Métro, boulot, mal au dos

L'émission du 18 février 2009

Neuf adultes sur dix souffriront du dos au moins une fois dans leur vie. Malgré sa fréquence, la lombalgie est encore trop souvent mal comprise et mal soignée. Le risque: développer un mal de dos chronique. Une enquête signée Mario Fossati et Bernard Novet.

Le mal de dos touche 9 personnes sur 10

Ce reportage a obtenu le 1er prix du Prix Suva des Médias 2009


Image fausse

La colonne vértébrale est indissociable du réseau musculaire qui peut être à l'origine des douleurs dorsales En général, quand on imagine son dos, la représentation est fausse. Les vertèbres ne reposent pas en un fragile équilibre sur les disques. Dans la réalité, la colonne est indissociable du réseau musculaire qui l'enserre. Ces muscles qui se croisent en tout sens forment un véritable carcan. Aucun mouvement, du plus puissant au plus fin, ne peut être effectué sans que cette structure y participe. Y compris le simple fait de rester immobile.

Le dos est donc une structure extrêmement solide, mais comme il est sollicité en permanence, il n'est pas rare que de petites lésions tendineuses ou musculaires surviennent. Ces micro-entorses sont en général bénignes. Pourtant, il est impossible de les ignorer, puisque justement on se sert tout le temps du dos.


En cas de douleurs, il faut avant tout vérifier l'absence de causes spécifiques (hernie, infection, tumeur...) En cas de douleurs aigües, la première étape d'une consultation médicale consiste à vérifier si le mal de dos ne provient pas de causes spécifiques. Concrètement, le médecin doit s'assurer qu'il ne s'agisse ni d'une fracture, ni d'une tumeur, ni d'une infection, ni d'une hernie discale. Et encore pas n'importe laquelle! Dans leur grande majorité, les hernies discales ne sont qu'un indicateur du vieillissement de la colonne vertébrale et ne jouent aucun rôle dans la survenue de la douleur. Des études ont montré que la proportion des hernies discales parmi les personnes n'ayant pas mal au dos était la même que parmi les lombalgiques. Au total, on estime que seules 1 à 2% des douleurs lombaires sont réellement causées par une hernie.


9 fois sur 10, le mal de dos découle d'une micro-déchirure musculaire ou tendineuse. Une lésion qu'aucun appareil d'imagerie médicale n'est en mesure de mettre en évidence, comme l'explique Christine Cedraschi, psychologue à l'hôpital cantonal de Genève (HUG): "C'est là qu'on dit souvent au patient, j'ai une bonne nouvelle, vous n'avez rien. Mais j'ai une mauvaise nouvelle, le fait qu'il n'y a rien à la radio fait qu'il n'y a pas quelque chose de tout à fait spécifique qu'on pourrait traiter, d'un seul coup, et après, miraculeusement, tout irait bien."


Douleur trompeuse

En cas de lombalgie, c'est le mouvement et non l'immobilité qui soigne Quand on se brûle un doigt, la douleur a pour fonction de nous faire retirer la main. Avec les lombalgies, en revanche, l'information est trompeuse. Quand on a mal, le réflexe est de ne plus bouger alors que c'est justement le mouvement qui soigne. Grâce à la médecine du sport, on sait aujourd'hui que pour guérir un muscle ou un tendon, il faut tirer dessus rapidement afin de permettre une bonne cicatrisation. A l'inverse, s'ils demeurent inactifs, les muscles perdent 3% de leur masse par jour. Une fonte qui rend d'autant plus difficile le rétablissement.

Pendant longtemps, on a cru que le repos réparait les traumatismes du dos, on sait depuis peu que c'est exactement le contraire, mais l'information a du mal à passer, même parmi les professionnels de la santé.


Métro, boulot, mal au dos

Malgré les évolutions technologiques, les employés souffrent toujours autant du dos... C'est entre 35 et 55 ans que l'incidence de la lombalgie est la plus forte. L'accumulation des gestes effectués dans le cadre du travail seraient la cause principale des atteintes au dos. Des études menées à travers toute l'Europe le montrent: 25 à 30% des employés se plaignent de douleurs dans le bas du dos. Ces chiffres sont désespérément stables, malgré l'accumulation des connaissances en ergonomie et l'adoption d'un véritable arsenal de normes et de règlements.

