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Pharmacies ayant donné des conseils précis

Huiles essentielles: ne mettez pas votre santé en danger!

L'émission du 14 septembre 2010

Les huiles essentielles détendent et soignent, tout en étant totalement naturelles. Ce marché est en constante expansion. Sur Internet, dans les magasins bio, les instituts de soins, les pharmacies ; on en trouve partout. Nous avons testé leur qualité, avec de grandes différences d’un produit à l’autre. Sans oublier que certaines huiles essentielles sont potentiellement dangereuses ! Les consommateurs sont-ils correctement informés des risques en pharmacie ? Une enquête édifiante, voire inquiétante, en Suisse romande.

Présentation des huiles essentielles

Elles ont des vertus bactéricides, anti-inflammatoires, toniques et cicatrisantes, et bien d’autres encore; les huiles essentielles sont très utilisées et surtout de plus en plus disponibles. On les trouve dans toutes sortes de magasins et sur Internet, donc en libre service, sans que les multiples petits flacons soient accompagnés d’un mode d’emploi.


Flacons d'huiles essentiellesOr ces huiles essentielles ne sont  pas anodines du tout pour certaines. Elles peuvent être dangereuses pour votre santé parce qu’elles sont très concentrées en substances actives. La nature contient aussi des poisons puissants !  Le centre suisse d’information toxicologique signale chaque année des problèmes de santé dus à l’utilisation d’huiles essentielles. Nous allons illustrer le manque d’information et la qualité variable de ces huiles.


Toutes les huiles essentielles ne sont pas huileuses. C’est notamment le cas de l’huile essentielle de sapin, extraite dans le Jura vaudois. L’obtention de ce liquide très précieux, nécessite beaucoup de travail. Nous avons suivi les distillateurs du début à la fin de l’opération.


Nous nous rendons à l’alpage du Pré-aux-Veaux, entre Le Marchairuz et Le Brassus. Les bûcherons effectuent une coupe d’entretien pour redonner un peu d’espace au bétail. Les responsables de la Distillerie de Bassins sont sur le chantier.


Frédéric Guénin, distillateurFrédéric Guénin est distillateur. Il explique les raisons de sa présence:

«Nous sommes en contact avec les gardes forestiers de la région. Dès qu’ils font une coupe, ils nous téléphonent et nous disent à cet endroit il y aura du sapin rouge ou du sapin blanc. Après, on s’organise avec eux. Ils viennent avec les machines, les bûcherons. Ils coupent les sapins, ils les mettent en bas, récoltent le bois pour les scieries et nous on récupère les branches de sapin pour les broyer et les distiller ensuite.»


Le sapin du jour, c’est de l’épicéa qui produit une huile essentielle utilisée dans le traitement des voies respiratoires. L’été tire à sa fin, alors camomille, sauge, persil, lavande ont déjà été récoltés et distillés et l’épicéa prend le relais.


Coupe de bois à l’alpage du Pré-aux-VeauxAujourd’hui, les distillateurs ont récolté environ 12 m3 d’épicéa. Le tracteur et son odorant chargement prennent le chemin de Bassins.

Pour éviter l’oxydation et la fermentation, la récolte est distillée immédiatement. On évacue d’abord les résidus de la distillation de la veille. Des tonnes d’aiguilles de sapin qui finiront comme engrais dans les champs.


Les aiguilles des sapins fraîchement coupés sont récoltéesOn décharge ensuite les aiguilles fraîches que l’on place dans une cuve où elles sont soigneusement tassées. Elles vont être traversées par de la vapeur qui capte les huiles essentielles de la plante. C’est la technique de l’entraînement à la vapeur. En fin de parcours, celle-ci est refroidie, et comme les huiles essentielles sont plus légères que l’eau, elles flottent à la surface et sont faciles à récupérer. Jean-Marc Genevay, distillateur, commente:

«On appelle ça un vase de décantation ou un essencier. L’huile essentielle flotte à la surface. Aujourd’hui, nous avons retiré un litre d’huile essentielle de 4m3 d’épicéa.»


