36.9° Magazine santé [RTS]

36,9° - La Palme de la malbouffe - Contre la dépression: pilule ou placebo?

L'émission du 8 octobre 2008
Le vrai problème: l'omniprésence de l'huile de palme, y compris dans l'alimentation pour bébés

Auto-goal sanitaire

La limitation des acides gras trans a provoqué un auto-goal sanitaire Savons-nous vraiment ce que l'on mange? La plupart du temps, on ne maîtrise ni la quantité ni la qualité des graisses que l'on avale. C'est l'industrie agro-alimentaire ou le chef de la cafétéria qui décide. Sur le front des acides gras, pas mal de choses ont changé ces dernières années, des changements qui sont passés souvent inaperçus.

Il y a une centaine d'années, l'homme a inventé l'hydrogénation, un procédé qui permet de solidifier n'importe quelle huile. Mais ce faisant, la forme naturelle des acides gras, dite cis, est transformée en trans. Depuis plus de dix ans, des études scientifiques montrent que ces acides gras trans (AGT) sont pires pour la santé que les graisses animales saturées. En janvier 2007, l'Office fédéral de la santé publique a fait appel à la responsabilité individuelle de l'industrie alimentaire, qui a dû s'engager à limiter les valeurs d'AGT à 2% maximum de la teneur lipidique de ses produits. Nos collègues d' ABE ont montré que cette mesure semble respectée par les fabricants. Malheureusement, cette bonne mesure de santé publique est en train de se retourner contre nous. On a limité les acides gras trans, on a permis l'invasion de l'huile de palme. On a voulu améliorer la qualité de l'alimentation, on a marqué un auto-goal!

Malgré la promesse des fabricants, les acides gras saturés ont remplacé les matières grasses hydrogénées La diète méditerranéenne ou les cinq portions de fruits et de légumes par jour, c'est mieux que rien, mais c'est insuffisant. L'interdiction des AGT est un progrès pour la santé publique, mais moins d'hydrogénation ne doit pas rimer avec plus d'huile de palme. Toujours en janvier 2007, les fabricants se sont engagés devant les autorités sanitaires à ne pas remplacer les matières grasses hydrogénées par des acides gras saturés. Ils n'ont pas tenu parole.

Nos collègues de la Télévision tessinoise ont montré que le remplacement des graisses hydrogénées par de l'huile de palme a eu pour effet pervers d'augmenter le taux de graisses saturées dans de nombreux aliments. Certes, notre organisme a besoin de graisses saturées pour fonctionner, mais la quantité raisonnable est de l'ordre de 20 à 25 grammes par jour. Le surplus se traduit par des dérèglements; l'un d'eux, le plus connu, est celui de faire augmenter le mauvais cholestérol.

"Huile ou graisse végétale", la mention qui indique la présence d'huile de palme Et puis, nous avons si bien intégré le message de prévention, ou plutôt de restriction des graisses animales, que lire « huile végétale » sur l'étiquette, ça rassure, c'est synonyme de bonne graisse. En réalité, l'inscription « huile ou graisse végétale » signe la présence d'huile de palme. Dès que le fabricant utilise une autre matière grasse, il précise son nom, même si c'est une graisse bon marché comme l'arachide.

En Suisse, la consommation d'huile de palme a plus que triplé: de neuf mille tonnes il y a dix ans, à plus de vingt-huit mille tonnes par an aujourd'hui. La graisse de palme est utilisée dans les barres de céréales, le bircher-muesli, les produits de boulangerie industrielle, les aliments pré-cuisinés, les soupes, les sauces, la masse grasse pour fourrer le chocolat, les glaces et même les herbes aromatiques, les bonbons et encore plus fou: les raisins secs! Ce qui est frappant, c'est que la mention bio, les allégations santé ou les références à la nature ne sont pas synonymes de bonnes graisses. Même les produits de régime n'échappent pas à l'huile de palme. Et qui se méfierait des laits et des bouillies pour nourrissons?

Le saccage de la forêt dans notre assiette

Des kilomètres carrés de palmiers remplacent les forêts Le palmier à huile est exploité dans des pays en développement qui ont besoin d'argent. Si aucun mécanisme financier ne les incite à protéger la forêt, leurs arbres tomberont jusqu'au dernier. Presque deux millions d'hectares sont détruits chaque année rien qu'en Indonésie, selon Greenpeace, des chiffres non contestés! A la place, des kilomètres carrés de palmiers tirés au cordeau. 40% de cette précieuse forêt et de ses tourbières a déjà disparu pour le compte de multinationales comme Sinar Mas, Duta Palma, Cargill, ou plus connues en Suisse: Unilever, Nestlé, Kraft Foods, Procter & Gamble. L'Indonésie, au niveau mondial, c'est le troisième émetteur de gaz à effet de serre à cause de la déforestation.

