, elle ne s’est pas montrée très coopérative durant l’enquête. Question transparence, elle obtient B.




TRANSPARENCE = B




Depuis quelques années, la compagnie a orienté une grande partie de ses efforts de recherche vers des modes de production plus respectueux de l’environnement. Sa gestion des questions environnementales fait l’objet de contrôles indépendants. On est encore loin de l’agriculture bio, mais les efforts de Chiquita vont dans le bon sens. Résultat : A




ENVIRONNEMENT = A




Enfin, sur le plan social, Chiquita affirme respecter les règles de l’OIT. Elle a également une politique en matière de santé et de sécurité pour ses employés. Cependant, l’entreprise peine à accepter la formation de syndicats. Entre autres conséquences : des salaires généralement en dessous du minimum légal. La situation est particulièrement grave au Nicaragua où Chiquita est le seul exportateur de bananes. Entre le discours et la pratique, il y a encore une marge, elle obtient donc un B.




SOCIAL = B


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Enfin, on termine par Max Havelaar. Les premières bananes équitables ont été importées en Hollande en 1996. Max Havelaar, comme d’autres labels, ne produit rien, mais certifie des coopératives agricoles. Au plan international, le commerce équitable est coordonné par FLO, pour Fair Labelling Organisation.




Question transparence, pas de problèmes. FLO a largement collaboré à l’enquête et informe largement le public sur ses activités. Résultat : A.




TRANSPARENCE = A




Question environnement, chaque plantation certifiée fait l’objet d’une à deux inspections par année, ce qui donne lieu à un catalogue de corrections à effectuer. En matière de pesticides et de fongicides, FLO impose de trouver des solutions pour en diminuer progressivement l’usage. Par exemple, les épandages par avion sont strictement contrôlés et le but est de diminuer rapidement d’un quart le nombre de survols. Actuellement, c’est ce qui se fait de mieux, FLO obtient donc A.




ENVIRONNEMENT = A




Mais c’est sur le plan social que FLO se distingue le plus. Elle suit les règles de l’OIT et les salaires doivent au moins correspondre aux normes en vigueur dans le pays. Par ailleurs, la pierre d’angle du modèle, c’est le développement économique. En plus du prix payé pour les bananes, les producteurs reçoivent une prime au commerce équitable qui sert à améliorer leur outil de production et les infrastructures de la communauté. On estime ainsi, qu’en 2002, les quelques 6000 producteurs certifiés par FLO ont gagné 5,9 millions de dollars de plus que s’ils ne bénéficiaient pas des avantages du commerce équitable.




Sans surprise, pour ce critère FLO obtient donc A.




SOCIAL = A


Robert Rémy, de Test-Achats à Bruxelles, commente ce résultat : « Il est important de noter que quelle que soit la filière, la qualité de la banane est la même. Il n’y a pas de différence entre la banane dollar et la banane éthique. Donc, si vous choisissez, pour des raisons personnelles, des bananes produites par des entreprises appliquant la responsabilité sociale, vous aurez un produit techniquement tout aussi bon qu’un produit distribué par d’autres entreprises. »




Parallèlement à cette étude fouillée, des analyses classiques de teneur en pesticides ont été effectuées sur les bananes. Sans surprise, elles montrent qu’en dehors des bananes bio, toutes ont été traitées, mais les doses mesurées sur la peau sont toutes dans les normes. Du point de vue de la qualité, les bananes équitables et les autres sont rigoureusement identiques. Du point de vue de l’environnement et des populations locales, non. Cela signifie que, pour une fois, ceux que l’idée d’une production au mépris des droits sociaux dérange ont une véritable alternative. Pour le moment, le commerce équitable pèse moins de 0,3% du marché mondial de la banane, sauf en Suisse où Max Havelaar gagne du terrain depuis 1997.


Max Havelaar ou la production éthique



Banane : ABE teste l'éthique

Dans un monde où l’écrasante majorité des bananes arborent soit une étiquette bleue, soit un soleil jaune sur lettres rouges, la Suisse fait figure d’exception. Une banane sur quatre vendues dans notre pays porte le label Max Havelaar. Conséquence : les Helvètes achètent 37% des bananes équitables vendues autour de la planète.




Constantin Kostyal est le responsable du secteur fruits chez Max Havelaar Suisse.




Est-ce que vous pensez que vous pourriez encore augmenter vos parts de marché en Suisse aujourd’hui ?




« Je pense que oui. Les volumes que les producteurs certifiés Max Havelaar cultivent dans leur pays ne sont pas tous vendus comme de la banane commerce équitable. Il y a 30, 40, 50% qui entrent dans les canaux du commerce équitable, le reste est vendu sur le marché local ou international aussi. C’est-à-dire toute la coopérative est certifiée, toutes les bananes sont commerce équitable, mais seulement la moitié est vendue comme tel. »




Pour Max Havelaar, le plafond des ventes n’est donc pas encore atteint. Ce plafond ne dépend pas du consommateur, mais du distributeur qui décide quelle dose d’éthique il est prêt à mettre dans son tiroir caisse.




La banane équitable rapporte moins au distributeur, mais on rappelle que sa marge est de 35 à 40%, ce qui lui donne le droit d’être un peu généreux. Cette générosité est plus ou moins appliquée par les enseignes. Ainsi, Manor n’en vend pas, mais serait prêt à tenter l’expérience dès le mois prochain. Magro nous a répondu qu’il ne vendait pas Max Havelaar, parce que, selon lui, Chiquita est également un commerce équitable et, chez Carrefour, cela ne représente que 4,4% des ventes, mais les bananes équitables y sont vendues 80 centimes de plus au kilo.




En fait, le succès des bananes Max Havelaar en Suisse tient beaucoup aux choix effectués par Coop et Migros. Chez Migros, elles représentent 35% des ventes contre 75% pour Chiquita. Et, depuis décembre, chez Coop, les bananes équitables et les bananes Dole se partagent à égalité le marché.




Vous pouvez visionner l’interview des représentants de la Coop et de la Migros. Cette interview est uniquement disponible en vidéo.




Pour plus d'informations, vous pouvez visiter ces deux sites :




http://www.bananalink.org.uk




http://www.inibap.org


Pourquoi ne mange-t-on en Europe qu'une seule variété de banane?

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Bananeraies: le bagne du régime

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Procédure d'un test éthique

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Résultats du test

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Max Havelaar loin devant

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Interview de Peter Märki et Gabriel Bensimon, représentants de la Migros et de la Coop.

Interview de Peter Märki et Gabriel Bensimon, représentants de la Migros et de la Coop.