Christophe Perret-Gentil, herboristeChristophe Perret-Gentil est herboriste. Depuis plus de vingt ans, il court l’Europe pour trouver des producteurs qui lui assurent des huiles essentielles de qualité. Comment sait-il qu’il est bien tombé ?

 « On le découvre dans leurs installations. Il n’y a pas des fûts d’huile ou des pneus qui servent de carburant bon marché. Tout est lisible dans leur paysage. Il y a des murs de pierres sèches, des lézards, un nid de frelons, ils ne vont pas le gazer, des rapaces, tous ces bio indicateurs sont présents. Donc on peut bien voir les limites où c’est plus eux, mais la grande culture avec des pesticides et on doit être sûr de pouvoir s’approvisionner en toute sécurité. »


Christophe Perret-Gentil conditionne les huiles essentielles qu’il vend à des aromathérapeutes, des pharmaciens, des centres de soins. Il donne également des cours à celles et ceux qui veulent les utiliser. Il leur parle des risques. Car pour lui, tout est allé très vite, trop vite, dans le monde des huiles essentielles.
« On a découvert des petites bombes, des produits qui sont extrêmement forts et on n’était pas habitués à savoir à quel moment elles allaient intervenir. Alors on a pris deux, puis cinq et enfin dix gouttes par jour et c’est dans ces exagérations qu’il y a eu des accidents, de la tachycardie, des crises d’épilepsie, empoisonnements et tout ça qui a amené le législateur a mettre la pédale douce et à mettre plus de prudence. »


Kurt Hostettmann, grand connaisseur des plantes et des huiles essentiellesKurt Hostettmann est un grand connaisseur des plantes et des huiles essentielles. Cet ancien professeur de l’école de pharmacie de Lausanne-Genève délivre lui aussi un message de prudence.

« La vous avez une plante absolument magnifique, c’est l’hysope. Elle n’est pas indiquée pour les enfants parce qu’elle a, à haute dose, des propriétés neurotoxiques. Les enfants pourraient avoir des spasmes qui ressemblent à des crises d’épilepsie et il y quelques cas qui sont reportés dans la littérature.»
« Par mesure de précaution et par manque d’étude, on n’en donne pas aux femmes enceintes ou qui allaitent. »


Au travers d’une expérience personnelle, le Professeur Hostettmann apporte la preuve que certaines huiles essentielles ne sont pas inoffensives.
« Je souffre de sinusite chronique, j’utilise un médicament avec 300 ml d’huile essentielle d’eucalyptus, de myrte et c’est très agressif. Il est censé s’ouvrir dans l’intestin. J’ai avalé une gélule qui a libéré ses huiles dans l’estomac et dix minutes après j’ai été victime de souffrances atroces, des brûlures épouvantables. Heureusement, j’avais un médicament sous la main, sinon j’aurais du aller à l’hôpital. »
« Il faut se rendre compte que les toxines, les poisons les plus importants proviennent aussi de la nature. »


Huiles essentielles : le test

Huiles essentielles : le test
Il ne faut pas utiliser les huiles essentielles n’importe comment. Certaines huiles peuvent être ingérées, alors que d’autres surtout pas: selon la quantité, vous risquez  une intoxication grave, le coma, voire même la mort! Certaines huiles essentielles peuvent  également irriter les yeux ou  provoquer des réactions cutanées. Certaines huiles essentielles contiennent des agents toxiques photosensibles: il vaut donc mieux ne pas s’exposer au soleil après un traitement. La liste des dangers est longue.


Il est donc important d’être correctement informé avant d’envisager un traitement de confort ou préventif, ou encore de soigner une plaie ou une maladie. Bref, tout cela est assez complexe, tout comme la composition même de ces huiles essentielles!


Incroyable, mais vrai, à l’heure actuelle, on ne connaît pas la composition exacte des huiles essentielles.