Le palmier à huile donne des fruits, qu'on récolte puis presse comme l'olive, mais la comparaison s'arrête là. De la pulpe, on tire l'huile de palme. De l'amande, l'huile de palmiste, proche de la graisse de coco. Sous les tropiques, elle a une couleur orange-dorée, elle est liquide à température ambiante et consommée non raffinée. Mais l'essentiel de la culture est exporté, principalement en Chine, en Inde et dans l'Union Européenne. 80% de la production de l'huile de palme sert à nourrir les hommes, les 20% restant vont à l'industrie cosmétique et aux agrocarburants.

Chaque jour, cinq ou six camions déchargent de l'huile de palme dans l'usine de Nutriswiss, à Lyss dans le canton de Berne. Pour ses clients, Nutriswiss fabrique notamment des margarines et des masses grasses de base. Cette entreprise est leader dans le marché helvétique du fractionnement, une technique qui permet de durcir les huiles sans les hydrogéner et qui s'est beaucoup développée l'an dernier suite au règlement de l'Office fédéral de la santé publique, imposant à l'industrie de réduire à moins de 2% les acides gras trans dans les aliments. Il y a dix ou douze ans, Nutriswiss utilisait environ 10% d'huile de palme dans les recettes, aujourd'hui c'est autour de 40%.

Chez Nutriswiss, cinq ou six camions font la livraison d'huile de palme quotidiennement Le fractionnement est un peu plus coûteux que l'hydrogénation. Naturellement très saturée, l'huile de palme et de palmiste se prête très bien à ce procédé. Ce n'est pas de la gastronomie, c'est de la haute technologie. Il s'agit de transformer une huile vierge en une graisse solide à température ambiante, facile à travailler et qui se conserve très longtemps. Pour cela, il faut la dénaturer: décolorée, désodorisée, filtrée, fractionnée, l'huile est totalement transformée.

L'huile de palme est chauffée dans le but d'obtenir sa cristallisation, environ 25% de l'huile va cristalliser, ensuite on passe ces cristaux dans des filtres qui permettent de séparer la partie oléique de la partie stéarique, donc on obtient une phase liquide et une phase solide. La phase solide peut être utilisée comme base dans des margarines, par exemple, comme alternative aux acides gras trans. La partie liquide, elle, peut servir pour la friture. Mais existe-t-il une alternative à l'huile de palme? Le palmier à huile est dix fois plus productif que le soja; le rendement du palmier à huile est d'environ 82% d'huile de palme brute, 10% de farine de palmiste et de 8% d'huile de palmiste. Toutes les autres plantes ont un moins bon rendement. Comme alternative, on peut par exemple utiliser du beurre de cacao, mais c'est relativement cher et puis c'est aussi une huile tropicale, ou alors on peut bien sûr prendre des graisses animales, mais en réalité il y a très peu de vraies alternatives.

La boulangerie industrielle, grande consommatrice d'huile de palme La boulangerie industrielle est l'un des gros utilisateurs de matières grasses à base d'huile de palme, mais on la trouve aussi chez les artisans qui souvent ignorent la composition exacte de leur margarine.

En boulangerie et petite boulangerie, on a longtemps utilisé surtout le beurre, mais c'est plus compliqué à travailler, c'est trois fois plus cher que la margarine, mais pour le goût on n'a jamais trouvé mieux. Et si les clients réclament tout de même des croissants à la margarine, c'est qu'on leur a répété que trop de beurre, c'est mauvais pour la santé.

Nous sommes aussi nombreux à prendre au moins un repas par jour à l'extérieur: restaurant, cafétéria d'entreprise ou cantine scolaire. Au resto, on fait confiance au cuistot. L'expérience montre que bien souvent le restaurateur ou le cuisinier ne connaît pas la composition des graisses qu'il va utiliser; lui aussi, il fait confiance à son fournisseur. Dans un restaurant, choisir de bonnes matières grasses, ça pèse lourd dans le budget: 30 à 40%.