L'explication tiendrait d'une part à l'augmentation des cadences de travail. Sur un chantier, par exemple, rien ne sert de diminuer le poids des sacs de ciment par deux si dans le même temps l'ouvrier doit travailler deux fois plus vite. D'autre part, pour augmenter le rendement, l'organisation de la production tend à limiter toujours plus les gestes au strict nécessaire. On porte de moins en moins, mais on ne bouge plus assez l'ensemble du corps. C'est vrai pour celui qui travaille devant une machine, comme pour la personne assise huit heures devant son ordinateur.

Enfin, on a pu démontrer que la charge du stress use le dos aussi sûrement que les charges que l'on porte. En avoir plein le dos n'est pas qu'une formule.


Les douleurs dorsales, une menace pour la santé et l'emploi des travailleurs C'est donc souvent au travail que l'on se casse le dos, c'est malheureusement trop souvent à cause du dos que l'on perd son travail. En général, un lumbago guérit en moins de six semaines, mais dans 5 à 10 % des cas, en général sans que l'on comprenne pourquoi, la douleur persiste et risque d'entraîner la personne dans une spirale destructrice. Les statistiques montrent qu'après trois mois d'arrêt de travail pour lombalgie, la probabilité de recoller avec le monde professionnel diminue rapidement. Après une année, les chances ne sont plus que de 50%.

On pourrait résumer la problématique de la façon suivante: comme le dos on s'en sert aussi en dehors du travail, les assurances ne reconnaissent généralement pas la lombalgie comme maladie professionnelle. Comme 9 fois sur 10, la douleur lombaire n'a pas pour origine un problème identifiable, l'AI considère que la personne reste apte à travailler, et tant pis pour elle si elle doit changer de métier. Et comme ces différents refus tombent en général après de longs mois d'inactivité, la personne perd ses chances de retrouver du travail. La lombalgie chronique est devenue une cause fréquente d'exclusion sociale.


Pas de fatalité

Une rééducation est possible dans la majorité des cas Comme 9 fois sur 10, le mal de dos traduit davantage un défaut de fonctionnement plutôt qu'une lésion importante, dans la majorité des cas, une rééducation devrait être possible. Dans la pratique, plus le temps s'écoule, plus la récupération devient difficile, comme le résume le docteur Gilles Rivier, médecin à la clinique romande de réadaptation de la SUVA, à Sion: "Quand il y a une lésion, celle-ci passe, en quelques semaines l'affaire est terminée, mais ensuite on a toujours peur de bouger, peur de maintenir ses activités, et à ce moment-là, ceci peut constituer un obstacle à la réintégration. Donc nous essayons à la fois de rassurer, d'encourager à reprendre les activités et ensuite il s'agit de reprendre confiance et de voir son dos comme quelque chose de beaucoup plus solide que ce qu'on imaginait. Mais bien entendu quand on a mal, c'est difficile de changer d'opinion sur son dos."

Réparer un dos passe obligatoirement par une remise en mouvement et un travail de musculation. Avant d'y parvenir, l'obstacle le plus difficile à vaincre est souvent la crainte d'empirer son mal. Pourtant, le message des spécialistes est unanime: "Un dos, ça ne casse jamais, mais si vous ne le bougez pas, vous allez le perdre."


La musique, une piste pour lutter contre la douleur

Au centre Anti-Douleur de Montpellier, on teste la musicothérapie sur une quarantaine de patients
Si la musique adoucit les mœurs, elle pourrait aussi apaiser les
douleurs. En témoigne ce reportage tourné au Centre Anti-Douleur de
Montpellier qui accueille des personnes souffrant physiquement le
martyre et qui résistent à tout traitement. Dans ce lieu où on
aborde le patient dans sa globalité, un jeune musicothérapeute,
Stéphane Guétin, étudie les effets de la musique sur la douleur
auprès d'une quarantaine de patients. Les résultats sont probants.
Quel type de musique est utilisé dans ce cadre thérapeutique ?
Comment agit-elle sur la perception de la douleur ?