Vincent Perret, directeur du laboratoire Labtox à BienneConfirmation avec Vincent Perret, directeur du laboratoire Labtox à Bienne : « Une huile essentielle, c’est plusieurs centaines de produits. Mais elle est différente d’un produit de synthèse. On ne maîtrisera pas tout. »


En Suisse, les huiles essentielles sont classées en deux catégories, les médicaments et les produits chimiques. Les médicaments sont peu nombreux. Ils ne sont vendus qu’en pharmacie et peuvent être accompagnés d’allégations thérapeutiques. Les autres huiles essentielles n’ont pas le droit d’avancer des allégations thérapeutiques et sont classées comme produits chimiques. Au même titre que l’Eau de Javel ou le Canard WC, elles doivent arborer les symboles de danger.


C’est un secret de Polichinelle, la plupart des huiles essentielles vendues comme produits chimiques sont utilisées comme médicaments. Mais certaines d’entre elles sont dangereuses pour les femmes enceintes et les enfants en bas âge parce qu’elles sont abortives ou neuro toxiques. A Bon Entendeur a voulu savoir si le consommateur est averti de ses risques lorsqu’il va acheter l’une ou l’autre de ces huiles en pharmacie, là où il est en droit d’attendre mise en garde ou conseils avisés


A la demande de l’émission, une enquêtrice enceinte de sept mois s’est présentée dans dix-sept pharmacies de Suisse Romande pour acheter cinq produits qui peuvent s’avérer nocifs:


-De la cannelle, à éviter chez la femme enceinte et les enfants de moins de cinq ans
-De l’eucalyptus globulus, qui ne doit pas être ingéré, ni prescrit à des femmes enceintes et des enfants en bas âge.
-De la menthe poivrée, neurotoxique et abortive à dose élevée.
-De la sarriette, contre indiquée chez la femme enceinte et l’enfant.
-Enfin de la lavande stoechade, aux propriétés abortives reconnues.


Vincent Perret : « Une chose absolument claire : sous cette forme-là, ce sont des produits qui sont dangereux. Il est absolument nécessaire qu’il y ait une information pour l’utilisateur sur l’utilisation correcte et sans danger de ces produits-là. Ca peut se faire de deux manières, soit sur l’étiquetage, soit sous la forme de conseils d’un spécialiste. »


Nous avons donc jugé les pharmacies selon qu’elles délivraient ou non des mises en garde spontanées et donnaient ou non des conseils avisés.


Les conseils en pharmacie


Dans les pharmacies suivantes, notre enquêtrice n’a pas reçu d’informations de manière spontanée et lorsqu’elle a demandé des conseils, ceux-ci se sont avérés imprécis.


Pharmacies ayant donné des conseils imprécisLa Pharmacie Principale à Confédération Centre à Genève.
La Pharmacie Sen’su à Lausanne.
La Pharmacie Populaire de la Tour à Lausanne.
La Pharmacie Capitole Gare à Fribourg.
La Pharmacie du Soleil à Neuchâtel.


Dans les quatre pharmacies suivantes, notre enquêtrice n’a pas reçu d’informations spontanées, mais les conseils qu’elle a sollicités ont reçu une réponse précise :


Pharmacies ayant donné des conseils précisLa Pharmacie Thiémard à Fribourg.
La Pharmacie Amavita Pré-Guillaume à Delémont.
La Pharmacie Riat-Gare à Delémont.
La Pharmacie de La Corraterie à Genève.


Trois officines l’ont mis en garde de manière spontanée, mais lui ont donné des conseils imprécis. Ce sont :


Pharmacies ayant donné spontanément des conseils imprécisLa Pharmacieplus de l’Orangerie à Neuchâtel.
La Pharmacieplus Marca à Fribourg.
La Pharmacie Populaire Mont-Blanc à Genève.


Enfin, cinq magasins ont fait tout juste, avec des mises en garde spontanées, judicieuses et des conseils précis :


Pharmacies ayant donné spontanément des conseils avisés La Pharmacie Sun Store Gare CFF à Sion.
La Pharmacie Amavita Conod à Lausanne.
La Pharmacie Fasmeyer à Sion.
La Pharmacie Bugnon Centre à Neuchâtel.
La Pharmacie de Quay à Sion.