Le saccage de la santé

L'expression de nos gènes est influencée par notre alimentation Tout au long de la vie, les aliments nous façonnent. 30 à 40% de notre ration journalière provient des acides gras, cela signifie que les graisses sont une part importante de nos repas. C'est une très bonne source d'énergie par exemple pour les muscles. Tous les lipides apportent la même quantité d'énergie, soit 9 kilocalories par gramme. Mais contrairement à ce que l'on a longtemps pensé, les acides gras ne sont pas de qualité équivalente et on ne les métabolise pas de la même manière.

Ce que nous mangeons influence l'expression de certains de nos gènes, parce que les graisses et les dérivés des graisses sont des molécules de signalisation extrêmement importantes dans notre organisme et, bien que les protéines et les sucres peuvent aussi avoir une influence sur l'information génétique, leur pouvoir de signalisation est nettement plus faible que celui des acides gras.

Les risques principaux de l'huile de palme, c'est d'augmenter la concentration de cholestérol dans la circulation sanguine d'une part, et, d'autre part, ces graisses influencent la coagulation et augmentent le risque de diabète en modifiant l'action de l'insuline au niveau de différents tissus.

Et puis, il y a un siècle, l'alimentation assurait l'équilibre entre ces deux importantes familles d'acide gras: les oméga-6 et les oméga-3. La consommation d'acides gras oméga-6, présents dans la plupart des huiles végétales et les céréales, ainsi que dans les œufs et les viandes selon l'alimentation des animaux, a été multipliée au cours des trente dernières années. C'est parti de la constatation qu'ils baissaient le taux de cholestérol, on s'est rendu compte après coup qu'ils augmentaient aussi les réactions inflammatoires et donc le risque de certaines maladies inflammatoires, allergies, pathologies auto-immunes. Aujourd'hui, la population absorbe jusqu'à vingt-cinq fois plus d'oméga-6 que d'oméga-3.

Les oméga-3 ont un rôle fondamental dans le développement du foetus L'erreur, c'est d'exagérer. Si on se nourrit uniquement d'acides gras oméga-3, on aura des problèmes de coagulation. Si on consomme trop d'oméga-6, on aura des problèmes d'inflammation; si on a un cancer, il pourra se développer, métastaser plus rapidement. De plus, dans l'organisme, les oméga-6 entrent en compétition avec les oméga-3 en inhibant leur action bénéfique. Il ne suffit donc pas d'augmenter simplement la dose d'oméga-3 pour compenser. Il faut diminuer l'apport en oméga-6, ce que ne précisent pas les marchands de gélules d'huile de poisson! Le marketing des oméga-3 est effréné, certaines applications ne sont pas sérieuses, mais il est bien clair que nos populations sont en train de se carencer en acide gras oméga-3 et qu'il faut augmenter les apports notamment en acides gras d'origine marine.

Plus récemment, on a découvert que les oméga-3 jouent également un rôle fondamental dans la formation du système nerveux et du cerveau du foetus. Les chercheurs ont constaté des problèmes chez certains prématurés et, lors de grossesses très rapprochées, chez les bébés des femmes qui ne consomment pas assez d'oméga-3. Des carences qui peuvent aussi perturber la capacité à apprendre de l'enfant.

Manger, une affaire de santé et d'information

Le vrai problème: l'omniprésence de l'huile de palme, y compris dans l'alimentation pour bébés La recherche nous apprend que c'est inutile de boire de l'huile de lin au goulot ou d'avaler frénétiquement des capsules d'huile de poisson. En plus les océans se vident! Donc l'urgence, c'est de réduire sa consommation de graisses saturées et d'oméga-6. Mais comment? Première étape: se faire une idée de la quantité et de la qualité des graisses qu'on avale en moyenne jour après jour. Mais est-ce possible?

Encore une fois, le problème ce n'est pas l'huile de palme elle-même, c'est son omniprésence dans l'alimentation, y compris dans celle des bébés et des petits enfants. Alors que la loi oblige les fabricants à indiquer le moindre additif, elle leur permet de rester flou sur la matière grasse. Ainsi, il est impossible de mesurer ni même d'estimer la quantité de graisse de palme ingérée lors des repas et des collations d'une journée.

Pour des raisons écologiques ou de santé, si on voulait complètement éviter la graisse de palme, on ne devrait consommer que des produits de base et les préparer soi-même.