On le voit, le consommateur est souvent livré à lui-même, s’il entend utiliser des huiles essentielles. Voici donc quelques précautions indispensables :


Dans le cas d’une huile à utiliser sur la peau, effectuer un test de tolérance en plaçant une goutte au pli du coude et attendre une éventuelle réaction cutanée.
Si l’huile essentielle est destinée à des massages, ne jamais l’utiliser pure, mais la mélanger à de l’huile végétale, jojoba, noisette ou encore macadamia.
Ne jamais laisser les huiles essentielles à portée des enfants.
Ne jamais surdoser dans l’eau du bain pour éviter d’irriter les muqueuses.
Kurt Hostettmann est Professeur honoraire dans les Universités de Genève et Lausanne


 « Oui, on trouve beaucoup de produits cosmétiques, pas des médicaments, prêts à l’emploi, notamment l’huile essentielle de romarin qui est bonne pour la peau et contre la fatigue. Certaines personnes en rajoutent dans l’eau du bain, elles trouvent qu’il n’y en a pas assez et elles rajoutent vingt ou trente gouttes et je vous assure que si vous faites ça vous sortez du bain avec des brûlures aux parties, dans des muqueuses sensibles. »


Certaines huiles essentielles contiennent des furo-coumarines, qui sont photosensibilisantes. Il ne faut pas s’exposer au soleil après un traitement. Demander conseil à un aromathérapeute avant toute utilisation par la voie orale.


Au tour maintenant de la qualité des huiles essentielles. Nous avons demandé au laboratoire Labtox de mesurer les quantités d’éléments actifs de la plante présents dans quatorze huiles essentielles, sept de cannelle et sept d’eucalyptus.


Les huiles essentielles d’eucalyptus


Plus les valeurs sont élevées, meilleure est l’huile et voici le classement.


Huiles d’eucalyptus Oshadi et Kart Les huiles essentielles d’eucalyptus Oshadi et Kart arrivent en tête ; elles sont considérées comme bonnes. L’huile essentielle Kart est la moins chère du test.


Huiles d'eucalyptus Aromasan, Farfalla et PhytomedAvec une valeur légèrement plus faible, les huiles essentielles Aromasan, Farfalla et Phytomed sont également considérées comme bonnes.


Huile essentielle d'eucalyptus BiofloranJuste en dessous, on trouve l’huile essentielle Biofloran, la plus chère du test, considérée comme bonne.


Huile essentielle d’eucalyptus FlorameEnfin l’huile essentielle d’eucalyptus Florame, avec une valeur très inférieure en éléments actifs, se classe dernière. Elle est considérée comme insuffisante par le laboratoire.


Les huiles essentielles de cannelle


Huile de cannelle Sanoflore L’huile Sanoflore a la valeur la plus élevée d’éléments actifs de la plante. Elle est jugée bonne.


Huiles de cannelle Aromasan et FarfallaJuste derrière on trouve les huiles Aromasan, qui est la plus chère du test, et Farfalla. Toutes deux sont bonnes aux yeux du labo.


Huiles de cannelle Oshadi et PhytomedEn troisième position, on trouve les huiles Oshadi et Phytomed, bonnes également.


Huile de cannelle KartLa qualité de l’huile essentielle Kart, la meilleure marché du test, est considérée comme insuffisante par le labo. Cette huile pose problème. Elle affirme contenir de la cannelle du Sri Lanka. Or les valeurs mesurées par le labo semblent indiquer qu’il s’agit de cannelle de Chine, nettement moins chère.


Huile de cannelle Bühlmann Enfin l’huile essentielle Bühlmann se classe loin derrière les meilleures. Sa qualité est jugée insuffisante.


Moralité: toutes les huiles essentielles ne sont pas de bonne qualité. Et notre enquête a permis au laboratoire Kart de découvrir qu’il a fait une erreur: son huile essentielle censée contenir de la cannelle du Sri Lanka contient bel et bien de la cannelle de Chine, de moins bonne qualité. Le laboratoire Kart le reconnaît, et admet une erreur d’étiquetage!


Un autre élément du test est en revanche plus réjouissant: aucune des 14 huiles essentielles testées ne contient des molécules de synthèse.


Interview de Dominique Zosso, pharmacienne et formatrice en aromathérapie

Dominique Zosso, pharmacienne et formatrice en aromathérapieNotre enquête en pharmacies donne des résultats inquiétants. Comment expliquer que dans presque la moitié des pharmacies où elle s’est rendue, notre enquêtrice a obtenu  des renseignements imprécis, voire faux !

Nous avons posé la question à une pharmacienne, et  pas n’importe laquelle : Dominique Zosso est formatrice en aromathérapie dans le cadre des formations continues que peuvent suivre les pharmaciens. Elle est aussi membre de la Société des Pharmaciens de Lausanne. 


Espérons que son message soit entendu par les pharmaciennes et pharmaciens!


Les soins

Il ne faut pas oublier que la composition des huiles essentielles est très complexe : elles contiennent des centaines de substances différentes, alcools, cétones, terpènes et oxydes, pour n’en citer que  quelques-uns. L’aromathérapie ne s’improvise pas, ou du moins, ne devrait pas s’improviser. Quelques rares médecins généralistes « classiques » la pratiquent.


Pierre-Olivier Tauxe, médecin généraliste et aromathérapeuteMédecin généraliste et aromathérapeute, Pierre-Olivier Tauxe le dit lui-même: il est tombé il y a une vingtaine d’années dans la marmite des huiles essentielles. Il les utilise au quotidien sur ses patients. Pour ce praticien lausannois, l’aromathérapie permet avant tout de prévenir la maladie. Mais le patient doit y mettre du sien.


« Prévenir c’est voir comment la personne pourrait être amenée à modifier son mode de vie. C’est vrai que l’aromathérapie, avec son côté sensuel, peut être amenée dans un foyer et permettre aux gens de prendre une meilleure conscience d’eux-mêmes et se sentir aussi en meilleure santé dans tous les sens du terme. »


Pierre-Olivier Tauxe avec une de ses patientesUne fois l’huile essentielle choisie en fonction de la pathologie du patient, l’aromathérapeute l’applique de différentes manières. « On peut l’appliquer directement sur le poignet. Pénétration HE excellente, dans le sang en quinze minutes. »  « Chez les enfants je recommande les pieds, loin du nez. » « Prises orales et en suppositoires réservées à ceux qui ont suivi des formations en aromathérapie. »


Le nombre d’huiles essentielles à disposition de l’aromathérapeute pour traiter ses patients est impressionnant. « J’en ai beaucoup dans le présentoir qui est à côté, environ 150 ou 200. Mais je travaille effectivement avec une vingtaine. Cela suffit à traiter les grands standards de l’aromathérapie, l’anti-grippe et les problèmes digestifs. Je cherche régulièrement des nouveautés avec des pharmaciennes qui s’y intéressent. Mais avec trente huiles, on fait déjà beaucoup.»


A côté de cette médecine naturelle, les instituts de massages aux huiles essentielles fleurissent ici et là. Comment le médecin aromathérapeute juge le boom de ces centres de bien-être ? « Je vois ça d’un bon œil à condition qu’il y ait des formations correctes. Il y a un effet de mode, on l’a vu avec la médecine chinoise, mais je pense que cela va prendre sa place dans le concert des médecines complémentaires. »


Catherine Leuba, formatrice dans le domaine des huiles essentiellesNous sommes à Saint-Prex. Dans cet institut de soins, Catherine Leuba a suivi plusieurs formations dans le domaine des huiles essentielles. Elle est également formatrice. Ses clients viennent dans un but précis : « Surtout pour enlever le stress et on sait que 80% des pathologies proviennent du stress. »


Françoise est styliste. Voici ce qu’elle retire des massages aux huiles essentielles : « Un bien-être, pour ne pas utiliser la chimie, mais seulement des produits naturels, soulager des douleurs à la nuque et retrouver l’inspiration pour mon métier. »