En conclusion, on crée des catastrophes écologiques dans le Sud pour nourrir le Nord. La déforestation pour l'exploitation du colza et du palmier à huile sert aussi à nourrir nos animaux, à notre surconsommation de viande. On épuise les ressources dans le Sud pour alimenter au Nord un certain mode de consommation qui de toute manière n'est pas durable. L'effet est encore plus pervers quand on utilise la culture du palmier à huile comme agrocarburant pour lutter contre le réchauffement climatique, les dégâts s'avèrent encore pires. Cinq mammifères démontrent le désastre imminent: le tigre de Sumatra, les orangs-outans de Sumatra et de Bornéo, l'éléphant d'Asie et le rhinocéros de Sumatra. Chacune de ces espèces est particulièrement en danger. Enfin, de nombreuses communautés villageoises dépendent de la forêt et des millions de gens perdent ainsi en grande partie leur chance de survivre.

 

 

Les anti-dépresseurs un remède miracle longtemps incontesté contre les troubles psychoaffectifs

Les études positives seules publiées

Selon The New England Journal of Medicine, presqu'aucune étude négative n'a été publiée Un
tiers pratiquement des personnes en consultation de médecine
interne ou de médecine générale présentent des troubles
psychoaffectifs; la moitié de ces patients ont un problème
psychologique ou une souffrance morale qui est la cause principale
de la consultation. Pour ces gens-là, il faut faire quelque chose.
Le plus simple pour le médecin comme pour le patient, c'est le
médicament. Une simplicité qui fait le succès des
antidépresseurs.





Pourtant, les antidépresseurs ne sont pas aussi efficaces que le
prétendent les fabricants. L'information est sérieuse. The New
England Journal of Medicine a publié une méta-analyse sur les antidépresseurs de dernière génération [N Engl J Med 2008;358:252-60.] au
début de l'année 2008: presqu'aucune étude négative n'a été publiée
alors que quasi toutes les études positives l'ont été. Grâce à un
dispositif légal unique au monde, le Freedom of Information Act,
qui donne accès à tout citoyen américain aux documents
administratifs publics, les chercheurs ont obtenu de la Food and
Drug Administration (FDA) les dossiers des essais cliniques
effectués par les laboratoires pour l'autorisation de mise sur le
marché de leurs antidépresseurs. Ainsi, ils ont pu démontrer
l'efficacité de cette classe de médicaments a été largement
exagérée. De quoi troubler plus d'un patient.

Ce problème de biais de publication était connu, mais pas son
ampleur. Pire, une deuxième méta-analyse dans PLoS Medicine [PLoS Med 5(2): e45.]: une autre équipe
de chercheurs a analysé la totalité des essais cliniques des
antidépresseurs de dernière génération, les plus prescrits, dont le
Prozac, vendu en Suisse sous le nom de Fluctine, l'Efexor, le
Deroxat, le Zoloft et le Seropram. Ils ont démontré que ces
médicaments ne sont pas plus efficaces que le placebo dans les
dépressions légères et modérées. La presse grand public en a conclu
que les antidépresseurs étaient sans effet, puisqu'ils ne font pas
mieux qu'une pilule qui ne contient aucun principe actif!

L'effet placebo

L'effet placebo fait tomber la pilule du bonheur de son piédestal L'effet placebo peut s'avérer
important. Pour mesurer objectivement l'effet d'un médicament, il
faut comparer une molécule et un placebo, ou deux médicaments entre
eux. Chaque essai clinique doit être enregistré et approuvé par une
commission d'éthique. Le protocole est identique dans le monde
entier: on doit mettre en place le double aveugle, c'est-à-dire que
ni le patient ni le médecin ne savent à qui on va donner le
placebo, qui contient des sucres ou de l'amidon de blé, si c'est un
comprimé, ou de l'eau salée stérile pour les injections.





Ces résultats vont déterminer la carrière d'un médicament. C'est
sur cette vérité scientifique que va s'appuyer la pratique
médicale, d'où l'importance de publier toutes les études, qu'elles
soient favorables au médicament ou non.





Question neurobiologie, il y a des mécanismes qui s'opèrent ou se
modifient quand on est en train d'induire auprès du patient une
vision positive soit de son problème soit de l'acceptation du
traitement proposé. Ce qui se module dans le cerveau n'est pas bien
connu, mais les psycho-pharmacologues commencent à approcher cette
question de manière très claire.





Qu'est-ce qui va changer maintenant que la pilule du bonheur est
tombée de son piédestal? Les ventes d'antidépresseurs vont-elles
diminuer? Il faut pourtant donner des antidépresseurs à toute une
catégorie de patients déprimés, épuisés, prostrés, qui vont
vraiment bénéficier du médicament. A l'autre extrémité de
l'échelle, il y a les personnes qui s'ennuient, dont la vie ne
semble pas aussi intéressante qu'elle devrait l'être; c'est aux
généralistes et aux internistes, les principaux prescripteurs
d'antidépresseurs, de décider à qui on ne doit pas donner
l'antidépresseur.