Les instituts de soins naturels sont à la mode. Ils fleurissent ici et là. Catherine Leuba estime que le boom va continuer « Les gens en ont besoin. Reste à faire la part des choses entre les gens formés en deux jours et ceux qui ont reçu une véritable formation. » Cette formation pourrait être sanctionnée par un diplôme.« Ce serait une bonne chose, également sur le plan de la sécurité. »


Christophe Perret-Gentil, herboristePour Christophe Perret-Gentil, le jeu de la concurrence a élevé le niveau des centres de soins: «On voit beaucoup de gens venir pour se former et leurs questions au téléphone deviennent vraiment pointues, plus élevées qu’il y a cinq ou dix ans. C’est pour sortir du lot, parce qu’il y a une pléthore de thérapeutes à la petite semaine qui font des massages. Pour pouvoir en vivre, il faut promouvoir la qualité. » 


S’il y a des thérapeutes à la petite semaine comme le dit Christophe Perret Gentil, c’est aussi parce qu’il n’existe pas de diplôme reconnu en aromathérapie ! Des fabricants d’huiles essentielles donnent des cours, mais n’importe qui peut s’improviser aromathérapeute du jour au lendemain !


Forum interactif avec deux très bons connaisseurs des huiles essentielles 


Retrouvez toutes les questions posées dans la foulée de l'émission par nos internautes à deux très bons connaisseurs des huiles essentielles:


Muriel Cuendet est professeure associée en Pharmacognosie à l’Ecole des Sciences Pharmaceutiques.


Pascal Pillonel est pharmacien à la Chaux-de Fonds, spécialiste depuis des années en aromathérapie, oligothérapie, fleurs de Bach et bien d’autres choses.


Ce forum intéractif a été mis en place pour votre information. Si vous avez le moindre doute sur les méthodes ou concentrations en matière d'huile essentielles, consultez un spécialiste dans votre canton.


Toutes les questions/réponses posées sur notre forum interactif


La semaine prochaine

Le paysage des fast-foods se diversifie ! Après les hamburgers ou le poulet frit, voici les sushis, devenus le repas portable, sain et à la mode. Frais ou surgelés, le sushi s’impose aussi dans les supermarchés ! Mais il y a les vrais et les simili-sushis, dont certains sont à peine mangeables ! Mardi prochain, des professionnels du sushi nous aideront à faire la distinction entre le bon et le sushi bas de gamme, vous apprendrez aussi comment faire des sushis très originaux ! Manger des bons sushis, c’est diététiquement bien, mais  l’augmentation de la consommation de poissons, c’est écologiquement problématique ! Avantages et inconvénients, la sushimania est au menu d’ABE.


Présentation des huiles essentielles

Présentation des huiles essentielles

Huiles essentielles : le test

Il ne faut pas utiliser les huiles essentielles n’importe comment. Certaines huiles peuvent être ingérées, alors que d’autres surtout pas: selon la quantité, vous risquez  une intoxication grave, le coma, voire même la mort! Certaines huiles essentielles peuvent  également irriter les yeux ou  provoquer des réactions cutanées. Certaines huiles essentielles contiennent des agents toxiques photosensibles: il vaut donc mieux ne pas s’exposer au soleil après un traitement. La liste des dangers est longue.

Il est donc important d’être correctement informé avant d’envisager un traitement de confort ou préventif, ou encore de soigner une plaie ou une maladie. Bref, tout cela est assez complexe, tout comme la composition même de ces huiles essentielles!

Incroyable, mais vrai, à l’heure actuelle, on ne connaît pas la composition exacte des huiles essentielles.

Vincent Perret, directeur du laboratoire Labtox à BienneConfirmation avec Vincent Perret, directeur du laboratoire Labtox à Bienne : « Une huile essentielle, c’est plusieurs centaines de produits. Mais elle est différente d’un produit de synthèse. On ne maîtrisera pas tout. »

En Suisse, les huiles essentielles sont classées en deux catégories, les médicaments et les produits chimiques. Les médicaments sont peu nombreux. Ils ne sont vendus qu’en pharmacie et peuvent être accompagnés d’allégations thérapeutiques. Les autres huiles essentielles n’ont pas le droit d’avancer des allégations thérapeutiques et sont classées comme produits chimiques. Au même titre que l’Eau de Javel ou le Canard WC, elles doivent arborer les symboles de danger.

C’est un secret de Polichinelle, la plupart des huiles essentielles vendues comme produits chimiques sont utilisées comme médicaments. Mais certaines d’entre elles sont dangereuses pour les femmes enceintes et les enfants en bas âge parce qu’elles sont abortives ou neuro toxiques. A Bon Entendeur a voulu savoir si le consommateur est averti de ses risques lorsqu’il va acheter l’une ou l’autre de ces huiles en pharmacie, là où il est en droit d’attendre mise en garde ou conseils avisés

A la demande de l’émission, une enquêtrice enceinte de sept mois s’est présentée dans dix-sept pharmacies de Suisse Romande pour acheter cinq produits qui peuvent s’avérer nocifs:

-De la cannelle, à éviter chez la femme enceinte et les enfants de moins de cinq ans
-De l’eucalyptus globulus, qui ne doit pas être ingéré, ni prescrit à des femmes enceintes et des enfants en bas âge.
-De la menthe poivrée, neurotoxique et abortive à dose élevée.
-De la sarriette, contre indiquée chez la femme enceinte et l’enfant.
-Enfin de la lavande stoechade, aux propriétés abortives reconnues.

Vincent Perret : « Une chose absolument claire : sous cette forme-là, ce sont des produits qui sont dangereux. Il est absolument nécessaire qu’il y ait une information pour l’utilisateur sur l’utilisation correcte et sans danger de ces produits-là. Ca peut se faire de deux manières, soit sur l’étiquetage, soit sous la forme de conseils d’un spécialiste. »

Nous avons donc jugé les pharmacies selon qu’elles délivraient ou non des mises en garde spontanées et donnaient ou non des conseils avisés.

Les conseils en pharmacie

Dans les pharmacies suivantes, notre enquêtrice n’a pas reçu d’informations de manière spontanée et lorsqu’elle a demandé des conseils, ceux-ci se sont avérés imprécis.

Pharmacies ayant donné des conseils imprécisLa Pharmacie Principale à Confédération Centre à Genève.
La Pharmacie Sen’su à Lausanne.
La Pharmacie Populaire de la Tour à Lausanne.
La Pharmacie Capitole Gare à Fribourg.
La Pharmacie du Soleil à Neuchâtel.

Dans les quatre pharmacies suivantes, notre enquêtrice n’a pas reçu d’informations spontanées, mais les conseils qu’elle a sollicités ont reçu une réponse précise :

Pharmacies ayant donné des conseils précisLa Pharmacie Thiémard à Fribourg.
La Pharmacie Amavita Pré-Guillaume à Delémont.
La Pharmacie Riat-Gare à Delémont.
La Pharmacie de La Corraterie à Genève.

Trois officines l’ont mis en garde de manière spontanée, mais lui ont donné des conseils imprécis. Ce sont :

Pharmacies ayant donné spontanément des conseils imprécisLa Pharmacieplus de l’Orangerie à Neuchâtel.
La Pharmacieplus Marca à Fribourg.
La Pharmacie Populaire Mont-Blanc à Genève.

Enfin, cinq magasins ont fait tout juste, avec des mises en garde spontanées, judicieuses et des conseils précis :

Pharmacies ayant donné spontanément des conseils avisés La Pharmacie Sun Store Gare CFF à Sion.
La Pharmacie Amavita Conod à Lausanne.
La Pharmacie Fasmeyer à Sion.
La Pharmacie Bugnon Centre à Neuchâtel.
La Pharmacie de Quay à Sion.