Il y a vingt ans, les antidépresseurs présentaient certains
inconvénients, ce qui conférait une protection contre une
prescription trop légère, tandis que les antidépresseurs modernes
sont moins toxiques que les précédents, mais ils ont quand même des
effets secondaires et des interactions avec d'autres traitements.
Les effets secondaires peuvent être bénins mais fréquemment on peut
souffrir par exemple de nausées, d'affections
gastro-entérologiques, de vertiges, de troubles des fonctions
sexuelles; cela vaut la peine d'être dit et discuté au moment de la
prescription.





Certains psychiatres se sont aussi demandé si les antidépresseurs
n'augmentaient pas le risque de rechute. Peut-on prendre ce risque
pour un médicament qui n'est pas plus efficace que le placebo? Cela
plaide pour la modération. Sans compter l'augmentation du risque de
suicide en début de traitement dans les dépressions sévères.





Avec l'antidépresseur, est-ce qu'on utilise et mobilise tous les
moyens à disposition pour prévenir le risque de récurrence et en en
restant-là, est-ce qu'on ne passe pas à côté d'autres possibilités
qui relèvent d'interventions plus psychologiques ou
psycho-sociales, ou qui relèvent de l'hygiène de vie?

La biochimie du cerveau déprimé

Les anti-dépresseurs empêchent la recapture de sérotonine et de noradrénaline dans un cerveau déprimé Les premières générations
d'antidépresseurs ont été découvertes tout à fait par hasard il y a
une cinquantaine d'années lors de la mise au point
d'anti-histaminiques et de médicaments contre la tuberculose.
Depuis, on les a simplement améliorés. Et on a observé leur mode
d'action dans le cerveau. Les antidépresseurs maintiennent
artificiellement les taux de sérotonine et de noradrénaline dans la
fente synaptique des neurones. C'est pour cela qu'on les a baptisés
inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS, SSRI
en anglais) et de la noradrénaline (ISRSN).





Pourquoi ces molécules diminuent-elles dans un cerveau déprimé?
Quelles sont les bases neurobiologiques de la dépression? Pourquoi
les antidépresseurs n'agissent-ils pas tout de suite dans le
cerveau? Comment expliquer qu'un antidépresseur qui bloque la
recapture de la sérotonine et de la noradrénaline en quelques
minutes mette plusieurs semaines avant d'exercer ses effets
thérapeutiques? Les études qui ont été menées sur des modèles
animaux de dépression ont permis de mettre en évidence que les
antidépresseurs stimulaient, augmentaient la synthèse de certains
facteurs neurotrophiques, c'est-à-dire de protéines qui contrôlent
la croissance et le développement des neurones. Donc ces différents
mécanismes sont des processus relativement lents qui peuvent
prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

Dans le cerveau, plusieurs systèmes régulent l'humeur selon
différents mécanismes. Des chercheurs ont montré que l'activité
physique chez la souris augmente la synthèse d'une molécule qui a
des effets antidépresseurs. Mais uniquement quand les souris font
de l'exercice. Impossible d'induire cette molécule avec un
médicament. Donc, sur la base de ces observations, on pourrait
imaginer déterminer si cette molécule, appelée VGF, a des effets
antidépresseurs chez l'homme et, si c'est le cas, est-ce que ces
effets sont complémentaires, voire même supérieurs, à ceux des
antidépresseurs actuellement sur le marché?





Bouger comme remède à la dépression. Dans un monde où le
médicament est le modèle dominant, l'idée est subversive et
difficile avec des personnes qui n'ont plus goût à la vie. Mais
elle est appliquée, comme par exemple à l'Hôpital psychiatrique de
Cery (CHUV), dans le canton de Vaud, où on propose aux patients de
combiner exercice et antidépresseurs.





Reste maintenant à montrer scientifiquement les effets de
l'exercice sur la dépression. Mais qui financera une étude sans
chiffre d'affaires à la clé? En attendant, les professionnels
observent tous les jours que c'est bon pour leurs patients.

Bonus vidéo

Si vous voulez écouter les explications de Gilles Bertschy,
médecin psychiatre, sur la dépression, n'hésitez pas et cliquez le
bonus vidéo!

Les explications de Gilles Bertschy, médecin psychiatre VIDEO





- Les explications de Gilles Bertschy - médecin psychiatre