On le voit, le consommateur est souvent livré à lui-même, s’il entend utiliser des huiles essentielles. Voici donc quelques précautions indispensables :

Dans le cas d’une huile à utiliser sur la peau, effectuer un test de tolérance en plaçant une goutte au pli du coude et attendre une éventuelle réaction cutanée.
Si l’huile essentielle est destinée à des massages, ne jamais l’utiliser pure, mais la mélanger à de l’huile végétale, jojoba, noisette ou encore macadamia.
Ne jamais laisser les huiles essentielles à portée des enfants.
Ne jamais surdoser dans l’eau du bain pour éviter d’irriter les muqueuses.
Kurt Hostettmann est Professeur honoraire dans les Universités de Genève et Lausanne

 « Oui, on trouve beaucoup de produits cosmétiques, pas des médicaments, prêts à l’emploi, notamment l’huile essentielle de romarin qui est bonne pour la peau et contre la fatigue. Certaines personnes en rajoutent dans l’eau du bain, elles trouvent qu’il n’y en a pas assez et elles rajoutent vingt ou trente gouttes et je vous assure que si vous faites ça vous sortez du bain avec des brûlures aux parties, dans des muqueuses sensibles. »

Certaines huiles essentielles contiennent des furo-coumarines, qui sont photosensibilisantes. Il ne faut pas s’exposer au soleil après un traitement. Demander conseil à un aromathérapeute avant toute utilisation par la voie orale.

Au tour maintenant de la qualité des huiles essentielles. Nous avons demandé au laboratoire Labtox de mesurer les quantités d’éléments actifs de la plante présents dans quatorze huiles essentielles, sept de cannelle et sept d’eucalyptus.

Les huiles essentielles d’eucalyptus

Plus les valeurs sont élevées, meilleure est l’huile et voici le classement.

Huiles d’eucalyptus Oshadi et Kart Les huiles essentielles d’eucalyptus Oshadi et Kart arrivent en tête ; elles sont considérées comme bonnes. L’huile essentielle Kart est la moins chère du test.

Huiles d'eucalyptus Aromasan, Farfalla et PhytomedAvec une valeur légèrement plus faible, les huiles essentielles Aromasan, Farfalla et Phytomed sont également considérées comme bonnes.

Huile essentielle d'eucalyptus BiofloranJuste en dessous, on trouve l’huile essentielle Biofloran, la plus chère du test, considérée comme bonne.

Huile essentielle d’eucalyptus FlorameEnfin l’huile essentielle d’eucalyptus Florame, avec une valeur très inférieure en éléments actifs, se classe dernière. Elle est considérée comme insuffisante par le laboratoire.

 

 

Les huiles essentielles de cannelle

Huile de cannelle Sanoflore L’huile Sanoflore a la valeur la plus élevée d’éléments actifs de la plante. Elle est jugée bonne.

Huiles de cannelle Aromasan et FarfallaJuste derrière on trouve les huiles Aromasan, qui est la plus chère du test, et Farfalla. Toutes deux sont bonnes aux yeux du labo.

Huiles de cannelle Oshadi et PhytomedEn troisième position, on trouve les huiles Oshadi et Phytomed, bonnes également.

Huile de cannelle KartLa qualité de l’huile essentielle Kart, la meilleure marché du test, est considérée comme insuffisante par le labo. Cette huile pose problème. Elle affirme contenir de la cannelle du Sri Lanka. Or les valeurs mesurées par le labo semblent indiquer qu’il s’agit de cannelle de Chine, nettement moins chère.

Huile de cannelle Bühlmann Enfin l’huile essentielle Bühlmann se classe loin derrière les meilleures. Sa qualité est jugée insuffisante.

Moralité: toutes les huiles essentielles ne sont pas de bonne qualité. Et notre enquête a permis au laboratoire Kart de découvrir qu’il a fait une erreur: son huile essentielle censée contenir de la cannelle du Sri Lanka contient bel et bien de la cannelle de Chine, de moins bonne qualité. Le laboratoire Kart le reconnaît, et admet une erreur d’étiquetage!

Un autre élément du test est en revanche plus réjouissant: aucune des 14 huiles essentielles testées ne contient des molécules de synthèse.

Interview de Dominique Zosso, pharmacienne et formatrice en aromathérapie

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Les soins

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